Un débat qui ne leur appartient pas

Des jeunes de 5e secondaire de l’école montréalaise Georges-Vanier. Les points de vue sont divisés, mais une certaine majorité d’élèves semble pencher du côté anti-charte, ou plutôt anti-interdiction des signes religieux.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des jeunes de 5e secondaire de l’école montréalaise Georges-Vanier. Les points de vue sont divisés, mais une certaine majorité d’élèves semble pencher du côté anti-charte, ou plutôt anti-interdiction des signes religieux.
Printemps 2012. Pancartes au poing, ils ont été des milliers de jeunes dans la rue à défendre l’accessibilité aux études et une série de causes sociales. Près de deux ans plus tard, cette jeunesse, qui a contribué à la chute du Parti libéral et préparé la voie aux péquistes, est rentrée en classe. Et le débat sur la charte de la laïcité, sur laquelle table le nouveau gouvernement élu, est loin d’autant déchaîner les passions. Où sont les jeunes?

« La mobilisation de 2012 a pris deux ans à préparer. On ne peut pas s’attendre à ce que toutes les organisations se prononcent aussi rapidement. Et c’est un cercle vicieux, moins il y en a dans le débat, moins les autres ont le goût d’y aller », explique l’ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois. Si les jeunes participent moins au débat sur la charte de la laïcité, c’est aussi qu’ils sont intimidés par les plus vieux. « Depuis le début, il y a eu toute une série de sorties publiques, comme celles de Guy Rocher et Janette Bertrand, et ils ont tout à fait le droit. Mais ce sont des gens d’un certain âge qui ont utilisé leur expérience pour donner beaucoup de crédibilité à leurs propos et pour donner l’impression à certains jeunes que leur opinion l’était moins », fait-il remarquer. En termes philosophiques, c’est un « sophisme d’autorité ».

Cet automne, lors d’une prise de parole publique sur la charte à l’événement Mégaphone organisé par l’ONF, des baby-boomers lui avaient fait la morale. « Je m’étais fait dire “ nous les baby-boomers, on a vécu la Révolution tranquille, on sait de quoi on parle. […] Vous devez nous écouter ”, note M. Nadeau-Dubois. Les jeunes sont intimidés. Personne n’essaie de les faire taire volontairement, mais c’est l’impression que ça donne. Et ce n’est pas très invitant. »

L’ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins, les comprend aussi de ne pas sauter dans l’arène. « Qu’ils soient en faveur ou en défaveur, ils vont se faire rabrouer », dit-elle. C’est un débat hautement politique et les jeunes ne veulent pas y toucher. « J’ai l’impression que les partis vont les chercher pour qu’ils expriment une opinion en leur faveur. Mais une fois qu’ils ont parlé, on veut qu’ils se taisent. Les jeunes n’ont pas de prise sur le débat. »

Le silence des jeunes

À part celles des organisations comme le Jeune Barreau, les ailes jeunesse des partis politiques et de quelques jeunes intégrés à des groupes multigénérationnels pro ou anti-charte, bien peu de voix de moins de 30 ans se sont faites entendre. Aucune des trois grandes associations étudiantes (FECQ, FEUQ et ASSE) ne s’est prononcée et certaines n’ont même pas l’intention de le faire. « Pour certaines, ce n’est pas une priorité », a dit Justin Arcand, porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).

Les jeunes en discutent entre eux sur l’heure du lunch, s’expriment sur les réseaux sociaux, mais sans plus, a indiqué Éliane Laberge, la présidente de la Fédération étudiante collégiale (FECQ). « Notre fédération n’a pas tenu à investir les lieux décisionnels. » Des positions parviennent néanmoins à se prendre par quelques associations locales, même si règle générale, la question ne fait pas consensus.

N’empêche. Au sein de l’ASSÉ, les associations qui ont pris position jusqu’ici ont toutes ont rejeté la charte. « La plupart s’y opposent, même si ce n’est pas catégoriquement », dit Justin Arcand. Tandis que l’association facultaire étudiante de sciences humaines de l’UQAM est carrément contre — elle croit que le projet de loi cache des mesures d’austérité —, celle du Cégep de Matane est plus nuancée. « Elle est contre, mais a poussé pour que ce projet respecte davantage la Charte des droits et libertés », poursuit-il.

