Le quart des enfants inuits d’âge préscolaire ont le ventre creux

Les ménages avec enfants ont un taux d’insécurité alimentaire encore plus élevé que les ménages autochtones du Canada vivant à l’extérieur des réserves, et les femmes sont davantage touchées que les hommes.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fred Chartrand Les ménages avec enfants ont un taux d’insécurité alimentaire encore plus élevé que les ménages autochtones du Canada vivant à l’extérieur des réserves, et les femmes sont davantage touchées que les hommes.

Le quart des enfants inuits d’âge préscolaire du Canada ont le ventre creux, selon un rapport du Conseil des académies canadiennes. Du lot, 90 % d’entre eux ont faim, 76 % sautent des repas, et 60 % peuvent passer une journée sans manger. 31 % des enfants inuits d’âge préscolaire vivent une insécurité alimentaire modérée, et 70 % « connaissent l’insécurité alimentaire ».

 

Les ménages autochtones du Canada vivant à l’extérieur des réserves souffrent deux fois plus d’insécurité alimentaire que les non-autochtones. Les ménages avec enfants ont un taux d’insécurité alimentaire encore plus élevé, et les femmes sont davantage touchées que les hommes.

 

Le Conseil des académies canadiennes se présente comme un organisme « indépendant à but non lucratif ». Il produit « des évaluations scientifiques indépendantes qui alimentent l’élaboration de politiques publiques au Canada ». Les chercheurs contribuent bénévolement à ses enquêtes.

 

Le Conseil cite entre autres une enquête sur la santé des Inuits menée en 2007-2008 qui montre que la population du Nunavut a « le plus haut taux d’insécurité alimentaire de toutes les populations autochtones dans les pays développés (68 %) ».

 

Dans cette région, par exemple, le coût moyen de la nourriture pour un ménage avec enfants était de 19 760 $ en 2007-2008, alors que 49 % des Inuits avaient un revenu inférieur à 20 000 $.

 

La transition entre le mode de vie traditionnel et l’alimentation moderne a aussi un impact majeur sur la santé des autochtones du Nord. « Alors qu’une seule portion de viande ou de poisson d’origine locale donne beaucoup d’énergie, de protéines ainsi que de vitamines et minéraux essentiels, bien des aliments achetés dans des magasins du Nord sont fortement transformés et pauvres en nutriments », lit-on dans le rapport, qui s’intitule La sécurité alimentaire de populations autochtones dans le nord du Canada.

 

Politiques d’assimiliation montrées du doigt

 

La Dre Françoise Bouchard, directrice de santé publique par intérim de la Régie régionale de santé et des services sociaux Nunavik, confirmait pour sa part cette semaine que la consommation de produits en conserve, plutôt que de viandes et de poissons chassés et pêchés localement, a un impact néfaste sur la santé des Inuits du Québec.

 

Le Conseil des académies canadiennes va plus loin en accusant les politiques d’assimilation canadiennes envers les populations autochtones du Nord.

 

« Diverses politiques d’assimilation ont refusé aux populations autochtones l’accès aux terres et aux ressources de leurs territoires traditionnels et ont perturbé les économies locales, la transmission des connaissances environnementales locales de même que les bonnes relations intergénérationnelles. Les conséquences s’en font encore sentir, avec d’importantes répercussions sur la sécurité alimentaire. »

 

En guise d’exemple à suivre vers des solutions prometteuses, le Conseil cite le Groenland, où se tiennent depuis 150ans des marchés à cielouvert, ou kalaalimininerniafiit.

 

« Ils sont gérés par les autorités locales, et les prix sont fixés par l’association des chasseurs et pêcheurs. »

 

Selon le Conseil, le Canada pourrait réviser les « exigences de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, qui réglemente l’inspection par les autorités fédérales des produits de viande ».

 

« La surveillance de l’état de santé des populations de poissons et d’autres espèces sauvages est également importante. »

À voir en vidéo