Souriez, on vous suit à la trace sur le Web

Photo: Josh Edelson Associated Press

L’autre jour, Pierre-Alain Cotnoir a fait une recherche à l’aide de son téléphone intelligent pour trouver des informations sur les tondeuses électriques. Dans les minutes qui ont suivi, une publicité où il était question d’une tondeuse est apparue comme par magie dans sa page Google.

 

On a tous vécu ça à un moment ou l’autre. On s’informe sur un hôtel dans TripAdvisor et cet hôtel se fraie un chemin dans notre fil Facebook. On regarde une vidéo de Lady Gaga sur YouTube et on se fait suggérer 12 liens vers des vidéos de Lady Gaga. On achète un livre sur Amazon et un message apparaît : vous aimerez peut-être ce bouquin et celui-là.

 

« Les géants d’Internet comme Google, Apple, Facebook et Amazon vous suivent à la trace en tout temps sur le Web, avec un encadrement minimaliste pour ce qui est du respect de la vie privée », dit Pierre-Alain Cotnoir.

 

Ce consultant en analyse de l’opinion publique connaît bien les méthodes de marketing sur le Web : il a déjà conseillé les entreprises sur la façon de cibler les consommateurs en ligne. Puis il en a eu marre et a fondéen 2007 la coopérative WebTV.coop, qui se veut un antidote à la commercialisation à outrance d’Internet. Il faut toujours se rappeler que les milliardaires du Web comme Facebook ou Google font leur argent en vendant à gros prix de la publicité qui rejoint des clientèles bien précises, rappelle M. Cotnoir.

 

Cet entrepreneur et d’autres experts des nouvelles technologies sont convaincus qu’il faut dépoussiérer les lois québécoises censées protéger la vie privée des internautes. La dernière révision de la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé remonte à 2006. À cette époque, l’iPhone n’existait pas, Facebook venait de voir le jour et YouTube n’était qu’un projet.

 

Manque de transparence

 

« Le gouvernement libéral de Philippe Couillard s’est engagé à réviser la Loi sur l’accès à l’information. Il est clair qu’on ne pourra échapper à une discussion sur l’autre volet, celui de la protection des renseignements personnels », estime Pierrot Péladeau, chercheur au CEFRIO, un centre de recherche affilié à l’Université de Montréal.

 

Jean Chartier, président de la Commission d’accès à l’information, a aussi sonné l’alarme dès 2011 : « La constitution de mégabases de données, le vol d’identité, l’utilisation insouciante d’Internet, le profilage des individus, dont les enfants, ne peuvent pas demeurer uniquement les manifestations d’un progrès qui nous dépasse. Il faudra bien un jour ou l’autre s’en préoccuper », avait-il écrit dans un rapport sur la technologie et la vie privée.

 

Un des problèmes, c’est le manque de transparence des entreprises sur le Web, souligne le commissaire. Les gens — dont des enfants — révèlent sur Facebook et ailleurs des informations personnelles qui sont utilisées à des fins commerciales. La plupart des entreprises obligent les gens à signer un soi-disant « consentement », écrit en minuscules caractères au bas d’une page, avant d’accéder à leur site Web, à leur logiciel ou à leur produit. C’est insuffisant. Il faut forcer lesecteur privé à davantage de transparence par une loi plus mordante, font valoir les experts.