Les trois employés de la MMA ont comparu

Les trois employés de la Montreal Maine and Atlantic qui ont comparu au palais de justice der Lac-Mégantic feront face à 47 chefs d'accusation pour négligence criminelle ayant causé la mort.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les trois employés de la Montreal Maine and Atlantic qui ont comparu au palais de justice der Lac-Mégantic feront face à 47 chefs d'accusation pour négligence criminelle ayant causé la mort.
Les trois employés de la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA) appréhendés lundi et détenus depuis ont été amenés par fourgon cellulaire, peu après 14h mardi, au centre sportif de Lac-Mégantic, qui fait œuvre de palais de justice dans la municipalité, pour y être formellement accusés de négligence criminelle ayant causé la mort.

Thomas Harding, 53 ans, de Farnham, Jean Demaître, 50 ans, de Marieville, et Richard Labrie, 55 ans, de Saint-Jean-sur-Richelieu, de même que la compagnie MMA font face à 47 chefs d'accusation, reliés au nombre de victimes de la catastrophe ferroviaire du 6 juillet 2013. Ils sont passibles d'une peine maximale d'emprisonnement à perpétuité.

Les trois hommes, qui étaient menottés, ont été amenés à l'intérieur de l'édifice par les policiers dans un silence quasi-total des quelques curieux qui se trouvaient sur place, silence qui a été brisé par quelques personnes qui ont laissé échapper «Ce n'est pas eux qu'on veut», un commentaire qui visait le propriétaire de l'entreprise, Ed Burkhardt.

Salle bondée

La petite salle de cour improvisée était bondée. Elle ne peut accueillir que 34 personnes et une dizaine de places avaient été réservées aux représentants des médias.

«Les événements s'étant produits ici, il est important pour nous que la comparution se fasse ici», a expliqué le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Me René Verret, lorsqu'interrogé sur la décision de tenir l'audience dans ces conditions plutôt qu'au palais de justice de Sherbrooke, où la plupart des dossiers ont été traités depuis la destruction du palais de justice de Lac-Mégantic.

Les trois accusés ont ensuite été remis en liberté sous plusieurs conditions, notamment de ne pas œuvrer dans le domaine ferroviaire. Ils ont aussi dû verser une caution de 15 000 $ chacun et remettre leurs passeports, entre autres.

Ce sont ces conditions qui expliquent pourquoi les trois hommes ont été détenus durant la nuit, selon Me Verret.

«Le Code criminel ne [prévoit] pas certaines conditions, notamment la condition qui interdit à ces gens de travailler dans le domaine ferroviaire. Quand on veut des conditions particulières comme celles-là, il faut que ce soit un juge qui les impose», a-t-il indiqué.

Quant à l'absence d'accusations contre le propriétaire de MMA, Ed Burkhardt, Me Verret s'est limité à dire que «la preuve qui a été présentée par les policiers aux procureurs permettait juridiquement de porter les accusations qui ont été portées aujourd'hui».

Cependant, la porte n'est pas complètement fermée: bien que Me Verret ait refusé de dire si d'autres accusations pourraient éventuellement être portées, il a laissé entendre que le DPCP n'avait pas encore fermé le dossier.

«L'enquête policière est terminée, mais il faut aussi mentionner que le procureur a demandé à avoir des informations complémentaires par rapport à certains éléments de l'enquête», a indiqué le juriste.

Thomas Harding était l'ingénieur du train impliqué dans l'accident; Richard Labrie, un employé syndiqué lui aussi, agissait comme remplaçant au poste cadre de répartiteur alors que Jean Demaître était directeur des opérations de MMA au Québec.

Moyens disproportionnés

Plus tôt dans la journée, l'avocat de Thomas Harding, Me Thomas Walsh, avait reproché à la Sûreté du Québec d'avoir employé des moyens disproportionnés pour arrêter son client.

En entrevue à La Presse canadienne, Me Walsh a souligné que M. Harding a été cueilli à son domicile par l'escouade tactique, alors que ce dernier vivait depuis un an au même endroit, et qu'il avait offert de se rendre volontairement en cour si des accusations étaient portées contre lui. Pour l'avocat, envoyer des policiers lourdement armés serait plus approprié pour mettre la main au collet de bandits, et non pas du conducteur de train qui «travaillait sur son bateau avec son fils».

«Déchiré pour la vie»

Au début de la journée, devant le centre sportif, les médias ont fait le pied de grue tandis que commencait à arriver des résidents et des proches des victimes décédées dans la violente explosion qu'a causé le train de la compagnie MMA en juillet dernier.

Raymond Lafontaine, propriétaire d'une compagnie d'excavation, a perdu un enfant dans la tragédie. Il est présent au Palais de justice pour poursuivre son processus de deuil. «Je veux voir [ceux] qui n'ont pas fait leur job comme faut», a-t-il déclaré.

La douleur découlant de ce drame qui a changé sa vie est encore vive. «Si quelqu'un tue ton enfant, t'es pas fâché, t'es déçu, t'es déchiré pour la vie», a-t-il dit. «Ils n'ont pas besoin d'être condamnés pour que je sois soulagé. Que la justice fasse sa job et que tout le monde se prenne en main pour continuer à rebâtir et que le monde sorte de chez eux le soir et qu'il n'ait pas peur de se faire écraser par un train».

