L'ex-organisateur libéral Pierre Bibeau nie tout

L’ex-organisateur libéral Pierre Bibeau
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’ex-organisateur libéral Pierre Bibeau

Non, non et non. Pierre Bibeau a nié toute forme de participation au financement illégal du Parti libéral du Québec (PLQ), mardi à la commission Charbonneau.

 

L’ex-organisateur libéral a réfuté en bloc toutes les allégations embarrassantes à son sujet. Il nie avoir demandé 30 000 $ à l’entrepreneur Lino Zambito pour un cocktail de financement de son ancienne épouse, Line Beauchamp.

 

M. Bibeau connaît cependant l’ex-patron d’Infrabec. Il a déjà joué aux cartes avec M. Zambito, son oncle Jean Rizzuto (propriétaire du Marché 440) et l’ex-député de la CAQ, Jacques Duchesneau.

 

Il a déjà accepté de rencontrer Lino Zambito dans ses fonctions de vice-président à Loto-Québec, mais c’était pour discuter d’un changement de zonage à Boisbriand, a-t-il expliqué de manière approximative. « Il ne m’a pas remis 30 000 $, et je ne lui ai pas remis 30 000 , a dit M. Bibeau.

 

M. Bibeau a confirmé sa participation à un cocktail controversé de Line Beauchamp au Marché 440, le 6 avril 2009. Des associés de la mafia, dont Domenico Arcuri, étaient présents lors de cette activité de financement organisée par Genivar. Le cocktail a rapporté 61 500 $ à la ministre Beauchamp. M. Bibeau assure qu’il n’a joué aucun rôle dans l’organisation de l’événement. Son rôle de vice-président d'une société d’État lui interdisait de jouer un rôle politique actif. M. Bibeau a dit qu’il accompagnait son épouse, sans plus.

 

D’une manière globale, M. Bibeau a nié toute manipulation d’argent comptant pour le PLQ.


M. Bibeau, un homme jadis sûr de lui, a livré un témoignage confus, bafouillant et s’emmêlant souvent dans ses explications. La juge France Charbonneau est intervenue à quelques reprises pour manifester son scepticisme devant certaines de ses réponses. Il était très nerveux, se soulevait de son fauteuil pour se rasseoir plus confortablement. Il croisait fréquemment les bras sur son torse, alors même qu’il répondait à des questions.

Coffrets de sûreté

Par exemple, il s’est emmêlé dans une histoire complexe concernant ses coffrets de sûreté, qu’il a précipitamment fermés après le témoignage de Lino Zambito l’impliquant dans du financement pour Line Beauchamp alors qu’il était à Loto-Québec.

Le témoignage de M. Zambito devant la commission a pris fin le 15 octobre 2012. Le 26, M. Bibeau fermait ses deux coffrets de sûreté dans une caisse populaire. Il a pourtant soutenu qu’un de ces coffrets était vide et que l’autre ne contenait que des papiers.

Pourquoi les avoir fermés alors? «J’étais en état de choc. Ma réputation. J’ai été suivi parce que j’avais des pensées suicidaires. J’ai aussi annulé ma marge de crédit. Je n’étais pas dans mon état normal. J’essayais de tirer un trait sur le passé», a-t-il justifié.
Me Crépeau lui a suggéré qu’il aurait déposé dans l’un de ces coffrets les restes des 30 000 $ versés par Lino Zambito. «Non», a-t-il rétorqué.

Étonnamment, M. Bibeau a lui-même ajouté: «J’ai vérifié si j’avais été au coffret et s’il m’avait donné, au mois d’avril, 30 000 $. Dans les jours suivants, j’aurais été dans le coffret le déposer. Et je n’y ai pas été.»

Et quelque temps après avoir fermé ces coffrets de sûreté, il en a rouvert d’autres dans une autre institution financière.

Billets de faveur

M. Bibeau a admis qu’il distribuait allègrement des billets de faveur de Loto-Québec pour divers festivals et activités touristiques à des amis du Parti libéral et à des entrepreneurs: Grand Prix du Canada, feux d’artifice, Festival juste pour rire, Centre Bell.

Il a admis en avoir remis à Marc Bibeau, responsable du «financement sectoriel» au Parti libéral et entrepreneur de Schokbéton; Violette Trépanier, la responsable du financement du PLQ à l’époque; Karl Blackburn, alors directeur général du PLQ; et son ami Gaston Pellerin de la Pourvoirie du lac Blanc.

«Pourquoi favorisiez-vous des amis avec des biens qui appartiennent à l’État?» lui a demandé Me Crépeau.

«Honnêtement, je n’en ai jamais refusé bien, bien à personne», a-t-il laissé tomber.
Mais il a juré qu’il n’attendait rien en retour de ces billets de faveur à des amis libéraux et entrepreneurs. «Les billets donnés, il n’y avait aucun "I owe you", jamais.»

Son agenda comme vice-président de Loto-Québec, dans lequel il a inscrit des rendez-vous inexpliqués avec CVB ou QW ou PEA a aussi suscité l’intérêt de la commission. Il n’a pu identifier ces personnes. Il a soutenu qu’il s’agissait de fautes de frappes qu’il avait faites avec son appareil portable. «Ça n’a aucun rapport avec rien.»


