La crédibilité du Dr Porter aurait facilité la «plus grande fraude de corruption de l'histoire»

Même si les délibérations du comité de sélection du CUSM (ci-dessus en 2012) ont paru inhabituelles à Normand Bergeron, l’ex-p.-d.g. d’Infrastructure Québec n’a pas «allumé».
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir Même si les délibérations du comité de sélection du CUSM (ci-dessus en 2012) ont paru inhabituelles à Normand Bergeron, l’ex-p.-d.g. d’Infrastructure Québec n’a pas «allumé».
En jouant sur son intelligence, sa finesse et sa réputation, le Dr Arthur Porter aurait trompé la vigilance de l’Agence des partenariats public-privé du Québec dans le dossier du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

L’ancien p.-d.g. de l’agence (rebaptisée Infrastructure Québec), Normand Bergeron, n’a rien vu venir de la fraude de 22,5 millions au CUSM. « Moi aussi, je trouve que j’aurais dû allumer », a-t-il dit avec l’avantage du recul mardi, lors de son témoignage à la commission Charbonneau.

« Il n’y a pas personne, à ma connaissance, qui mettait en doute l’intégrité du Dr Porter », a-t-il ajouté.

M. Bergeron se souvient que les délibérations du comité de sélection avaient été inhabituelles dans le dossier du CUSM. « Je n’ai jamais vu un comité de sélection fonctionner comme ça », a-t-il déclaré. Au beau milieu des échanges, le président du conseil du CUSM, le sénateur David Angus, et le président du comité et directeur général du CUSM, Arthur Porter, se sont retirés pour parler seul à seul. À leur retour, ils ont mis fin à la réunion !

Jean Charest

Le sénateur Angus penchait pour le projet de SNC-Lavalin, et il a même contacté le premier ministre Jean Charest pour « mettre un peu plus de pression », a dit M. Bergeron.

Le fonctionnaire est sûr de ce qu’il avance. Jean Charest a lui-même passé un coup de fil à M. Bergeron pour lui demander de l’aide en ce qui concerne le sénateur Angus, disant qu’il « n’arrêtait pas de le harceler » sur le dossier du CUSM.

Le comité de sélection a finalement attribué le contrat au consortium GISM, dirigé par SNC-Lavalin, même si sa soumission (1,32 milliard) était plus élevée que celle de son concurrent OHL-PCUSM (1,27 milliard). Les sous-comités de sélection avaient également attribué une meilleure note au projet d’OHL-PCSUM sur le plan qualitatif.

SNC-Lavalin s’est démarquée pour la qualité de son projet, a assuré M. Bergeron. L’ancien p.-d.g. d’Infrastructure Québec se souvient qu’il était satisfait du résultat de l’appel d’offres, puisque l’État avait réussi à économiser quelque 400 millions de dollars par rapport à ses estimations.

Un appétit pour la fraude

Les présumés fraudeurs du CUSM étaient en appétit. Ils avaient l’intention de détourner 30 millions de dollars, mais la « complexité » de l’affaire les a forcés à s’arrêter à 22,5 millions.

Même à ce prix, le Dr Arthur Porter, Yanaï Elbaz, Pierre Duhaime et cinq autres présumés complices auraient commis « la plus grande fraude de corruption de l’histoire du Canada », selon le sergent-enquêteur de la Sûreté du Québec (SQ) Jean-Frédérick Gagnon.

M. Gagnon a exposé les grandes lignes de l’enquête en matinée. La SQ a travaillé fort et vite dans le dossier du CUSM. Elle a mis un peu plus de six mois à épingler les principaux architectes de cette fraude.

Deux employés de SNC-Lavalin, Gilles Laramée et Michael Novak, ont dénoncé le p.-d.g. de l’entreprise, Pierre Duhaime, et son vice-président, Riadh Ben Aïssa. Ils ont refusé de participer à un transfert de 34 millions de dollars qu’ils jugeaient anormal.

M. Laramée et un responsable du contentieux, Gilles Goulet, ont dénoncé les gestes de Pierre Duhaime au conseil d’administration. À la suite d’une enquête interne réalisée avec l’aide du cabinet Stikeman Elliott, SNC-Lavalin a alerté la SQ.

