2000 ans d’alimentation retrouvés sous la chapelle Bonsecours

La nourriture amérindienne, cuisinée sans épices ni sel, pouvait paraître très fade aux Français habitués à d’autres usages, raconte la guide Melissa Denis-Daigneault.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La nourriture amérindienne, cuisinée sans épices ni sel, pouvait paraître très fade aux Français habitués à d’autres usages, raconte la guide Melissa Denis-Daigneault.

Il y a plus de 2000 ans, sous ce qui est aujourd’hui la chapelle Bonsecours, dans le Vieux-Montréal, des Iroquoiens faisaient cuire sur le feu de l’ours, de l’orignal ou du cerf, puis croquaient dans des framboises ou des cerises de terre en guise de dessert.

 

C’est du moins ce que suggèrent les vestiges découverts à cet endroit, par le plus pur hasard, alors qu’on travaillait à la réfection de la chapelle, à la fin des années 1990.

 

C’est là aussi qu’on a découvert les ruines de la première chapelle construite sur ce site sous la gouverne de Marguerite Bourgeoys, en 1675.

 

Pour mettre en valeur ce patrimoine, le Musée Marguerite-Bourgeoys organise à partir de dimanche une visite guidée, intitulée Miam, sur l’alimentation des trois groupes culturels qui ont successivement fréquenté le site depuis 2000 ans, soit les Amérindiens, les Français, et les Anglais.

 

Au fil des ans, ces trois groupes se sont influencés sur le plan alimentaire.

 

Si les Français préféraient manger du boeuf ou du porc, des os trouvés sur le site témoignent du fait qu’ils ont aussi mangé de l’orignal, du castor et du maïs.

 

En fait, souligne la guide, Melissa Denis-Daigneault, dès 1492, Christophe Colomb, qui visite les Caraïbes, remarque ce légume que les Amérindiens appellent « mahiz ». Des décennies plus tard, les Français arrivés en Nouvelle-France témoignent aussi de la présence d’une plante que les autochtones appellent « mays ».

 

Plus tard, de retour de ses expéditions, Pierre-Esprit Radisson rapportera aux Français la recette de la « sagamité », soit du maïs cuit dans la graisse d’ours.

 

« Les Français ont été exposés à la sagamité, mais ils ont détesté », raconte Melissa, qui ajoute que la nourriture amérindienne, cuisinée sans épices ni sel, pouvait paraître très fade aux Français, habitués à d’autres usages. Les Français utilisaient déjà le sel pour conserver la viande, tandis que les Amérindiens la fumaient ou la séchaient. Les Français délaissent aussi la farine de maïs pour la farine de blé, qu’ils importent de France jusqu’à ce qu’ils parviennent à cultiver le blé en Amérique.

 

Des Amérindiens, ils emprunteront pourtant la coutume de cultiver ensemble ce qu’ils appelaient les trois soeurs : le maïs, la courge et le haricot. Le plant de maïs permettait aux haricots de pousser, et tous deux faisaient suffisamment d’ombre à la courge pour qu’elle puisse pousser.

 

Très tôt, les Français entretiennent des potagers dans lesquels ils cultivent entre autres des oignons rouges et du chou blanc, dont ils font grand usage, mais aussi des asperges, des carottes et des salades.

 

À leur arrivée en Nouvelle-France, les filles du Roy les font renouer avec les traditions culinaires françaises. On pratique la pendaison de la crémaillère, qui était en fait un grand chaudron dans lequel on faisait cuire un pot-au-feu pour les invités.

 

1763 marque le changement de régime, et les Anglais apportent ici leurs propres traditions. L’approvisionnement aux marchés français est interrompu. On boit désormais plus de bière ou de gin, importés d’Angleterre ou de Hollande.

 

Dans le stationnement de la chapelle, où étaient autrefois les latrines, on a trouvé des vestiges de bouteilles fabriquées dans les îles britanniques, reconnaissables par leur forme et par leur verre noir, fabriqué au foyer de charbon. C’est à cette époque que les déjeuners copieux, d’oeufs, de saucisses et de jambons, font leur apparition.

 

« Les Français mangeaient tout cela, mais pas au petit-déjeuner », poursuit Melissa. Le petit-déjeuner typique du Français de l’époque était plutôt constitué de pain sans beurre avec un verre d’eau de vie…