Le directeur de l’Institut du Nouveau Monde, Michel Venne, croit pour sa part que les jeunes sont toujours moins présents pour la simple et bonne raison « qu’ils sont moins organisés. » Lors du printemps 2012, si les étudiants ont réussi à se faire entendre c’est parce qu’il y avait déjà des structures, les associations et les fédérations, qui étaient en mesure de défendre leurs intérêts. Or, il n’existe pas d’organisme jeunesse qui s’intéresse spécifiquement aux questions d’identité ou de valeurs.

Un sujet qui les indiffère ?

Les jeunes sont de toute façon peu enclins à participer aux débats publics, quels qu’ils soient, croit Léo Bureau-Blouin, ancien président de la Fédération étudiante collégiale devenu député péquiste. Celui sur la charte ne fait pas exception. « Ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas d’opinion, mais ils se retrouvent peut-être moins dans le sujet. » Celui-ci est complexe et le processus de commission parlementaire peut leur paraître rebutant, ajoute-t-il.

L’adjoint parlementaire enmatière de jeunesse de la première ministre Pauline Marois croit aussi qu’il peut être difficile de sentir l’urgence du débat pour les jeunes générations. « Elles ont connu un modèle de la laïcité qui semble aller de soi. Il devient alors difficile d’évaluer en quoi des signes religieux peuvent lui porter atteinte, analyse-t-il. Quand on a étudié dans des commissions scolaires linguistiques et non plus confessionnelles et que le cours de religion a été remplacé par Éthique et culture religieuse, c’est difficile de s’imaginer comme c’était avant. »

Individualisme et féminisme

Michel Venne remarque que toutes ces questions d’identité, de religion et même de langue interpellent moins les jeunes, ou plutôt « des jeunes », comme il préfère le dire. « Mais depuis une dizaine d’années, j’ai l’impression que toutes ces questions mobilisent moins les 18-30 ans qui vivent dans une société sécularisée et qui ont eu peu de rapports avec la religion institutionnalisée », avance-t-il. La génération Y a été davantage instruite dans des écoles pluriethniques. « Depuis la loi 101, depuis que les immigrants vont à l’école française, les jeunes vivent la diversité, ils ont des expériences culturelles et leur attitude a changé face à la différence », note-t-il.

Sans être égoïstes, les jeunes sont individualistes, constate pour sa part le sociologue à l’Université de Montréal, Jacques Hamel. « Les droits de scolarité, c’est évident que ça les concernait directement. Ça venait directement alourdir leurs dépenses. Ça touchait leur raison d’être », explique-t-il, soulignant que ce n’est pas le cas avec la laïcité.

Encore là, c’est l’expérience personnelle qui compte. « Si un jeune universitaire est habitué de voir des étudiantes avec un voile et qu’il n’y voit pas de problème, il ne verra pas pourquoi ça poserait problème en général. Mais s’il voit un niqab et que ça le choque, ça viendra colorer sa position, la nuancer », soutient-il.

Il explique les velléités anti-charte de certains étudiants par leur côté « moral » très poussé. « Le politiquement correct [auquel ils s’astreignent] fait en sorte qu’ils peuvent difficilement être en faveur de la charte, car ça brimerait automatiquement les entités religieuses », dit ce spécialiste de la jeunesse. Les étudiants marchent donc sur des œufs, particulièrement chez la gent féminine. « Le malaise est plus profond chez les jeunes femmes, car le débat sur la charte met en jeu le féminisme. Certaines femmes qui voudraient se dire en faveur de la charte mais ce serait acquiescer au congédiement des éducatrices en garderie, par exemple. »

Avec Mélanie Loisel
91 commentaires
  • Julien Villeneuve - Inscrit 1 février 2014 02 h 16

    Les orations sybillines...

    ... de Jacques Hamel se basent sur quelles études, exactement ?

    Parce que vous savez, c'est pas parce qu'on est un sociologue qu'on peut dire n'importe quoi sur n'importe quoi avec prétention de scientificité.

    • Fabien Nadeau - Abonné 1 février 2014 08 h 52

      J'ai un peu de difficulté à accepter ce commentaire. Elle est où la prétention de "scientificité". Ce monsieur donne son opinion et elle est probablement partagée par bien du monde. Je ne sais pas sur quelle étude scientifique baser mon opinion, par contre...

    • Nicole Bernier - Inscrite 1 février 2014 09 h 09

      M. Villeneuve,
      au lieu de réfléchir au sujet et prendre le temps d'imaginer qu'il était peut-être possible que les jeunes ne vivent pas le nationalisme comme leurs ainés, vous préférez discréditer le messager...