Lancée en mars 2012, l’enquête s’est conclue par l’arrestation des huit principaux acteurs du stratagème, dont Artur Porter, son bras droit Yanaï Elbaz, Pierre Duhaime et Riadh Ben Aïssa.

Des accusations pour complot, corruption, fraude, abus de confiance, usage de faux et recyclage de produits de la criminalité ont été portées contre eux.

Selon l’enquêteur Gagnon, les architectes de cette fraude auraient rivalisé de finesse pour favoriser SNC-Lavalin dans le processus d’appel d’offres pour la construction du CUSM et pour dissimuler le versement de pots-de-vin grâce à des sociétés-écrans enregistrées outre-mer.

Les 22,5 millions versés en pots-de-vin, sur instruction de Duhaime et Ben Aïssa, auraient été répartis en parts égales entre le couple formé d’Arthur et Pamela Porter (par l’entremise de la société Sierra Asset Management) et les frères Yanaï et Yohann Elbaz (Pan Global Holdings).

Chez les Porter, une somme de 10 millions est passée de Sierra (contrôlée par le Dr Porter) à un deuxième compte, Regent Hamilton Lumley Associates (contrôlé par Pamela Porter).

La SQ poursuit toujours son enquête afin de récupérer les sommes qui auraient été détournées.
34 commentaires
  • Luc Lavoie - Inscrit 20 mai 2014 12 h 58

    ...la plus grande fraude ?

    Je pense qu'ils ont oublié de regarder la perte de 40 milliards de dollars à la Caisse de dépôt...

    • Martin Pelletier - Inscrit 20 mai 2014 16 h 11

      la Caisse c'est la plus grosse gaffe de l'histoire du Canada
      40 milliards de perdus plutot que les 25 milliards qu'on aurait dû perdre si on avait suivi le marché
      15 milliards d'incompétence. C'est le budget de l'Éducation pour une année.

    • Gaétan Fortin - Inscrit 20 mai 2014 16 h 15

      Mais s'agissait-il de fraude ? Ou d'opérations de bourse
      malenconteuses ?

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 20 mai 2014 16 h 24

      Ne confondez pas fraude et mauvaise stratégie d'investissement, M. Lavoie...

      Si j'avais le pouvoir, j'interromperais la commision Charbonneau;elle n'a pas permis de récupérer une seule cent et, de plus, je pense qu'on est entrain d'enrichir la cie qui vend le Prozac!

    • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 20 mai 2014 17 h 18

      Et la privatisation à la pièce d'Hydro Québec ( Centrale de Bécancour, un milliard de payé pour ne pas qu'elle produise à TCE de Calgary, Éoliennes à 13 cents le KWH, 500 millions à payé pour des contrats au privé pour des acahat à plus de 10 cent le KWH, le bradage des droits pétrolier d'Anticosti).

      Conlusion : le PLQ est le parti de l'économie selon nos analystes politiques.

    • Gilles Théberge - Abonné 20 mai 2014 17 h 21

      Le prozac ça marche parce que des charlatans le prescrivent, et parce que des naïfs se laissent convaincre qu'ils en ont besoin...

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 20 mai 2014 19 h 08

      M. Lavoie,
      ceux qui ont suivi la commission Charbonneau ont vu que des techniciens et ingénieurs ont rapporté aux enquêteurs des sommes d'argent substantielles.
      De plus, la commission Charbonneau a dévoilé de nombreux stratagèmes ce qui constituera dans le futur moins de fraudes.
      Il faudra cependant être vigilant.

  • Yves Côté - Abonné 20 mai 2014 13 h 12

    Bien sûr...

    Bien sûr, personne ne peut remettre en question que tous ces gens, oeuvrent d'arrache-pied à la santé des Québécois...

    Les poissons commencent toujours à pourrir par la tête.

    Continuons le ménage !

  • Bertrand Desrosiers - Abonné 20 mai 2014 13 h 16

    Le vol du siècle ou la corruption des libéraux à outrance.

