​Les plaies vives de Lac-Mégantic

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Quand l'orage a frappé dans toute sa force le 26 mai dernier sur Lac-Mégantic, plusieurs citoyens ont été envahis par la peur. Une peur sourde, qui prend aux entrailles, qui coupe le souffle, qui bataille contre la raison pour qu'elle ne puisse l'atténuer. La peur de replonger dans le drame.

Un an après le drame, les tourments de Lac-Mégantic sont palpables. «Il n'y a personne ici qui n'a pas gardé une séquelle de cette affaire-là», dit Jean Gauthier, un résidant de Fatima qui a perdu des amis dans la catastrophe ferroviaire. «Il y a toujours quelque chose qui nous replonge dans cette nuit horrible ici.»

Fragiles. Sensibles. À fleur de peau. Les Méganticois n'ont pas encore fait la paix. Car tout les ramène au passage du train fantôme de la Montreal, Maine and Atlantic (MMA), qui est entré dans la ville à une heure du matin, plusieurs de ses citernes chargées de pétrole brut incendiant violemment le coeur de la ville. 47 personnes ont perdu la vie dans le brasier.

La belle sérénité et la quiétude des lieux sur lesquelles Lac-Mégantic s’est bâti une douce réputation de villégiature sont désormais difficiles à deviner dans ce lieu de détours, poussière, camions, bruits de construction. Les chantiers sont omniprésents dans la ville. La zone incendiée est inaccessible, et des travailleurs s'y affairent, charroyant des monticules de terre souillée. Le quartier Fatima, désigné pôle d'attraction commerciale, est en voie d'expropriation. Et la rue Laval, qui restait l'artère centrale de la ville jusqu'à l'église, est fermée car on la refait entièrement (une opération qui n'a rien à voir avec le sinistre). «Il y a des chantiers partout où l'on va», dit Jean Gauthier. «On ne se reconnaît nulle part. On est un peu perdus pour tout dire.»

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