L’avenue atteint un plateau

Le développement se stabilise sur l’avenue du Mont-Royal après trente ans de développement fulgurant.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le développement se stabilise sur l’avenue du Mont-Royal après trente ans de développement fulgurant.

L’eldorado ? Il est ici. « L’avenue du Mont-Royal, c’est la rue commerçante qui a le plus proliféré en Amérique du Nord au cours des deux ou trois dernières décennies », dit très sérieusement John Fogarty, vice-président de la Société de développement de l’avenue du Mont-Royal (SDAMR). « Je suis commerçant sur le Plateau Mont-Royal depuis 32 ans et je n’ai vu que de la progression, dit-il. Avant, ici, il n’y avait que des boutiques de guenilles. La Société est née en 1985 et tout a été transformé jusqu’en 2009-2010. »

 

Voilà donc l’écueil ? Le paradis s’est donc tari ? « Le commerce a ralenti en 2010, puis encore un léger déclin en 2011, corrige le vieux routier. La situation s’est stabilisée en 2013. Je ne peux pas trouver d’autre mot : c’est stable. »

 

Comment explique-t-il ce creux de vague, ou plutôt ce « plateau » sur l’avenue fétiche du Plateau ? Il cite la récession, mais aussi l’endettement très fort des ménages, dans un secteur où les prix de l’immobilier aussi gonflent comme des montgolfières. Il parle évidemment de la concurrence des banlieues et des problèmes de circulation, non pas uniquement dans l’arrondissement central de l’île, mais partout dans la région métropolitaine.

 

« On a perdu nos clients des régions, mais on a gardé nos clients de Montréal, dit le vice-président. C’est un facteur important. Les artères commerçantes redécouvrent l’importance du commerce de proximité en mixité. Ici, la mixité est bonne. La rue Masson prolifère depuis quatre ou cinq ans parce qu’elle offre une mixité de commerces plus intéressante à la population de Rosemont. Mais cette rue part de plus bas, parce qu’elle a subi la concurrence des centres commerciaux pendant des décennies. L’avenue du Mont-Royal, c’est autre chose : elle a été au top pendant longtemps. »

 

La SDAMR accompagne le développement entre les avenues de Lorimier et du Parc. L’association compte 470 membres, tout ce qui fait commerce sur l’avenue puisque l’adhésion demeure obligatoire. Le taux d’inoccupation des locaux commerciaux (excluant les locaux en rénovation) était de 4,5 % le 30 janvier 2014, ce qui ne constituerait pas un taux anormalement élevé. Le taux de rotation des commerces a légèrement tendance à augmenter depuis quelques années, c’est-à-dire que le mouvement d’ouverture et de fermeture des commerces s’est accéléré. Seulement, la roue tourne et de nouveaux commerces remplacent ceux qui ferment.

 

Des preuves ? Un local longtemps occupé par des vêtements bas de gamme a été remplacé il y a deux ans par une boutique Rudsak (cuirs chics en tous genres). Le local de l’annexe de la boutique Farfelu n’a été inoccupé que quelques semaines après sa fermeture. Les joyeux cossins rigolos seront remplacés bientôt par une chocolaterie haut de gamme. L’embourgeoisement semble aussi se poursuivre de cette manière. Farfelu n’a d’ailleurs pas attendu cette transformation pour rejoindre sa clientèle de la couronne nord en ouvrant une succursale au Carrefour Laval, il y a une douzaine d’années.

 

« L’avenue n’est plus ce qu’elle était,dit Michel Alain Szaraz, le propriétaire de Farfelu. Avant, les gens avaient le sourire sur le visage. Maintenant, on sent la morosité partout à cause de l’héritage du maire Tremblay, de la corruption, des problèmes de circulation, de l’état des infrastructures. […] Les gens qui venaient de l’extérieur de Montréal ne viennent plus. Le Plateau, c’est un dédale. La clientèle a chuté immédiatement quand la circulation a été inversée sur Christophe-Colomb. »

 

Hitler, Staline, Ferrandez

 

Le plan de contingence de la circulation du maire d’arrondissement Luc Ferrandez a fait exploser de rage certains membres de la SDAMR. Sur Facebook, un groupe de « commerçants et de résidants » est entièrement dédié à la haine profonde du représentant de Projet Montréal. Une série de trois textes le compare à un dirigeant totalitaire en utilisant des citations d’Hannah Arendt! De la reductio ad hitlerum et stalinum!

