Boulevard René-Lévesque - Vivre à l'américaine

L’architecture de l’édifice situé au 65 boulevard René-Lévesque Est, coin De Bullion, est typiquement new-yorkaise des années 1920, caractérisée entre autres par son style minimaliste, sa brique et ses immenses fenêtres en pierre. — Photos
Photo: L’architecture de l’édifice situé au 65 boulevard René-Lévesque Est, coin De Bullion, est typiquement new-yorkaise des années 1920, caractérisée entre autres par son style minimaliste, sa brique et ses immenses fenêtres en pierre. — Photos

Le bâtiment de l'ancien Institut de formation des infirmières de l'Hôpital général de Montréal reviendra à la vie bientôt. L'immeuble majestueux de neuf étages bâti en 1925 devient le Broadway: un amalgame d'appartements, de studios, de lofts et de «penthouses» destinés aux amoureux du centre-ville.

L'architecture de l'édifice situé au 65 boulevard René-Lévesque Est, coin De Bullion, est typiquement new-yorkaise des années 1920, caractérisée entre autres par son style minimaliste, sa brique et ses immenses fenêtres en pierre. «On conserve telle quelle toute l'enveloppe extérieure du bâtiment. En 2004, l'immeuble va avoir exactement le même air qu'il avait en 1925», promet le président du groupe Apploft Canada, Michel Arnauld d'Abbadie d'Arrast.

Son groupe, spécialisé dans la restauration d'immeubles patrimoniaux, respecte deux principes de base: «Il ne faut pas se battre ni contre l'immeuble ni contre les clients.» M. d'Abbadie d'Arrast qualifie l'entreprise de réaménagement de «sport dangereux». «C'est difficile et coûteux. Non seulement on entreprend une rénovation, mais aussi une transformation, car l'immeuble n'a pas été construit à des fins résidentielles.»

Pluralité de logements

Du coup, afin de tirer le plus d'avantages possible des différentes volumétries qui existent dans l'immeuble, le groupe Apploft a décidé d'offrir une pluralité de types de logements. À l'époque de l'Institut de formation des infirmières, le rez-de-chaussée était constitué d'une salle de professeurs avec un plafond d'une hauteur de 12 pi, d'une salle de réception et d'une salle de récréation dotée d'un plafond encore plus haut (16 pi). En raison de la grande dimension des pièces et des hauteurs impressionnantes, elles seront transformées en maisons de ville et en lofts avec mezzanine.

Les deux derniers étages, soit le huitième et le neuvième, deviendront des unités de luxe dites «penthouses». Ceux qui auront les moyens d'y habiter en déboursant quelque 735 000 $ auront accès à des terrasses situées sur le toit. Les citadins qui ont le portefeuille moins garni peuvent se procurer un studio dans le même immeuble à partir de 99 000 $. Alors que le prix moyen du pied carré brut avant taxe au centre-ville et dans le Vieux-Montréal oscille entre 250 $ et 300 $, le projet Broadway le vend environ 230 $.

Déjà, plus d'une quarantaine des 70 unités de logement disponibles ont été vendues. Le quart a été acheté par des Asiatiques assez âgés qui parlent peu le français ou l'anglais et qui ne veulent pas s'éloigner du quartier chinois situé à quelques pas de l'immeuble. La même proportion de baby-boomers a mis la main sur un logement dans le but d'y résider à leur retraite. Ils pourront ainsi profiter de la quantité d'événements culturels offerts dans le quadrilatère délimité par les rues Saint-Urbain, Berri, De Maisonneuve et René-Lévesque, véritable quartier des spectacles de la métropole. Le reste de la clientèle est assez hétéroclite, de l'avocat de Québec qui désire avoir un pied-à-terre quand il vient pratiquer le droit à Montréal au Français qui s'aventure en terre québécoise pour la première fois.

Concepts de vie

Le président de Apploft souhaite se démarquer de ce qui se vend actuellement sur le marché immobilier. «La conception architecturale du Broadway est sans commune mesure avec ce qui se fait maintenant. On a tendance à tout standardiser alors que les gens cherchent des moyens de s'affirmer. Ils veulent vivre dans des espaces différents», soutient-il. Le projet consiste à utiliser les fonctions normales d'un appartement, mais dans l'espace le moins divisé possible. Finis les murs et les corridors qui rognent de l'espace et restreignent la lumière.

Il y a deux ans à peine, le projet Broadway avait comme voisines les mouettes qui peuplaient les terrains vagues situés de part et d'autre du bâtiment. Actuellement, 450 unités de logement ont été construites d'un côté et 200 de l'autre. Derrière, 215 unités devraient voir le jour d'ici peu. «Le centre-ville de Montréal va arrêter d'avoir l'air d'une ville bombardée», exprime M. d'Abbadie d'Arrast, visiblement soulagé. Selon lui, le «festival de la carcasse», à l'époque où un immeuble sur deux était abandonné dans le Vieux-Montréal et au centre-ville, est bel et bien terminé.

Le projet Broadway sera fin prêt pour accueillir ses nouveaux habitants d'ici l'automne 2004.