Une maison, sept amis

La cohabitation, telle que partiquée par Claude Plante et ses amis, permet de beaux moments d’échange comme à l’heure de l’apéro.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir La cohabitation, telle que partiquée par Claude Plante et ses amis, permet de beaux moments d’échange comme à l’heure de l’apéro.

En 2003, Claude Plante et un groupe d’amis ont eu une idée qui les a fait rêver. Et s’ils se construisaient une maison pour vieillir ensemble ? Onze ans plus tard, ils savourent le résultat. « C’est l’auberge espagnole, mais pour les gens plus vieux ! » lance en riant Esther. Presque tous les membres du groupe sont réunis autour de sa table de cuisine pour l’entrevue qui — ô bonheur — coïncide avec l’heure de l’apéro.

 

L’idée d’une maison de groupe était venue de Claude, qui avait déjà partagé une maison avec des amis à Québec. « On voulait s’arranger pour vieillir ensemble et s’entraider », raconte-t-il.

 

Située dans le Vieux-Rosemont, à Montréal, leur maison compte cinq appartements. Ils l’ont appelée « Solano », du nom de la Caisse populaire qui se trouvait auparavant sur leur terrain. En plus de Claude, il y a Réjeanne, Esther et son conjoint Jean. Il y a aussi Christiane, la soeur jumelle de Jean, ainsi que son conjoint Daniel et une autre Christiane (absente sur les photos).

 

Chacun a son condo, mais ils partagent un jardin et les espaces du sous-sol (rangement, congélateurs, atelier, garage à vélos, etc.) Cet automne, une grande pièce doit aussi être convertie en cinéma-maison. « C’est mon projet de retraite ! » lance Claude, enthousiaste.

 

Au-delà de l’espace, ils s’entraident et soupent ensemble le dimanche. La semaine de notre visite, Claude devait préparer un pâté chinois à la viande de canard, et les autres semblaient emballés. Tour à tour, chacun fait la cuisine pour ces soupers qui, sans être obligatoires, sont devenus une sorte de rituel.

 

Le petit groupe cherchait un endroit depuis un certain temps quand Claude a appris que Desjardins vendait plusieurs caisses de quartier. « Il fallait être à l’affût et faire vite, raconte-t-il. On a visité le dimanche soir et le lundi on déposait un chèque de 10 000 $ avec notre offre d’achat. »

 

Avec les achats de groupe qu’ils ont faits (matériaux, électroménagers) et les travaux qu’ils ont réalisés eux-mêmes, l’aventure ne leur a pas coûté si cher. Par logement, cela se comparait très bien à la valeur marchande de l’époque.

 

Étant donné la taille du projet, ils ont dû demander un prêt dans un service bancaire aux entreprises pour ensuite le convertir et le diviser en cinq hypothèques distinctes. D’abord indivis, les condominiums sont devenus divis l’an dernier.

 

Or le processus n’a pas été une mince affaire, note Esther, qui croit qu’on pourrait faciliter des projets comme le leur avec des conseillers pour les guider dans les institutions financières. « Ça fait partie d’une tendance qui devrait être soutenue, celle des gens plus âgés qui veulent se prendre en main et ne se voient pas nécessairement dans de grands condominiums pour personnes âgées. »

 

Comme un mariage

 

Avec le concours de Claude, qui est architecte de formation, ils ont pu faire leurs propres plans. « Nos meubles étaient placés avant même la construction », relève Christiane.

 

Et l’insonorisation est impeccable. « C’était un critère important, insiste Claude. Il n’y a aucun bruit qui voyage d’un appartement à l’autre. » Le dosage entre partage et intimité est crucial, poursuit Esther : « On s’était donné les mêmes objectifs de vie : vieillir ensemble, mais avoir la paix quand on la veut et avoir les autres quand on en a besoin. »

 

Les uns arrosent les plantes des autres quand ils sont en voyage, ils s’épaulent quand ils sont malades et se font tous coiffer par la même personne dans la cuisine d’Esther. Jean a les clés de tout le monde en cas de pépin et bien sûr, il y a aussi les apéros ! Signe de leur régularité, Esther, Jean et Claude ont même posé une tringle à manteaux dans le passage qui sépare leur vestibule commun !

 

Et leurs enfants ? Réjeanne raconte que son fils trouve « rassurant » de savoir sa mère « bien entourée ». « Moi, j’ai une famille que j’adore, ajoute Esther. Mais ils sont soit à Québec, soit à Victo. » Solano est comme « une famille reconstituée ».

 

Comme à Cohabitat Québec, le seul bémol semble être l’énergie incroyable qu’ils ont dû investir dans le projet. Daniel, qui a coordonné les travaux, concède que si c’était à refaire, il en « ferait peut-être un peu moins ». « On a travaillé tellement fort là-dedans ! » En même temps, tout ce labeur leur a donné un attachement particulier à « la maison ». « On l’aime d’amour », dit Esther.

 

Et qu’advient-il si l’un d’eux doit partir ? « On a une convention qui dit que les autres ont un droit de premier choix pendant un certain temps, explique Daniel. Il ne faut pas non plus bloquer… Si quelqu’un veut s’en aller, il faut que ce soit possible. »

 

Réjeanne se fait souvent dire qu’elle est « chanceuse » d’avoir Solano. « Oui, dit-elle, mais on a travaillé aussi. » Et ils se sont bien choisis, souligne Daniel. « Moi, ça m’a pris un petit peu de temps avant d’embarquer, mais quand j’ai connu les gens, je me suis dit que ça pouvait marcher. Je n’aurais pas embarqué avec n’importe qui. C’est comme un mariage cette affaire-là ! »

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