Les pesticides néonicotinoïdes, ennemis de la biodiversité ?

Les pesticides ont non seulement des effets néfastes sur les populations d’abeilles, mais aussi sur les papillons, les vers de terre, les oiseaux et les poissons.
Photo: Linda Davidson/Washington Post/Associated Press Les pesticides ont non seulement des effets néfastes sur les populations d’abeilles, mais aussi sur les papillons, les vers de terre, les oiseaux et les poissons.

Les pesticides néonicotinoïdes, dont on se sert beaucoup dans la culture du maïs et du soya, ont des effets néfastes non seulement sur les populations d’abeilles, mais aussi, entre autres, sur les papillons, les vers de terre, les oiseaux et les poissons. C’est ce que conclut un rapport rendu public mercredi par le groupe de travail sur les insecticides systémiques, qui a réuni les résultats de 800 études sur le sujet.

 

« Les preuves sont très claires. Nous sommes face à une menace qui pèse sur la productivité de notre milieu naturel et agricole », indique dans un communiqué le Dr Jean-Marc Bonmatin (CNRS), l’un des principaux auteurs de cette analyse menée sur les quatre dernières années. L’évaluation a été conduite par un groupe de 29 chercheurs internationaux dans le cadre d’un groupe de travail spécialisé sur les pesticides systémiques (conçus pour être absorbés par les plantes). Ce groupe conseille notamment l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’organisme qui rend compte de l’état de santé de la biodiversité mondiale à travers sa « Liste rouge » des espèces menacées.

 

Les conclusions doivent être publiées en huit articles pendant l’été dans la revue Environmental Science and Pollution Research.

 

Interdiction demandée

 

En réaction à ces données, un groupe d’écologistes québécois souhaite que les provinces du Canada interdisent la vente et l’usage de ces pesticides néonicotinoïdes.

 

En fait, on reproche particulièrement à l’industrie agricole d’utiliser ces pesticides de façon préventive, avant que leur nécessité ne s’impose.

 

« On enrobe les semences », explique Nadine Bachand, d’Équiterre. Mme Bachand ajoute d’ailleurs que des études ont pourtant prouvé que l’usage préventif de ces pesticides n’avait pas d’incidence sur les attaques d’insectes ravageurs, ni sur la production agricole en général.

 

L’usage intensif de ces pesticides ne date que de quelques années au Canada. Le gouvernement fédéral ne les a homologués qu’en 2004. Depuis, l’usage des pesticides néonicotinoïdes a grimpé en flèche. Ils représentent au moins 30 % de l’ensemble des pesticides utilisés sur la planète, poursuit Mme Bachand.

 

En décembre dernier, l’Union européenne a fait le choix de bannir l’usage de ces pesticides. Au Canada et aux États-Unis, on est aussi en train d’évaluer leur usage. Mais les conclusions de Santé Canada n’arriveront qu’en 2015, dit Mme Vaillant. Or les effets de ces pesticides sur les écosystèmes se font déjà sentir sur la biodiversité.

 

Depuis quelques années, en effet, les apiculteurs du Québec se plaignent d’un certain désordre observé dans les ruches. « Il y a des abeilles qui ont de la difficulté à retrouver la ruche », explique Mme Christine Jean, de la Fédération des apiculteurs du Québec.

 

Les pesticides néonicotinoïdes comptent des substances neurotoxiques qui « peuvent potentiellement affecter le cerveau en développement et le système nerveux ». L’odorat des abeilles, entre autres, pourrait en être affecté.

 

Du côté de la Fédération des apiculteurs du Québec, on se réjouit que le rapport du groupe de travail reconnaisse les effets chroniques des pesticides sur les populations animales.

 

Jusqu’à présent, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) avait reconnu que les néonicotinoïdes ont contribué à la mortalité d’abeilles au Québec et en Ontario.

 

L’association formée d’Équiterre, de la fondation David-Suzuki, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, du Sierra Club Canada et du Wilderness Commitee s’inquiète aussi de l’exposition aux néonicotinoïdes par le biais des aliments et de l’eau.

 

5 commentaires
  • Nasser Boumenna - Abonné 26 juin 2014 05 h 13

    Titre maladroit

    Vous formulez votre question dans votre titre comme pour suggérer que les néo ne le seraient peut-être pas. Mais le texte de Caroline Montpetit vient confirmer les dangers de ces enrobages. Le point d'interrogation est plutôt mal choisi.

  • Yvon Bureau - Abonné 26 juin 2014 07 h 32

    Il y a de ces tristesses,

    comme le contenu de cet article, qui nous piquent au coeur.

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 26 juin 2014 09 h 45

    Rien de vraiment étonnant

    Rien de vraiment étonnant à ce que des pesticides soit dangereux pour les abeilles, les papillons, les vers de terre, les oiseaux et les poissons... puisque ce sont des pesticides. C'est évidemment nocif.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 26 juin 2014 10 h 50

    Edifiant!!

    Quand j'eus terminé en 1974 la lecture du "Halte à la croissance" du Club de Rome,
    j'aurai intuitivement compris que la gestion de la Terre par l'Humanité actuelle n'était
    pas collectivement intelligente.Il est vrai que l'acquisition d'un haut-niveau de con-
    science écologique et global ne peut se faire qu'à travers le "struggle for life".
    La France a introduit le principe de précaution propre à l'intelligence d'un bon père de
    famille qui,pour l'intérêt de ses enfants,voit plus loin que le bout de son nez...et de son portefeuille.Il me semble que cette philosophie écologique et globale est réfrac-
    taire aux moeurs anglo-saxons...par atavisme protestant et financier peut-être?
    Que le Devoir nous renseigne sur cette hécatombe annoncée des abeilles est ...!
    Par contre,je n'ai vu aucun article rendant compte de la récente étude financée se-
    crètement par une Fondation privée et démontrant hors de tout doute la nocivité des O.G.M pourtant déjà dans nos assiettes.Se sont Les Grands reportages de RDI qui a
    fait le tour de la question par un document-dire percutant.C'est que Monsato aura en quelque sorte et fait en sorte que les décideurs gouvernementaux ne prennent en considération que les études de laboratoires ne dépassant pas 90 jours de test et de vérifications méthodologiques car Monsato elle-même savait que les problèmes reliés aux OGM ne se manifestaient qu'au-delà des 90 jours!!
    L'étude privée et demeurée secrète jusqu'à ses conclusions focalisait sa méthodolo-
    gie sur l'au-delà de ces fameux 90 jours.Des images incontestables de rats de labo-
    ratoire perclus de boursoufflures cancéreuses!!!Ces gens de Monsato sont-ils des
    criminels patentés?
    Ce documentaire est intitulé "OGM vers une alerte mondiale?"Pourquoi le Devoir n'en
    a-t-il-parlé?

  • Gilles Théberge - Abonné 26 juin 2014 11 h 39

    Par analogie

    En fait les pesticides sont l'équivalent du tireur foi qui tue indistinctement les flics qu'ils haïssent et tous les autres innocents aussi qui sont autour par inadvertance.

    Nous mourrons tous clamait Bossuet! Ben là on commence à savoir à peu près quand ça va arriver. Grâce à l'humanité idiote. Parce que notez-le, sur le plan politique, rien ne bouge vraiment.