Une lueur d’espoir dans la lutte contre la corruption

Frédéric Lapointe, président de la Ligue d’action civique
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Frédéric Lapointe, président de la Ligue d’action civique
La corruption perd du terrain au Québec, constate Frédéric Lapointe, président de la Ligue d’action civique. Il en appelle à une vigilance de tous les instants pour éviter le retour des enveloppes brunes.
 

Dernière heure : la corruption est en recul au Québec. Les réformes entreprises dans les cinq dernières années ont porté leurs fruits.

 

Et pourtant, il n’y a pas une semaine, même dans le creux de l’été, sans qu’il soit question de corruption, de collusion et de perquisitions dans les médias, l’impression générale, c’est qu’il y a plus de scandales, certainement pas moins.

 

Selon Frédéric Lapointe, président de la Ligue d’action civique, la population ne prend pas la pleine mesure des transformations récentes dans l’octroi des contrats publics. « Les gens ne voient pas à quel point les choses ont changé en l’espace de cinq ans. Ce qu’on voit à la télé, c’est du pré 2009 ou 2010 », observe-t-il.

 

Selon M. Lapointe, la plus grande réussite des cinq dernières années, c’est d’avoir « redonné au politique son autonomie par rapport au monde des affaires ». Dans les villes et même dans certains ministères importants, les hommes politiques n’étaient rien de moins que « des créatures de l’industrie de la construction et du génie-conseil », dit-il.

 

« Ces hommes politiques existaient dans les ligues majeures de la politique si — et seulement si — ils ne remettaient pas en cause les cartels », explique Frédéric Lapointe.

 

Les enquêtes journalistiques, la création de l’escouade Marteau, l’adoption de la loi 1 sur l’intégrité et les travaux de la commission Charbonneau ont permis de déconstruire ces relations malsaines et d’affirmer l’ombre du début d’une séparation plus nette entre le politique et les affaires. « C’est une étape importante qui a été franchie », dit Frédéric Lapointe, puisqu’on peut maintenant espérer que le politique dispose de l’indépendance nécessaire pour compléter les réformes.

 

M. Lapointe ne partage pas les critiques exprimées à l’endroit de la commission Charbonneau. Certains diront qu’elle a fait trop de dégâts, en éclaboussant des personnalités publiques qui n’en méritaient pas tant, sans égard à la présomption d’innocence. D’autres diront qu’elle en a fait trop peu, en survolant certains sujets cruciaux comme l’octroi des contrats publics, dans la plus grande opacité, au sein d’Hydro-Québec. « Il n’y avait que la commission d’enquête pour bousculer le politique et pour [instiller] la crainte de se faire prendre dans le génie-conseil », dit-il.

 

Les travaux de la commission ont mis un terme aux réactions de fausse incrédulité de la classe politique. « Personne ne peut jouer à l’épais. Personne ne peut faire un Gérald Tremblay de lui-même », avance M. Lapointe.

 

La responsabilité des chefs

 

M. Lapointe est un maillon parmi tant d’autres dans ce vaste chantier collectif pour assainir les moeurs. Fondée en 2011, la Ligue d’action civique (un organisme à but non lucratif) fait la promotion de la saine gouvernance dans les villes et les commissions scolaires, en plus de soutenir et d’encourager la participation citoyenne dans la politique.

 

Frédéric Lapointe, qui trempe dans la politique depuis l’adolescence, est sévère à l’égard du PQ et du PLQ. Aucun de leurs chefs ne pouvait ignorer l’existence du financement parallèle auprès des entreprises, en contravention de la loi électorale. « L’exemple venait d’en haut. C’était pas le genre de choses qui se faisait dans le dos des chefs », affirme-t-il. Pendant trop longtemps, l’accord tacite entre les deux partis consistait à ne pas se lancer de boue en public sur les combines dans le financement.

 

Les chefs doivent donner le ton. « Il faut que les partis se disciplinent durablement. Quand des individus toxiques veulent entrer en leur sein, ils doivent avoir le réflexe de les écarter de la politique plutôt que de les promouvoir à des postes de responsabilité », estime M. Lapointe.