      Et votre argument, démontre que vous n'avez pas pris la peine d'aller vérifier la recherche effectuée par ce chercheur... Donc, vous vous attaquer à un professeur francophile de l'UdeM, peut-être un de vos alliés, pour construire ce pays dont la majorité des citoyens n'en veulent pas. Cela vous fâche d'imaginer que les jeunes ne veulent pas de ce Québec imaginé par un certains groupes de vieux...

      Moi, non plus d'ailleurs, je ne sais pas la valeur de son argument, comme je ne fréquente plus les jeunes de l'université depuis 2006, mais avant de m'attaquer à ses hypothèses ou sa description des faits, je me suis posée plusieurs questions après avoir lu cet article...

      C'est vrai que la loi 101 a forcé les immigrants à entrer dès le primaire dans les écoles de quartier... donc, qu'a pu provoquer cette diversité? Est-ce que cette affirmation fait sens par rapport à ce que je connais du milieu de l'éducation:
      "Depuis la loi 101, depuis que les immigrants vont à l’école française, les jeunes vivent la diversité, ils ont des expériences culturelles et leur attitude a changé face à la différence"

      C'est évident que les parents, immigrants ou canadiens de culture d'origine autre que pure laine, n'ont pas pu accepter que leurs enfants soient la cible de constant harcèlement à cause de leur différence... Il est fort probable que la majorité des professeurs ont fini par trouver des stratégies d'intervention facilitant la collaboration entre différentes réalités identitaires... Nous, quand nous étions jeunes, nous n'avions pas cette diversité quotidienne et nous n'avons pas eu à développer ce type de collaboration... Et, il a sûrement fallu plusieurs années avant que ce changement radical ait un impact sur la psyché des jeunes...

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 1 février 2014 09 h 14

      Oui, il est très drôle, ce "spécialiste de la jeunesse", qui observe à la fois que "les jeunes sont individualistes", donc ils s'en foutent, mais que ceux qui s'en préoccupent s'astreignent au "politiquement correct", donc qu'ils sont aussi fautifs. Quelle condescendance!

      Les frais de scolarité allaient toucher les prochaines cohortes, donc ce n'était pas individualiste pour des étudiants en fin de parcours. Et ce ne sont pas les étudiants qui pleurent sur le sort du portefeuille du contribuable.

      Plus largement, les "jeunes" peuvent être indifférents à la question de l'identité car ils ne sont pas obsédés depuis des décennies par la confrontation entre les Libéraux et les Péquistes dont le débat n'est qu'un épisode. Autrement, ils peuvent trouver que 100 000 enjeux sont plus importants (non, pas nécessairement leur propre nombril).

      Enfin, ils peuvent être pour, contre, nuancés ou simplistes, comme tout le monde, et trouver au bout du compte que la forme prise par le débat fait plus de dommages collatéraux que de bienfaits escomptés.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 1 février 2014 09 h 26

      @JulienVilleneuve

      C'est drôle que vous vous posiez cette question sur M. Hamel, mais que vous ne posierz pas la même sur tous les intervenants?

      Ceci dit, je trouve tout à fait curieux le "sophisme d'autorité" de G. Nadeau-Dubois. Il choisit cet "argument" parmi d'autres et laisse quand même entendre que c'est la faute des plus vieux si les plus jeunes ne donnent pas leur avis. Bizarre. Opinion personnelle, probablement.

      Je comprends qu'après le dur exercice des" carrés rouges" des jeunes soient quelque peu essouflés ou peut-être le sujet les intéresse-t-il moins? Mais je crois que des plus vieux ayant vécu l'emprise d'une religion ne sont pas dupes du tour de passe-passe que tentent d'effectuer certains adeptes religieux en voulant imposer leurs dogmes et leurs doctrines dans l'espace privé ET public.

    • Johanne Bédard - Inscrite 1 février 2014 10 h 21

      Vous, qu'avez-vous à dire ?

    • Louka Paradis - Inscrit 1 février 2014 13 h 04

      Pour se faire une idée juste des enjeux, il faut d'abord lire en entier le projet de loi 60. Ensuite, ce serait important de suivre un tant soit peu les travaux de la commision parlementaire au lieu de se baser uniquement sur son opinion personnelle et ses humeurs j'aime-j'aime pas, ou seulement sur le moment présent. Pour saisir la portée de ce débat, il faut comprendre aussi l'évolution historique et le contexte global dans lequel il s'inscrit. Voici un bon début :
      présentation du mémoire de Guy Rocher, le 21 janvier 2014 :
      http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/AudioVideo-

      Louka Paradis, Gatineau

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 1 février 2014 13 h 29

      @Mme. Paradis. Ce serait bien de pouvoir en faire autant. J'oserai, sans faire de cette péccadille un conflit de génération, affirmer qu'il est plus aisé pour des retraités ou des gens ayant beaucoup de temps libre de suivre les Caron en Croisade tous les jours de la semaine, et lire les mémoires.

