Empreintes digitales: La Ronde devra rendre des comptes

La Ronde dit avoir adopté son nouveau système d’accès par lecture d’empreintes digitales pour permettre une entrée plus rapide sur son site, tout en luttant contre la fraude.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir La Ronde dit avoir adopté son nouveau système d’accès par lecture d’empreintes digitales pour permettre une entrée plus rapide sur son site, tout en luttant contre la fraude.

Après les révélations, l’inspection. La Commission d’accès à l’information (CAI), organisme chargé d’assurer que la collecte et la gestion de données biométriques se fassent dans le respect des lois du Québec, a l’intention d’aller inspecter les bases de données de La Ronde liées à son nouveau système d’accès par lecture d’empreintes digitales.

 

Cette nouvelle façon d’entrer dans le parc d’attractions cible uniquement les titulaires d’un abonnement saisonnier. Elle a été implantée, la fin de semaine dernière, lors de l’ouverture annuelle de du parc montréalais, et ce, en totale infraction avec la Loi concernant le cadre juridique des technologies de l’information (LCCJTI), qui force les organismes publics et privés à déclarer toute création de bases de données biométriques dans la province. Mercredi matin, Six Flags, multinationale américaine du divertissement propriétaire des lieux, a pris toutefois contact avec la CAI pour enregistrer sa base, dans la foulée des révélations publiées par Le Devoir.

 

« Il est probable que l’on aille inspecter ce système et sa base de données afin de s’assurer que le tout soit conforme à la loi », a indiqué en entrevue Isabelle St-Pierre, porte-parole de la Commission. La CAI doit entre autres s’assurer que l’analyse morphologique enregistrée sur chaque borne est détruite chaque jour, afin de détruire les traces sur les entrées, mais également que les titulaires d’un abonnement ont bel et bien donné un consentement éclairé pour l’utilisation de cette donnée très intime. En gros, les enfants de moins de 14 ans, clientèle cible d’un tel parc, devraient avoir besoin de l’accord d’un parent. La règle juridique est toutefois sujette à interprétation plus ou moins large.

 

Les responsables de La Ronde n’ont pas rappelé Le Devoir mercredi. Plus tôt cette semaine, l’établissement assurait toutefois que le consentement était obtenu en suivant les lois en vigueur au Québec et que l’accès par lecture biométrique n’était pas une obligation pour entrer sur le site. En cas de refus, la carte dotée d’une photo d’identité peut encore être utilisée, mais avec des temps d’attente plus élevés.

 

Sites médicaux, financiers et militaires

 

N’empêche, pour l’avocate Julie Gauthier, spécialiste du droit des technologies, ce nouveau mode d’accès par lecture de plusieurs points d’une empreinte digitale est « loin d’être justifié pour un parc d’attractions » en raison des besoins en sécurité pour le lieu visé, dit-elle. La biométrie est généralement utilisée pour l’accès à des sites financiers, médicaux ou militaires et autres « endroits dont les caractéristiques ont besoin d’être sécurisées » pour des raisons évidentes (fraudes, sécurité nationale, attaques terroristes, espionnage), ce qui est loin d’être le cas d’un parc d’attractions.

 

Officiellement, La Ronde dit avoir adopté cet outil pour permettre une entrée plus rapide sur son site, tout en luttant contre la fraude. Elle n’a pas été toutefois en mesure de chiffrer le montant de ses pertes liées à l’utilisation frauduleuse de ses abonnements saisonniers.

 

Hasard des calendriers, la semaine dernière, la Floride a adopté une loi visant à interdire la collecte d’informations biométriques auprès d’enfants et d’adolescents dans les écoles de l’État. Plusieurs établissements scolaires y ont en effet installé des lecteurs d’empreintes digitales, de main ou d’oeil, afin de suivre l’entrée et le déplacement des élèves. Une mesure jugée trop intrusive dans la vie privée des élèves, mais également porteuse de risques méconnus : le vol d’identité biométrique est l’un deux. « Pourquoi avons-nous besoin de ces informations ? » a demandé la sénatrice républicaine Dorothy Hukill, qui a appuyé ce Bill-188. Une fois l’information collectée, « nous ne pouvons pas revenir en arrière », a-t-elle dit, tout en ajoutant que la réflexion actuelle sur cette technologie biométrique ne justifie en rien son implantation dans des écoles. Et par extension, sans doute, dans des parcs d’attractions.