Le Devoir à l’ère numérique

Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir

L'année 2013 fut une année de changements pour Le Devoir. Amorcé en 2012, un processus de réflexion stratégique a conduit à l’adoption d’un plan triennal de développement qui se traduira bientôt par une présence accrue dans le numérique avec de nouveaux produits que nous lancerons l’automne prochain. Comme tous les quotidiens, Le Devoir se doit de réagir aux changements induits par la montée en puissance des nouveaux médias, dont un des effets les plus immédiats est de créer une pression sur les revenus des médias traditionnels.

 

Les résultats

 

Les états financiers que nous soumettons à nos actionnaires pour l’année terminée le 31 décembre 2013 témoignent bien de cela. Ils présentent un résultat d’exploitation négatif, avant dépréciation, de 469 845 $, à l’inverse de 2012 où un résultat positif de 385 618 $ avait été enregistré. Cette dépréciation, qui porte sur le goodwill, s’élève à 983 185 $. En y ajoutant des produits financiers de 45 359 $ et une charge d’impôts négative de 79 448 $, on obtient un résultat net négatif de 1 328 223 $, comparativement à un résultat net positif de 339 053 $ l’année précédente.

 

Cette somme de 983 185 $ représente la portion non amortie de l’écart d’acquisition créé lorsque les actifs et les passifs de l’Imprimerie populaire ltée ont été transférés à Le Devoir inc. en 1993. Une charge de dépréciation du goodwill a été enregistrée en 2013 à ce montant à la suite d’une révision des prévisions pour tenir compte de la baisse du marché de l’information sur support papier, lequel se tourne de plus en plus vers les nouveaux médias numériques. Le test de dépréciation reflétant ces derniers changements s’est traduit par une dépréciation complète du goodwill. La charge pour perte de valeur n’a toutefois pas d’incidence sur les activités de la société ni sur ses liquidités.

 

Les produits des activités ordinaires du Devoir ont connu, au cours de 2013, une diminution de 4,4 % pour s’établir à 17 922 723 $. Les revenus de publicité ont connu une baisse de 6 % en raison d’un marché difficile tenant à une conjoncture économique morose et à l’accélération du transfert des investissements publicitaires vers les nouveaux médias. Les revenus tirés de la diffusion du journal ont diminué légèrement, soit de 2,8 % par rapport à l’année 2012 où une intensité politique exceptionnelle avait eu un effet marqué sur nos ventes. La diffusion du Devoir confirmée par Alliance for Audited Media s’est établie pour le semestre terminé le 31 mars 2014 à 32 412 exemplaires pour les jours de semaine, et à 54 804 exemplaires pour l’édition du week-end. Le nombre d’abonnés numériques, de 6000 qu’il était en 2012, s’élève à près de 7000 aujourd’hui. Le nombre cumulatif de lecteurs par semaine est, selon le Print Measurement Bureau, de 458 000, en hausse de 4,5 %.

 

Les dépenses de fonctionnement ont pour leur part été de 18 136 616 $. Il s’agit d’une augmentation de 0,5 %, derrière laquelle se cache un contrôle assidu des dépenses puisqu’au cours de l’année, des indemnités de départ ont été versées à des employés à la suite de changements au sein de l’équipe de direction et que la mise en place de notre plan triennal de développement a nécessité des investissements.

 

Le virage numérique

 

Les résultats enregistrés en 2013 invitent à la prudence, ce qui nous a conduits pour l’année en cours à imposer un gel salarial à tout le personnel non syndiqué et aux cadres, gel que nous souhaitons étendre aux employés syndiqués avec qui des négociations ont lieu pour le renouvellement des conventions collectives. En dépit d’une situation financière saine grâce aux bénéfices réalisés ces dernières années, Le Devoir n’a d’autre choix que de réduire ses coûts d’exploitation, car il doit par ailleurs investir dans son développement, ce qu’il ne peut faire qu’à partir de ses ressources propres, puisqu’il est un des rares quotidiens indépendants du Canada et de l’Amérique du Nord. Nous croyons que cette démarche est essentielle, car pour continuer à remplir notre mission d’information, il nous faut trouver de nouvelles sources de revenus qui assureront la rentabilité de notre entreprise et, par là, son indépendance et sa pérennité. À cet égard, les années 2013 et 2014 doivent être vues comme des années charnières au terme desquelles Le Devoir retrouvera sa rentabilité.

 

Le Devoir a été le premier quotidien québécois à se doter d’un site Web dès 1997. En 2002, il innovait en instaurant un « mur payant » pour réserver à ses abonnés un accès libre à tous les articles du site, les non-abonnés n’ayant accès qu’à une sélection d’articles. Ce fut une stratégie salutaire qui nous permit, grâce à une formule d’abonnement numérique, de créer de nouveaux revenus tout en percevant notre part de revenus publicitaires. Aujourd’hui, LeDevoir.com a une fréquentation de quelque 1,3 million de visiteurs uniques par mois. Nous ne changerons pas cette stratégie. Nous ne croyons pas que la publicité puisse à elle seule suffire à financer le développement des médias numériques. Ce qui était vrai pour les médias traditionnels l’est pour les nouveaux médias.

 

Les lecteurs veulent avoir aujourd’hui la possibilité de consulter leur journal à travers toutes les technologies disponibles. Nous compléterons notre offre numérique par le lancement, lors de la rentrée de septembre, de versions pour tablettes ainsi que pour téléphones, qui permettront une lecture dynamique du journal. Elles seront accessibles aussi bien sur les formats Android que iOS d’Apple. Elles s’ajouteront aux versions virtuelles et PDF du journal déjà disponibles et à notre site Web. Il va sans dire que les lecteurs continueront d’avoir accès à leur journal sur format papier. Le choix du format sur lequel ils le liront leur appartient. Le conseil d’administration et la direction ont bon espoir de pouvoir réaliser ce virage numérique, qui est un passage obligé pour toute entreprise de presse. Mais précisons ceci : ce qui change, ce sont les modes de livraison de l’information. Ce qui ne change pas est l’essence même de la mission d’information, qui repose sur les mêmes exigences de rigueur et de profondeur que par le passé. La force de la marque du quotidien Le Devoir est d’être un journal de qualité et de référence.

 

Le Devoir a le pied dans le monde numérique depuis déjà 17 ans. Il n’y a aucune raison de croire qu’il ne pourra continuer son adaptation à ce monde. Les entreprises médiatiques d’aujourd’hui sont souvent perçues comme des entreprises technologiques alors que leur succès dépend d’abord des ressources humaines. Le Devoir compte 126 employés et une foule de collaborateurs. Ils forment une équipe avec laquelle les lecteurs ont rendez-vous tous les jours. Les noms de plusieurs d’entre eux sont bien connus, mais plusieurs travaillent dans l’ombre avec la même énergie. Une équipe dont la jeunesse, ce qui est un secret bien gardé, est le gage de son avenir. On me permettra de souligner aussi l’apport des membres de la direction, Josée Boileau à la rédaction en chef, Christiane Benjamin à la vice-présidence au développement, Lise Millette à la vice-présidence aux ventes publicitaires, Stéphane Roger à la direction des finances, Marie-Andrée Chouinard à la direction de l’information, Christian Goulet à la production et Claudette Béliveau, adjointe à la direction. Également, un salut aux membres du conseil d’administration et à son président, Jean Lamarre, tous généreux dans leur appui au Devoir.

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