 

Il s’attend également à des efforts du monde des affaires et des syndicats pour fermer la porte à la corruption. À cet égard, il salue les initiatives de l’Association de la construction du Québec (ACQ) qui souhaite élaborer un programme de certification éthique pour ses membres. Du même souffle, il déplore l’aveuglement de la FTQ-Construction, qui a tiré bien peu de leçons des scandales. Il y subsiste « une culture de crime organisé ordinaire » et une omerta qu’il faut briser.

 

Commission Cliche, CECO, commission Salivas, commission Caron : le Québec n’en est pas à ses premières tentatives de juguler la corruption. La crainte de Frédéric Lapointe, c’est que les grandes institutions publiques et privées s’assoient sur leurs lauriers, comme par le passé, en pensant à tort que le dossier est réglé.

 

« La corruption, c’est dans les têtes et les coeurs des hommes que ça se passe. Il faut que les gens changent, et si on veut que les gens changent, il faut qu’ils s’engagent dans des actions. Les attitudes ne changent pas par des discours et des sermons. Il faut que les gens entrent en action », conclut-il.

Frédéric Lapointe en cinq dates

Août 1989 :Il participe à son dernier congrès de la commission jeunesse du PLQ. Incapable de croire que Robert Bourassa puisse porter les espoirs de changement à la suite de l’échec de l’accord du lac Meech, il se joint au PQ.

13 juin 2009 : il fait partie d’un groupe de militants péquistes qui sèment la zizanie en demandant la tenue d’une commission d’enquête sur la gestion de la Ville de Montréal.

1er novembre 2009 : Candidat de Vision Montréal aux élections municipales, il termine troisième avec 32,83 % des voix, tout jute derrière Diane Lemieux (33 %) et la gagnante Émilie Thuillier (34,17 %).

1er août 2011 :Il fonde la Ligue d’action civique avec Martin Drapeau, Craig Sauvé, Marie Depelteau-Paquette et Philippe-André Tessier.

17 juin 2014 : Il est l’un des organisateurs de la première activité en sol québécois de Transparency International Canada. Le colloque, traitant de la réforme de l’industrie de la construction et du génie-conseil et de la protection des lanceurs d’alerte, attire près de 60 personnes.
10 commentaires
  • Eric Lessard - Abonné 21 juillet 2014 05 h 45

    Corruption, démocratie et politique

    Ce dont vous parler, c'est d'une corruption grossière facilement détectable et érigée en système (les enveleppes brunes).

    Par contre, je crois qu'il y a des formes de corruption beaucoup plus subtiles et beaucoup plus dangereuses.

    Prenez par exemple le cas des professeurs d'université. Ceux qui sont valorisés sont ceux qui font de la recherche. Or cette recherche est généralement financée par des compagnies privées qui ne financent pas ces recherches par pure philantropie, on peut s'en douter.

    Prenez le cas de la médecine en Amérique du Nord. Tout le monde est au courrant des coûts faramineux de certains médicaments qui ne guérissent pas le malade, mais ne font que soulager certains symptômes. Nous sommes dans un contexte où 99% des gens (Canada et États-Unis) ne connaisent rien aux plantes médicinales, et la majorité des médecins ne sont pas particulièrement intéressés par ce genre de traitements pourtant très populaires et beaucoup moins coûteux ailleurs dans le monde.

    Je pense qu'il serait naïf de croire à une réelle indépendance entre le monde des affaires et la politique. On a du mal à contrer l'intimidation dans nos écoles, imaginez le reste de la société...

    • Daniel Bérubé - Inscrit 21 juillet 2014 10 h 57

      Bien d'accord avec vous...

