Le financement illégal «était dans les moeurs»

Le témoignage de Marc-Yvan Côté, personnage clef du financement libéral, se poursuivra mercredi.
Photo: la presse canadienne Le témoignage de Marc-Yvan Côté, personnage clef du financement libéral, se poursuivra mercredi.

La politique québécoise est minée de longue date par le financement illégal des entreprises, selon un spécialiste de la question, l’ex-organisateur et vice-président de Roche Marc-Yvan Côté.

 

Montré du doigt pour le financement illégal du PLQ à la commission Charbonneau et pour celui du PLC lors de la commission Gomery (en 2005), M. Côté s’est présenté comme un homme « entier » et transparent, prêt à mettre cartes sur table. « Je ne suis pas devant la commission pour être hypocrite », a-t-il dit à la commission Charbonneau.

 

Les firmes de génie-conseil, les cabinets de notaires, d’avocats, de comptables, les entrepreneurs en construction participaient en masse aux activités de financement des partis. « C’était dans l’air du temps. À l’époque, contribuer aux partis politiques — fédéral, provincial et municipal —, c’était dans les moeurs », a dit M. Côté.

 

« Nier ça aujourd’hui, ça serait nier l’évidence », a-t-il ajouté.

 

Il a exhorté la commission à ne pas attribuer la responsabilité du financement occulte à un seul individu et une seule entreprise. « C’est un problème de société », a-t-il déclaré.

 

L’ex-ministre libéral dans le cabinet de Robert Bourassa (de 1985 à 1994) déballe son sac à son rythme, en décidant lui-même de ce qu’il mettra sur la table. Il a du mal à expliquer pourquoi Roche contribuait autant aux activités du PQ et du PLQ (avec des dons de près de 715 000 $ entre 1998 et 2011).

 

« Les machines politiques aujourd’hui sont devenues des monstres et ont des exigences qui sont assez importantes sur le plan financier », a-t-il avancé.

 

Militant libéral depuis l’âge de 13 ans, dans le Québec de Jean Lesage, Marc-Yvan Côté n’avait pas besoin de faire des dons pour obtenir l’écoute des cabinets ministériels, entre autres celle de son ami et chef de cabinet de Nathalie Normandeau, Bruno Lortie.

 

Le témoignage de ce personnage clef du financement libéral, visé par une enquête de l’UPAC, se poursuivra mercredi.

  

Bibeau erratique

 

En début de journée, Pierre Bibeau a nié toute forme de participation dans les activités de financement du PLQ à partir de sa nomination comme vice-président de Loto-Québec, en 2003.

 

Pour un homme qui jure n’avoir rien à se reprocher, l’organisateur libéral de longue date a adopté un comportement étrange à la suite du témoignage de l’entrepreneur Lino Zambito à la commission.

 

M. Zambito a affirmé qu’il avait donné 30 000 $ à Pierre Bibeau, en argent comptant, pour la campagne de l’ex-ministre libérale Line Beauchamp (qui fut l’épouse de M. Bibeau). « Il ne m’a pas remis 30 000 $ et je ne lui ai pas remis 30 000 $», a dit M. Bibeau lors d’un témoignage confus.

 

Deux semaines après l’onde de choc suscitée par Lino Zambito, le 26 octobre 2012, Pierre Bibeau vidait ses deux coffrets de sûreté à la banque et liquidait le solde de sa marge de crédit. Il a mis son empressement sur le compte d’une dépression qui a duré près de six mois, avec idées suicidaires à la clef. « J’étais pas dans mon état normal. J’essayais de tirer un trait sur le passé, et même le futur », a-t-il dit.

 

Il a fourni des explications encore plus nébuleuses sur la provenance de l’argent qui se trouvait dans l’un de ses coffrets. C’était l’accumulation de « petit change » qu’il convertissait en billets de banque au Casino de Montréal.

 

M. Bibeau connaît cependant Lino Zambito, l’ex-patron d’Infrabec accusé de fraude dans le dossier de l’usine de traitement des eaux de Boisbriand. Il a déjà joué aux cartes avec M. Zambito, son oncle Jean Rizzuto (propriétaire du Marché 440) et l’ex-député de la CAQ Jacques Duchesneau.

 

Pierre Bibeau a accepté de rencontrer Lino Zambito à plus d’une reprise dans ses fonctions de vice-président à Loto-Québec. M. Zambito a sollicité son aide, vraisemblablement dans le dossier de l’usine de Boisbriand, et pour jauger la capacité de nuisance de Christian Côté, un urbaniste de Plania et collecteur de fonds pour David Whissell.

 

Selon Lino Zambito, Côté lui a réclamé un pot-de-vin de 50 000 $ pour faciliter le versement d’une subvention. M. Bibeau a prêté foi à la version de l’entrepreneur, et il l’a aidé dans ses démarches pour neutraliser Côté, mais il ne se souvient pas des montants en cause.