      Ce qui n'empêche pas, vous avez raison sur ce point, que pour en parler mieux vaut suivre le débat. Pour autant qu'il nous intéresse et que les arguments soient disponibles sous les couches de sophismes et d'anecdotes. La position de M. Rocher est valable mais ne couvre pas du tout l'entièreté de la question, à mon sens.

      Pour l'évolution globale et le contexte historique, c'est toujour sujet à interprétation, comme toute lecture historique. La frustration actuelle provient surtout du fait qu'il s'agisse d'un débat électoraliste quand la situation réelle est sensible et mériterait d'être traitée avec plus d'égard, ce que nul parti n'a su faire, forcés qu'ils sont de se positionner de façon simpliste, ou alambiquée, sans poser les fondements de la réflexion. La commission est biaisée en ce que la conclusion est connue, et ne sert qu'à préparer le terrain aux élections.

      Un enjeu social ne peut se baser sur le "gros bon sens", deux ou trois cas médiatisés, ou l'ignorance.

    • Louka Paradis - Inscrit 1 février 2014 22 h 10

      M. Lamy-Théberge,
      Le fait que vous réduisiez les travaux de la Commission parlementaire à la croisage des Pineault-Caron illustre à merveille votre ignorance de ce qui s'y passe : ce n'est pas une question de génération ou d'être retraité, travailleur ou étudiant, ce n'est pas une question d'âge non plus puisque tout le monde peut aller visionner la présentation des mémoires sur le site de l'Assemblée Nationale. C'est plutôt une question de bonne volonté, de bonne foi et de vaillance intellectuelle. J'ai indiqué le lien pour la présentation de M. Guy Rocher, qui est une sommité en sociologie, malgré votre critique non étayée. Vous pourriez aussi écouter les présentations hautement valables de bien d'autres personnes au lieu de juger de façon péremptoire et , il faut le dire, assez prétentieuse, que tous, sauf ceux qui pensent comme vous, ont «des positions simplistes, alambiquées ou sans fondements...». À la lumière de votre conclusion, je dirais que «l'ignorance» que vous déplorez n'est pas tout à fait où vous la situez...
      Voici deux autres liens sur la Commission parlementaire, à titre d'information :
      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/398795/le
      http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/AudioVideo-
      Bonne écoute et bonne réflexion !

      Louka Paradis, Gatineau

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 2 février 2014 10 h 23

      @Mme. Paradis.

      C'est plutôt lassant ces attaques personnelles sans argument. Vous confirmez mon impression sur les plus ardents acteurs de ce débat.

      Mon opinion concernant la position de M. Rocher est disponible. Ce n'était pas l'objet de cet article. Sachez seulement qu'il ne me suffit pas qu'il s'agisse d'une "sommité".

      Mon propos réagissait à l'article, donc couvrait généralement la question de l'accès aux débats en fonction de l'emploi du temps des citoyens. Je suis personnellement assez intéressé par le débat, et ça me prend beaucoup de temps pour suivre. Les Pineault-Caron sont plutôt les visages médiatisés du débat, et donc la manifestation malheureusement la plus accessible.

      Il faut aussi apprendre à lire. C'est peut-être dû à une habitude des débats monologiques qui vous conduit à réagir sans comprendre l'idée : nulle part je n'affirme que toutes les positions sont "simplistes, alambiquées ou sans fondements...", cette formule réfère aux partis politiques, même "ceux qui pensent" comme moi. Cela est peut-être dû au fait qu le débat soit électoraliste, qui force la position rapide sans nuance, puisqu'il ne sert qu'à polariser les électeurs. Cela ne sert jamais la démocratie, peu importe l'enjeu.

      En résumé, votre propos confirme ma suspicion. Les conclusions sont déjà prêtes, et vous vous permettez de faire la morale sans pour autant proposer votre lecture. Rassurez-vous, vous n'êtes pas la seule.