 

«On ne manque pas de stationnements et quand le tarif a grimpé de 2 à 3 $ l’heure, il y a eu un petit recul d’achalandage, commente M. Fogarty. Je pense que ça reprend. Personnellement, je trouve que quand tu as une auto, tu dois payer pour te stationner. »

 

John Fogarty est attablé dans un café voisin de la place du métro Mont-Royal, là où est installé son kiosque commercial. L’été, il vend tout ce qui pousse, des fruits, des légumes, des plantes. À la fin de l’hiver et au printemps, il installe une cabane à sucre.

 

Son commerce sera bientôt bousculé. La STM va transformer l’édicule d’accès au métro. L’arrondissement va en profiter pour agrandir la place. Le maire souhaiterait bien refaire toute l’avenue, élargir les trottoirs, pacifier la circulation automobile, embellir cette voie emblématique, comme il l’a fait plus au nord, autour de la station Laurier. Il n’a pas l’argent pour lancer le chantier.

 

La boutique de « surgelés gourmands » Cool Simple s’est installée l’an dernier sur l’avenue pour se rapprocher de cette clientèle d’origine européenne. D’autres magasins existent à L’Île-des-Soeurs, sur l’avenue Monkland, dans Griffintown. « On ne regrette pas d’être ici,dit le gérant César Lavisse. C’est une des boutiques qui a le meilleur rendement dans le monde. »

 

M. Lavisse ne se plaint pas des contraintes de stationnement dans les environs, tout en reconnaissant que les clients de NDG sont mieux servis de ce point de vue. Il souhaiterait surtout plus de propreté dans la rue et la ruelle autour de sa boutique et des infrastructures mieux entretenues. Juste au coin de l’avenue Christophe-Colomb, dans un tronçon pourtant refait il y a trois ans à peine, une autre bouche d’égout vient de s’affaisser…


 
5 commentaires
  • Gabriel Deschambault - Inscrit 1 mars 2014 14 h 20

    Farfelu

    Le propriétaire de Farfelu devrait en revenir avec le sens de l'avenue Christophe-Colomb. Tout en demeurant poli, je dirais qu'il radote et je l'invite plutôt à venir constater la circulation automobile que utilise CC sans pour autant tourner sur mont-Royal.

  • Gabriel Deschambault - Inscrit 1 mars 2014 15 h 28

    Farfelu!

    J'inviterais bien poliment Monsieur Farfelu à changer sa disquette en ce qui a trait à l'impact de l'avenue Christophe-Colomb sur l'état du commerce de Mont-Royal.

    Il radote!

    Je l'inviterais plutôt à se rendre angle CC et Mont-Royal, pour constater les centaines de voitures qui utilisent CC et qui continuent vers le sud sans tourner sur Mont-Royal.

    Gabriel Deschambault

  • Daniel Lemieux - Inscrit 2 mars 2014 17 h 23

    « on sent la morosité partout à cause de l’héritage du maire Tremblay »

    Est-ce un constat propre au Plateau ?

    Le propriétaire de Farfelu, dans son analyse personnelle de la situation, semble oublier que le Québec tout entier est devenu morose, et pas seulement les occupants du Plâto.

  • Roland Berger - Inscrit 2 mars 2014 17 h 44

    Pauvre Plateau

    La meilleure façon de subir une discrimination, c'est de s'obstiner à ne pas faire comme les autres. Le Plateau apprend à ses dépens.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 mars 2014 21 h 02

      Justement, le Plateau FAIT comme les autres. Tous les autres quartiers s'arragent pour canaliser la circulation sur un nombre limité de grandes artères.