      Ma mère est décédée en mai dernier, à l'âge de 101 ans et 6 mois, (mon père en 2004 à l'âge de 90 ans et il fumait toujours depuis l'âge de 14 ans). Mes parents ont pris des produits naturel (du Québec: Herbages Normex Ltée) depuis le milieu des années '60. À chaque printemps et automne, quelques jours étaient consacré à "l'entretient" du système: deux tisanes étaient prise, l'une pour nettoyer les reins, l'autre pour nettoyer le foie, car ces organes agissent d'une certaine façon comme filtre du sang: si ces organes sont en bonne condition, la qualité du sang et donc le rôle plus qu'essentiel qu'il joue dans notre corps est elle aussi meilleure. Si vous saviez combien de visites chez le médecin furent évitées de cette façon... mais sûrement que ces produits seront considérés comme néfaste... pas pour la santé humaine, mais pour les marchés pharmaceutiques.

      Je peux me faire rembourser les taxes à ma connaissance, si j'apporte un de mes clients au match de hokey de la LNH, eh oui, c'est essentiel !!. Mais faire efforts et dépenses pour améliorer ou mantenir ma santé couverte par l'état... non... moins important que le hokey et les marchés !

    • Nancie Giroux - Inscrite 21 juillet 2014 12 h 18

      "Prenez par exemple le cas des professeurs d'université. Ceux qui sont valorisés sont ceux qui font de la recherche. Or cette recherche est généralement financée par des compagnies privées qui ne financent pas ces recherches par pure philantropie, on peut s'en douter."

      Effectivement. :(

      http://m.youtube.com/watch?feature=youtu.be&v=

  • Pierre Bernier - Abonné 21 juillet 2014 07 h 58

    "... que les gens changent " ?

    Quelles conditions peut réunir l' "État de droit" pour soutenir le changement de culture, dans la durée ?

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 21 juillet 2014 17 h 47

      FAIRE DU MILLAGE
      Combien de gens et d'organismes cherchent à se rendre intéressants en critiquant négativement les décideurs de l'époque trouble qui ont agi au meilleur de leur connaissance et provoqué le changement en question. Si M. Lapointe veut continuer contribuer à se rendre utile dans le domaine en question, bravo ! Ce que son article passe sous silence, le pas majeur calqué sur New-York, c'est l'UPAC ; l'Unité Permanente Anti Corruption...

  • Alain Dionne - Inscrit 21 juillet 2014 09 h 36

    La corruption......nous la trouvons un peu sympatique peut-être??

    Quand nous traitons nos rapaces aux p'tit oignons: genre passer un séjour en Floride (G.Vaillancourt), comment peut-on vouloir changer ce comportement. Seulement en s'indignant ? Et on recommence....

    • Daniel Bérubé - Inscrit 21 juillet 2014 10 h 26

      Et comment... simple exemple : combien de sans logis aimeraient souvent se retrouver en prison, comme criminel ?

      Sans doute ces derniers (sans logis) ont moins d'avocats pour faire valoir leurs droits...

  • Mariette Beaudoin - Inscrite 21 juillet 2014 15 h 16

    De l'argent pour vivre ou vivre pour l'argent ?

    Pourquoi faut-il toujours attendre une commission d'enquête pour changer les moeurs ? Cela démontre encore une fois que l'éducation fait la différence.

    À la maison, je possède un livre de psychologie qui date de plusieurs années. Il est encore pertinent. On y démontre que la cupidité et le narcissisme sont des névroses. Je pourrais dire aussi que ce sont des dépendances, comme des drogues. Elles cachent un vide de l'âme. Quand un même individu montre des signes à la fois de cupidité et de narcissisme, ça fait une joyeuse mixture. Et c'est d'autant plus dangereux parce que tout le monde doit avoir de l'argent pour vivre. Où tracer la ligne pour devenir sages ?

  • Josette Allard - Inscrite 21 juillet 2014 17 h 08

    Consortiums du pont Champlain

    Avez-vous vu qui va soumissionner? Pourquoi un pareil prix , pour seulement 3.4km? J'ai prislapeine de vérifier les coûts de construction du Pont de la Confédération reliant l'Ile -du-Prince Edouard au Nouveau-Brunswick. Même en actualisant les coûts pour tenir compte de l'inflation depuis sa construction, on est loin et même très loin de coûts annoncés pour la construction du futur pont Champlain.