Des questions restent en suspens

Les trains de marchandise ont recommencé à circuler depuis décembre dernier près du centre-ville de Lac-Mégantic.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les trains de marchandise ont recommencé à circuler depuis décembre dernier près du centre-ville de Lac-Mégantic.
Fonds Avenir Mégantic
 

Touchée par le drame de Lac-Mégantic, la population du Québec et d’ailleurs a donné 3,243 millions de dollars pour soulager les sinistrés. Mais combien ont vraiment été retournés aux Méganticois jusqu’à maintenant ? Le dernier bilan officiel (en date du 31 mars 2014) montre que 1,116 million de dollars ont été « engagés », dont 14 377 $ en crédits de taxes résidentielles et 847 833 $ en crédits de taxes commerciales.

 

L’utilisation de ce fonds censé venir soulager les tourments financiers des sinistrés fait causer dans la ville, où plusieurs grognent. Une victime dont la conjointe est décédée a dû racheter la part de la maison que possédait la défunte et payer — à nouveau — la taxe de mutation associée à la maison achetée par le couple en 2009. Nos demandes d’entrevue auprès de la Ville sont restées sans réponse.

 

Décontamination

Si la « zone rouge » doit rester encore inaccessible pendant de longs mois, c’est essentiellement parce qu’avant de se rebâtir, Lac-Mégantic doit se décontaminer. Le ministère de l’Environnement espère avoir terminé d’excaver tous les sols contaminés d’ici la fin de 2014 afin que la reconstruction puisse commencer. Mais en ville, les citoyens s’inquiètent.

 

Ils craignent qu’on ne leur dise pas tout à propos de cet imposant déversement d’hydrocarbures et d’eau.

 

De son côté, la Société pour vaincre la pollution demande la création d’un BAPE pour mesurer les taux de contamination de la rivière Chaudière, à laquelle s’accroche le lac Mégantic. Des relevés d’octobre provenant du lit de la rivière ont révélé cinq fois plus de sédiments huileux qu’en été.

 

Recours collectif

Des citoyens de Lac-Mégantic ont signé une demande d’autorisation de recours collectif visant une cinquantaine d’entreprises, d’individus et le gouvernement fédéral.

 

S’il est autorisé, ce recours permettra d’inscrire toutes les victimes de Lac-Mégantic affirmant avoir subi un préjudice de quelque nature que ce soit dans la foulée de cette tragédie « évitable », selon les requérants. Ainsi, toute personne ayant subi un choc post-traumatique — qu’elle doit détailler si elle s’inscrit —, ayant essuyé une perte financière ou matérielle ou ayant été évacuée ne serait-ce qu’une journée est visée par ce recours.

 

Au Palais de justice de Sherbrooke, le juge Martin Bureau doit décider s’il l’autorise ou non, sans se prononcer sur le fond de l’affaire.

 

Enquête du BST

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada poursuit son enquête relativement au déraillement survenu en juillet. Il a recommandé en janvier dernier que les mesures de sécurité entourant les wagons DOT-111 et le transport de matières inflammables soient renforcées dans l’immédiat, en attente du retrait graduel de ces citernes jugées trop fragiles.

 

Cette semaine, le BST a accueilli favorablement les ajustements apportés par le Canada en réaction à ses critiques, notamment sur les plans d’intervention d’urgence exigés des compagnies ferroviaires.

 

Le retrait immédiat, exigé de la ministre des Transports Lisa Raitt, de 5000 vieux DOT-111 est positif, mais les normes ne sont toujours pas assez élevées, juge le BST, qui poursuit son enquête.

La voie ferrée coupait notre terre en deux, carrément. Ça faisait partie du paysage, pis naïvement, tu te dis que quelqu’un surveille toujours ça et que tu es en sécurité comme citoyen. Maintenant, je ne crois plus à ça.