    « Le CUSM est «la plus grande fraude de corruption de l'histoire du Canada», selon un enquêteur ». Pour moi, ce n'est pas la plus grande fraude de corruption, le stade olympique le devance dans ce domaine, et le financement illégal des libéraux et la corruption de ce parti constituent la plus grande fraude de corruption de l'histoire du Canada. Mais ce parti corrompu réussit quand même à se faire réélire en utilisant la peur d'un référendum pour l'accession du Québec à la Souveraineté.

    Le mensonge et la démagogie sont les armes qu'utilisent à outrance les libéraux
    et les partis fédéralistes parce qu'ils sont incapables de nous donner les arguments pour rester dans le Canada.

    • Danièle Fortin - Inscrite 20 mai 2014 16 h 31

      Il est à noter que le méga MUHC coûtera, au bas mot, 2-4G $, soit deux à quatre stades olympique pour la puissante « minorité » anglophone du Québec, elle est aussi là la fraude.

      Ce sera encore plus réjouissant de voir combien s'accumuleront les embûches pour l'édification et l'entretient du méga CHUM construit tout en hauteur !!!

      -

    • Guy Vanier - Inscrit 20 mai 2014 16 h 33

      Tout pour empêcher que les québécois se prennent en main...
      Ou était le PLQ et couillard durant toutes ces magouilles?
      Comment ce fait il que porter n'est toujours pas au Canada pour êtres jugé?
      Qui a peur de ce qu'il va révéler s'il revient? Il était en charge de notre système de surveillance de nos espions! Couillard aussi pour un certain temps..... Tout ce beau monde de flatte le dos entre eux...... Et empoche nos sous.
      Vous n'êtes pas tannés de mourir bandes de caves? C'est assez! Non?

    • Gilles Théberge - Abonné 20 mai 2014 17 h 28

      Je bisse les questions de monsieur Vanier. Où est Porter? Et Couillsrd dans tout ça? C'est pas lui qui s'est mis en compagnie avec Porter? C'est pas lui qui a nommé ou fait nommer Porter. C'est pas Couillard qui a siégé avec ce fraudeur au SCRS?

      C'est pas vrai que Couillard va passer quatre ans sans avoir à répondre aux questions légitimes que son association avec Porter suscitent.

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 21 mai 2014 05 h 54

      @ Danièle : vous avez pas tenu compte de l'inflation, qui fait que 1 G$ autour de 1976 vaut 4 G$ de nos jours.

  • Claude Champagne - Inscrit 20 mai 2014 13 h 18

    cela a assez duré

    Si c'est «la plus grande fraude de corruption de l'histoire du Canada» selon l'enquête policière. Le même Parti au pouvoir qui chevauchait le Cusm, le Parti libéral quasi intact et un lien douteux entre Couillard et Porter. Me semble suffisant pour que le gouvernement et celui qui occupe le siège de premier doivent démissionner.

    • Claude Champagne - Inscrit 20 mai 2014 16 h 42

      J'apporte une correction, remplacé le mot chevauché inappropriée, par maître d’œuvre, propriétaire dont nous sommes tous des actionnaires, via le ministère de la santé alors que le ministre se nommait Couillard.

  • Francois Cossette - Inscrit 20 mai 2014 13 h 23

    Une de denoncé dix qui ne le seront pas !!!!

    Dernierement je disais a quelqu'un comment je ne comprenais pas pourquoi les quebecois avaient encore votés pour cela. Pour les memes qui sont a l'origine de ce gachis et de bien d'autres. Il m'a tout simplement répondu, il sommeille probablement un magouilleux dans tout bon quebecois de la l'indulgence envers ceux qui la pratiquent.

    Je pense sincerement qu'il n'avait pas tord !!!!

    • Gilles Théberge - Abonné 20 mai 2014 17 h 30

      Non monsieur Cossette, je pense sérieusement que les Québécois sont tout simplement immatures sur le plan politique.

    • Pierre Cardinal - Abonné 20 mai 2014 22 h 24

      effectivement je suis d'accord avec vous Monsieur Cossette. De plus, la commission Charbonneau sert d'école du crime à tous ces Québécois sans moral, et ils sont nombreux : le 7 avril en étant la preuve.