M. Lafontaine croit que c'est le gouvernement fédéral «qui n'a pas fait sa job.» «Aujourd'hui il se montre pas, il ne parle pas mais on c'est que c'est lui qui est responsable de la sécurité ferroviaire. C'est un tas de merde», a-t-il ajouté.

S'ils sont reconnus coupables, les employés pourraient écoper d'une peine d'emprisonnement à perpétuité.

Richard Boulet, un résident qui était présent lors de la nuit du tragique incident, peine à contenir sa rage. Pour lui, c'est plus que la prison que méritent ces trois hommes. «Ça ne se pardonne pas ce qu'ils ont fait. En prison, ils vont être trop bien traité», a-t-il lancé.

Pour Denise, une employée d'entretien du centre sportif, ce n'est pas nécessairement un beau jour pour les Méganticois. «J'en entends plusieurs qui disent que ça ne va rien changer. Les vrais coupables, ils ne sont pas ici aujourd'hui», a dit cette résidente de Lac-Drolet.

M. Lafontaine croit que les grands patrons ne sont pas à l'abri des accusations. Selon lui, ces accusations ne sont qu'un début. «Les gens qui sont responsables de ces gens-là vont être approchés et vont être responsables», a-t-il souligné. «Voyons donc! Une compagnie qui n'est pas capable de s'occuper de ses employés a un sérieux problème.»

À quelques pas du palais de justice, le Musi-Café est en pleine reconstruction. Une cérémonie pour lancer les travaux de reconstruction doit y avoir lieu aujourd'hui.

Les Métallos déplorent le sort des travailleurs de la MMA

Pour leur part, le syndicat des Métallos s'insurge de voir des employés de la MMA appréhendés, traduits devant les tribunaux et être, selon son expression, jetés en pâture au public, alors que les «vrais responsables» de la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic ne sont pas inquiétés.

Le directeur québécois des Métallos, Daniel Roy, s'est étonné de voir que le président de la MMA, Ed Burkhardt, qui a selon lui négligé la sécurité pour accroître ses profits, demeure dans le confort de son domicile aux États-Unis alors que sa compagnie n'est passible que d'une amende.

M. Roy s'en est également pris à l'absence de recours contre le gouvernement Harper, qu'il accuse d'avoir rendu possible la tragédie de Lac-Mégantic en ayant déréglementé l'industrie.

Le syndicat a annoncé la mise sur pied d'un fonds pour soutenir la défense des employés syndiqués de la MMA et assure que ses services techniques en matière de santé et sécurité ainsi que de relations de travail seront aussi disponibles.

M. Roy a conclu en notant que les travailleurs accusés ont subi un grave traumatisme avec l'accident et déplore qu'on leur fasse porter tout le poids de la tragédie. Il invite à la plus grande prudence afin que les travailleurs puissent subir un procès juste et équitable plutôt que de servir de boucs émissaires.
 
19 commentaires
  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 13 mai 2014 15 h 03

    Boucs émissaires, rien de plus

    Tout cela est vraiment choquant. Les grandes sociétés se placent au-dessus des lois, et cela est une fois de plus démontré.

  • Luc Lavoie - Inscrit 13 mai 2014 15 h 18

    Incroyable ! Et pendant ce temps, les vrais criminels sont en cavale et en politique...

    ...on a pris les trois poissons dans le bocal, appelé les journalistes...et fait un photo op pour la galerie.

    C'est n'importe quoi.

    Le gouvernement Harper avait coupé dans les fonds publics destinés à la sécurité, on a eu 3 à 4 déraillements dans les mois qui ont suivis...pendant ce temps, tiens par "coincidence", on essayait de nous convaincre du bien-fondé du pipeline Transcanada par rapport au système ferroviaire.

    Les pharisiens sont au pouvoir...

  • Daniel Gagnon - Abonné 13 mai 2014 15 h 23

    Mais Monsieur Beurkhardt, de la MMA voyou, on l'a oublié? en chemin?

    Monsieur Beurkhardt, le président de la compagnie délinquante MMA, on l'a oubié?

    Ce président de la compagnie voyou MMA, dont les locomotives folles et aveugles ont foncé comme des bêtes enragées dans cette nuit de cauchemar sur la petite ville de Lac-Mégantic, on l'a oublié?

    Ce responsable de la MMA, dont le train d'enfer a filé sournoisement dans la nuit sur des voies en déconfiture pour mettre en cendres tout un centre-ville et tuer 47 personnes, dont plusieurs jeunes, on l'a oublié?

    Et les messieurs Harper et Paradis, les responsables de la déréglementation déraisonnée qui a mené à cette catastrophe, on les a oubliés?

  • Josette Allard - Inscrite 13 mai 2014 16 h 08

    Et pendant ce temps

    On évoque la possibilité que des trains transportant des matières dangereuses recommencent à circuler au centre ville de LacMegantic. Croyez-vous vraiment que nos politiciens ont appris de cette tragédie?

  • Olivier Carrier - Inscrit 13 mai 2014 16 h 36

    Tout est bien qui finit bien

    Les bouc-émissaires trouvés, ils purent reprendre leurs activités sans entrave.