Lise Payette appelle les femmes à réinvestir le Parti québécois

Lise Payette estime qu’encore aujourd’hui, on « tolère » les femmes en politique, mais qu’on ne « les accepte pas ».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lise Payette estime qu’encore aujourd’hui, on « tolère » les femmes en politique, mais qu’on ne « les accepte pas ».
Refusant l’inaction au moment où le nombre de femmes députées recule à l’Assemblée nationale, Lise Payette propose de tenir un sommet des femmes du Parti québécois.

Infatigable, l’ex-politicienne affirme que l’idée est de motiver les femmes à réinvestir les rangs. Pour elle, avec le recul de la députation féminine et la défaite de la première femme première ministre de l’histoire du Québec, pas question que les femmes retournent simplement à la maison.

« Je pense que l’état dans lequel se trouve le Parti québécois pourrait permettre aux femmes de prendre plus de place, explique Mme Payette. Un parti politique est plus accessible lorsqu’il est en bas qu’en haut. » Elle observe que lorsqu’un parti se trouve au pouvoir, les hommes sont moins enclins à concéder de l’espace aux femmes et à leurs idées.

Elle a reçu Le Devoir chez elle, pour discuter notamment du lancement d’une réédition de son autobiographie, Des femmes d’honneur.

Le milieu politique a beau avoir évolué depuis son élection avec le gouvernement de René Lévesque, en 1976, rien n’est acquis. « Nous étions 5 femmes et 100 hommes. Personne n’avait remarqué. Imaginez le portrait contraire », rappelle-t-elle.
Aujourd’hui, le combat doit se poursuivre, d’où l’idée un peu « folle », dit Mme Payette, d’un sommet. Elle dit être en contact avec plusieurs jeunes femmes au sein du Parti québécois qui seraient prêtes à mettre l’idée en marche.

« Il y a urgence de transmettre l’expérience de celles qui ont fait de la politique. Quand ces femmes-là partent, on n’entend souvent plus parler d’elles. Je pense qu’à travers un regroupement comme ça, on pourrait transmettre l’information, se préparer. » Elle vise, si tout va bien, l’automne. Elle rêve que des centaines de femmes participent. « Il faut que ce soit motivant pour attaquer ce qui s’en vient », dont la reconstruction du PQ d’ici aux prochaines élections. « Il faut dire à voix haute ce que les femmes se racontent entre elles sur leur expérience politique. Expliquer comment nous pouvons faire de la politique autrement. »

Un 7 avril douloureux

Si Lise Payette croit ce sommet nécessaire, c’est qu’encore aujourd’hui, on « tolère » les femmes en politique, mais on ne « les accepte pas ». Elle déplore le double standard qui s’applique : « Exige-t-on d’un homme qu’il ait occupé 14 ministères, comme Pauline Marois, pour devenir chef de parti ? Jamais de la vie », s’insurge-t-elle.

Selon elle, il y a présentement un « ressac », qui lui laisse croire que bien des années pourraient s’écouler avant qu’une autre première ministre prenne la tête du Québec. « Je pense que ce sera très long. Je ne le verrai pas [de mon vivant]. Le PQ lui-même ne voudra pas d’une autre femme à sa tête pour l’instant », prédit-elle, en le déplorant.

La défaite du 7 avril fut douloureuse pour Mme Payette, comme pour bien des péquistes. Mais il lui fut encore plus particulièrement difficile de voir perdre Pauline Marois. « C’est une femme que j’aime et que je respecte. Surtout que c’est moi qui ai semé la graine auprès d’elle. » C’est lorsqu’elle était directrice de cabinet de Mme Payette que Mme Marois a fait le grand saut en politique active. « Je l’ai vue s’entêter, se faire faire la vie dure… Elle a fait un véritable chemin de Compostelle avant d’arriver au pouvoir. »

Alors que la souveraineté se trouve à la croisée des chemins, il faut regarder en avant, exhorte Mme Payette. Pour elle, il n’est pas utile de « regarder dans le rétroviseur les erreurs qui ont pu être faites ». « La souveraineté du Québec va nécessiter l’union de toutes les forces », croit Mme Payette, qui n’a pas hésité à appuyer la candidature de Pierre Karl Péladeau, même si elle avait pris fait et cause pour les journalistes lors du lockout au Journal de Montréal. « Ce n’est pas nécessaire qu’on partage tous les mêmes idées. C’est ça, une coalition ! »

L’histoire se souvient difficilement des femmes, observe Mme Payette. C’est pour cette raison qu’un peu avant le tournant des années 2000, elle avait décidé de coucher sa vie par écrit, en trois tomes. Épuisés depuis, les livres continuaient de faire l’objet de demandes, surtout depuis la sortie du documentaire coréalisé par sa petite fille, Flavie Payette-Renouf. « Des bibliothèques me téléphonaient, car des lecteurs étaient prêts à attendre des mois pour lire les trois tomes ! », raconte Mme Payette, quasi étonnée. Elle s’est donc replongée dans son passé, encore une fois, pour présenter cette édition en un volume.

Elle y écrit qu’elle aurait aimé léguer un pays aux générations suivantes. Mais, à défaut, écrit-elle dans l’épilogue rédigé spécialement pour la réédition, « j’aurai fait de mon mieux pour que la vie des femmes soit vraiment améliorée et qu’elles occupent enfin la place qui leur revient de droit ».

Des femmes d’honneur

Lise Payette Québec Amérique, 2014, 724 pages

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