Les 24 heures les plus longues

La Journée de la lenteur est célébrée le 21 juin, jour le plus long de l'année.
Photo: Jean-Pierre Lavoie / CC La Journée de la lenteur est célébrée le 21 juin, jour le plus long de l'année.

Clémence Boucher était mère célibataire de trois adolescents et poursuivait des études en art visuel lorsqu’elle a eu l’idée de lancer une journée annuelle de la lenteur, en 2001. Belle occasion pour regarder les nuages passer…

 

Treize ans plus tard, les enfants de Clémence Boucher ont grandi et ont quitté la maison. Et la Journée de la lenteur, célébrée le 21 juin, jour le plus long de l’année, a fait des petits un peu partout dans le monde. Mais elle continue d’être célébrée aujourd’hui au parc La Fontaine, autour de la statue de Félix Leclerc, par quelques centaines d’artistes, de méditatifs, de contemplateurs d’orteils et de paresseux en tous genres, qui s’y réunissent chaque année.

 

Pour Clémence Boucher, qui est aussi massothérapeute, la période du solstice d’été est celle où nous sommes le plus exposés à la chaleur et à la lumière. Elle est donc propice au ralentissement général du corps, pour rééquilibrer le tout.

 

Deux villages lents au Canada

 

En France, la Journée de la lenteur est désormais célébrée par le P.H.A.R.E. (Parti de l’humour attitude et d’en rire ensemble) et par la Maison du rire et de l’humour, à Cluny. Elle serait fêtée également en Grèce et en Italie, où ont aussi émergé les mouvements de Slow Food et de Cittaslow (villes lentes).

 

Quelque 170 villages du monde ont en effet adhéré à ce dernier mouvement, depuis sa création par Paolo Saturnini, l’ancien maire du village de Chianti, en Toscane, en 1999. Le village de Loix, sur l’île de Ré, en Charente-Maritime, a été le dernier à y adhérer.

 

Au Canada, seuls deux villages sont reconnus « slow » par le mouvement Cittaslow : celui de Cowichan Bay, sur l’île de Vancouver, et celui de Naramata, aussi en Colombie-Britannique. « Nous cherchons des villages où les humains demeurent curieux des temps anciens, des villages riches en théâtres, en places, en cafés, en ateliers, en restaurants et en lieux spirituels, des villages aux paysages intouchés et aux artisans charmants, où les gens sont capables de reconnaître le rythme lent des saisons et leurs produits authentiques respectant le goût, la santé et les coutumes », peut-on lire dans le manifeste du mouvement Cittaslow. Des endroits où il n’y a que le raisin qui est pressé, par exemple. Bref, où on ne tire pas sur les carottes pour qu’elles poussent plus vite.

 

Plus récemment, le concept de « lecture lente » a aussi fait son apparition, dans un contexte de numérisation et denavigationgalopante sur les réseaux sociaux et sur Internet. À l’heure des tweets et autres distractions permanentes, il est de plus en plus difficile de s’asseoir tout simplement pour plonger dans un bon livre. Car la lecture profonde demande du temps, des soins et des efforts, pour maintenir le calme nécessaire et la concentration, souligne John Miedema, auteur du livre Slow Reading. L’idée du livre Éloge de la lenteur, de Carl Honoré, est d’ailleurs venue à son auteur après qu’il a songé à lire des contes condensés en une minute à son fils, pour aller plus vite…

 

Car dans l’ensemble, ralentir, même si cela se fait à coups de respirations profondes, n’est pas facile, reconnaît Clémence Boucher. Il faut sortir de ses automatismes, recadrer ses priorités. Réapprendre à être présent, le temps d’un instant. Pour plusieurs, cela devient tout simplement une question de survie.