  

Sur la défensive

 

M. Bibeau a paru sur la défensive tout au long de son témoignage. Il a eu du mal à justifier les raisons pour lesquelles il a donné autant de billets de faveur de Loto-Québec à ses amis, à des membres de sa famille et à des organisateurs libéraux tels que Bernard Trépanier, Violette Trépanier, Karl Blackburn et Marc Bibeau.

 

Chose certaine, il n’y avait là aucun retour d’ascenseur, assure-t-il. La commission ne pourra compter sur son éclairage pour élucider une série de rendez-vous mystérieux dans son agenda (identifiés par des séries de lettres incompréhensibles). « Si vous trouvez quelque chose là-dedans, dites-le-moi », a-t-il lancé. Il a suggéré qu’il s’était « enfargé » dans les touches de l’un de ses trois téléphones portables. Malgré ses déboires, Pierre Bibeau est toujours vice-président « sans rôle défini » chez Loto-Québec.

Les machines politiques aujourd’hui sont devenues des monstres

14 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 11 juin 2014 01 h 43

    L'argent est le nerf de la guerre électorale...

    Nous avons actuellement à la Commission Charbonneau la cheville ouvrière du financement illégal des partis libéraux fédéral et provincial. Dire, sans rire, comme le fait Marc-Yvan Côté, que le financement occulte des partis politiques est un problème de société, c'est faire l'impasse sur le fait que le Parti libéral du Québec est la source même du problème puisqu'il n'a jamais voulu s'astreindre à la Loi sur le financement des partis politiques telle qu'édictée par le Parti québécois et le regretté Robert Burns.
    Et cela se comprend du fait que la démocratie électorale, stricto sensu, dessert les visées de ce parti. La stratégie employée chez les libéraux, quel que soit le palier gouvernemental impliqué, consiste essentiellement à gagner à tous prix et au risque de toutes les illégalités, et ce, malgré sa non-représentativité auprès de la majorité des Québécois et des Québécoises.
    Monsieur Côté est la parfaite incarnation de cette philosophie, ce qui rend la joute électorale complètement surréaliste. Cette vision alimente le cynisme des citoyens et des citoyennes face à la probité de nos mandataires politiques et justifie la méfiance manifestée à leur égard.

    • Guy Vanier - Inscrit 11 juin 2014 06 h 50

      Et le PLQ en reçois beaucoups quand ils sont au pouvoir!
      Les affaires sont les affaires......

    • Victoria - Inscrite 11 juin 2014 08 h 00

      Exactement ! Bon résumé de la situation.

    • Réjean Boucher - Inscrit 11 juin 2014 08 h 38

      Vous avez bien raison, M. Bernier!

      Marc-Yvan Côté et feu Jean Pelletier sont de la même trempe! Politiquement, ils sont en guerre et tous les moyens pour gagner doivent être pris, même s'ils sont illégaux. Ce manque total d'éthique est la cause principale de la désillusion des citoyens face aux politiciens et confirme l'expression: "Les politiciens, tous des crosseurs!"

  • François Dugal - Inscrit 11 juin 2014 07 h 47

    Le mensonge

    Le mensonge est un pêche.
    Le faux-témoignage est un délit.
    Que fait la commission Charbonneau?

  • Guy Desjardins - Inscrit 11 juin 2014 08 h 45

    ATTABOY!!!!

    Nous avons vu hier le finfineau "beu" de Matane. Il me fait penser à un tourniquet d'entrée dans les grands magasins. Une question et il n'en fini plus de tourner en rond afin de répondre... sans répondre et il a le front de "beu" de dire dès le début des audiences qu'il ne veut jouer à l'hypocrite. D'après ses dires lorsqu'il est devenu vice président de Roche comme conseillé pour ses connections auprès du Gouvernement, par ses dires à la Commission on voit en lui non pas un "beu"mais bien un "paon" plus que fier d'avoir pris ses plummes lorsqu'il était Ministre Libéral pour se tailler une place pour ses connections. J'aurais aimé qu'il se fasse demander par les Commissaires si, il était heureux d'avoir frauder avec son système de collection les citoyens du Québec. Et que maintenant tous les Québécois(es) en subissent tous les contres-coups et on a foutu les finances de l'État dans le trou?

  • Réjean Boucher - Inscrit 11 juin 2014 08 h 46

    Parallèle...

    Le parti liberal est au Québec ce que Lance Armstrong est au cyclisme professionnel!

  • Réal Ouellet - Inscrit 11 juin 2014 09 h 13

    Grand contributeur

    Monsieur Côté est un grand contributeur à la caisse électorale du PLQ mais il a également apporté un contribution importante pour faire de nos moeurs électorales ce qu'elles sont devenues.