Les machines politiques, des «monstres»

Marc-Yvan Côté, ancien ministre sous Robert Bourassa, qui a quitté la politique pour la firme de génie Roche, n’y est pas allé de main morte, mardi après-midi, devant la Commission Charbonneau, affirmant que les machines politiques sont devenues de véritables gouffres d’argent.

«Les machines politiques aujourd’hui sont devenues des monstres et ont des exigences qui sont assez importantes sur le plan financier. Et je pense que tout ça est appelé à revenir à une situation un peu plus normale», a-t-il affirmé mardi dès les premières minutes de son témoignage.

La publicité, le marketing, les nombreuses réunions des partis politiques nécessitent des fonds, a-t-il rappelé.

Celui qui s'occupait du développement des affaires pour la firme Roche, d'abord comme employé, puis comme consultant, a admis que la pratique des entreprises et sociétés de financer les partis politiques était chose courante depuis des années, bien qu'il existe officiellement une loi assurant le financement populaire des partis politiques.

«C’était dans l’air du temps. À l’époque, contribuer aux partis politiques, fédéral, provincial et municipal, c’était dans les moeurs. Le nier aujourd’hui, c’est nier une évidence. Et je ne suis pas devant la commission pour être hypocrite», a-t-il affirmé.

Même à l'époque de Robert Bourassa, lorsqu'il était ministre des Transports, puis de la Santé et des Services sociaux, le financement «sectoriel» — par secteur d'activité économique — existait, a-t-il avoué.

Malgré l'insistance de la commission, M. Côté s'est refusé à dire que les demandes de financement se sont faites plus pressantes avec l'arrivée de Jean Charest au Parti libéral. «Je n'ai pas senti ça», a-t-il dit.

Il a tout au plus admis que les demandes étaient plus soutenues durant les années électorales, comme en 2003.

M. Côté a aussi admis que sa relation d’amitié avec Bruno Lortie, qui a été directeur de cabinet de la ministre des Affaires municipales Nathalie Normandeau, lui a été utile chez Roche. Utile pour obtenir des informations, certes, mais pas des informations privilégiées, a-t-il assuré. Il affirme qu’il pouvait par exemple obtenir un état de situation, savoir où en était rendu un dossier.
28 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 juin 2014 10 h 50

    Mais...

    Mais vous vous attendiez à quoi ???

    PL

    • Nicole Moreau - Inscrite 10 juin 2014 13 h 09

      ça ne me surprend pas moi non plus, la question qui subsiste, malgré tout, est celle de la crédibilité, comme de nombreux témoins avant lui ont fait part de financement illégal du PLQ par différents stratagèmes, peu de gens accorderont de la crédibilité à son témoignage.

      pourtant, tout ce qui est dit devant la commission ne peut être utilisé contre les témoins qui l'on dit, je ne comprends donc pas pour quelle raison avoir tout nié en bloc.

    • gaston bergeron - Abonné 10 juin 2014 14 h 22

      La contre-attaque du déni. Qu'est-ce qu'on s'amuse! Du vrai vaudeville pur et dur, authentiquement Libéral.

    • Guy Vanier - Inscrit 10 juin 2014 17 h 02

      Ce personnage encore supporté par le PLQ est un fichu menteur et tout le monde le sait. Quand va t'il être dégommé de son poste? Combien ça va nous coûter encore ?

  • Simon Chamberland - Inscrit 10 juin 2014 10 h 53

    Et il faut le croire ?

    Désolé M. Bibeau, il y a tellement d'éléments qui pointent vers vous que personne ne peut vous croire. En mentant, vous ajoutez l'image d'un menteur à celle d'un fraudeur. C'est ce que la postérité retiendra de vous.

    • Pierre Schneider - Abonné 11 juin 2014 10 h 22

      Les spécialistes du décodage du langage corporel auraient sans doute beaucoup à nous apprendre au sujet du témoignage et de l'attitude de M. Pierre Bibeau.

      Quelle chance il a eu que son témoignage échappe aux réseaux d'information continue de la télé qui diffusaient à la même heure les funérailles des trois politiers de Moncton !

  • Richard Lapierre - Inscrit 10 juin 2014 11 h 16

    Y-a-t-il une valise dans l'avion?

    Y-a-t-il quelqu'un, ne serait-ce qu'une seule personne, qui va le croire?

    Et puis, croiser les bras, ca veut souvent dire qu'il veut cacher quelque chose. En tout cas, pour ma part, je ne crois plus un mot de tous ceux qui prétendent défendre l'indéfendable. Tous des croches avides de pouvoir et d'argent.

  • Guy Desjardins - Inscrit 10 juin 2014 11 h 17

    Qui ment?

    Un détecteur de mensonge serait le bienvenu.

  • Carole Dionne - Inscrite 10 juin 2014 11 h 37

    Je ne savais pas

    Qu'il bégaillait. !!! Quand on lui pose des questions embarassantes. Il dit lui-même qu'il a eu une crampe au cerveau. HUM La juge ne semble pas trop le croire.

    • Louka Paradis - Inscrit 10 juin 2014 15 h 41

      «bégayait».