    • Louka Paradis - Inscrit 2 février 2014 11 h 46

      M. Lamy-Théberge,

      Les «fondements de la réflexion», comme vous le dites, ont été bien posés : encore faut-il en prendre connaissance...
      http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/l

      Deuxièmement, la conclusion de la commission parlementaire n'est pas encore connue, ni la version finale du projet de loi 60. Bien difficile dans ce cas de les critiquer sans idée préconçue... Je n'ai pas de boule de cristal, et vous ?
      Troisièmement, la Charte de la laïcité fait partie du programme du Parti Québécois depuis au moins 4 ans : ce n'est donc pas un projet électoraliste.
      Bonne réflexion !

      Louka Paradis, Gatineau

  • Carole Jean - Inscrite 1 février 2014 04 h 25

    Distinction cruciale entre le droit et la justice


    La distinction cruciale entre le droit et la justice semble s’imposer dans ce débat fondamental sur la Charte des valeurs.
    -Le droit, c’est le pouvoir de ceux ou celles qui détiennent le pouvoir à un moment donné dans le temps d’imposer leur vision de la société.
    -La justice est un concept beaucoup plus large et subtil, car c’est la capacité de juger des situations inégales et d’établir un équilibre équitable afin de protéger les plus faibles dans une société.

    Le principe de l’égalité homme-femme se réfère davantage à la justice qu’au droit. Pendant des décennies au Québec, en effet, des systèmes de pensée politiques et cléricaux ont cantonné les femmes dans un rôle social, familial et politique subalterne. Selon cette vision des choses, les femmes étaient des demi-citoyennes : elles ne pouvaient contracter légalement en leur nom propre et elles ne pouvaient même pas voter lors des élections.

    Rappelons que le droit de vote ne fut « accordé » aux femmes québécoises qu’à compter du 25 avril 1940, alors que ce droit existait déjà au niveau fédéral depuis 1918, soit depuis 22 ans auparavant.
    Le pouvoir civil et clérical du temps argumentait qu’accorder le droit de vote aux femmes allait « contre les traditions fondamentales de notre race et de notre foi. » Si on s’était basé sur le seul « droit » du temps, les femmes n’auraient toujours pas le droit de vote au Québec. C’est en fonction des concepts de justice et d’égalité qu’elles peuvent voter aujourd’hui.

    Malheureusement, le principe de l’égalité homme-femme est aujourd’hui attaqué avec les mêmes arguments politico-religieux utilisés dans le passé pour le nier. L’arrivée chez-nous de personnes venant de pays où les femmes sont encore sous tutelle a relancé le débat et risque de nous ramener des décennies en arrière. Cela ne doit pas se produire.

    • Roland Berger - Inscrit 1 février 2014 10 h 15

      Bravo ! Un très juste rappel des motifs qui alimentent nombre d'opposants à la charte.

    • Jean Richard - Abonné 1 février 2014 10 h 15

      « Pendant des décennies au Québec, en effet, des systèmes de pensée politiques et cléricaux ont cantonné les femmes dans un rôle social, familial et politique subalterne. »

      Remontons au milieu du siècle dernier. Il est vrai que les femmes étaient peu nombreuses en politique. Il est vrai que les femmes n'avaient pas grand place dans l'église catholique du côté de l'autel. Mais le Québec du milieu du XXe siècle n'était pas aussi urbain que celui d'aujourd'hui. Il était en bonne partie rural et surtout paroissial (en 1960, tu ne venais pas de Québec : tu venais de Saint-Roch, de Saint-Malo, de Saint-Sauveur...).

      Bien que la paroisse était centrée autour d'une église et constituée d'une communauté qui fréquentait cette église (l'édifice, pas la religion), elle n'était pas pour autant religieuse. Ou plutôt, elle était autant sociale que religieuse. Or, si le clergé était réservé aux hommes, les femmes étaient loin d'être absentes de la vie paroissiale. Les associations diverses majoritairement féminines étaient nombreuses (plus que les associations à majorité masculine) et non sans influence. Ainsi, le social et le paroissial étant assez liés, les femmes y jouaient un rôle bien plus que secondaire.

      La famille – Prétendre que la femme jouait un rôle secondaire dans la famille va sûrement en faire rire (ou pleurer) plus d'un. La reine du foyer comme on l'appelait tenait plus souvent qu'à son tour les commandes de la cellule familiale, en particulier en ce qui concerne l'éducation des enfants. Cette domination féminine se transportait à l'école, surtout au primaire.

      Secondaires la paroisse, la famille et l'éducation ? Pas si sûr ! Dans le Québec des années 50, ces cellules avaient probablement plus d'importance que la politique, davantage éloignée de la population dans un monde où les communications n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui.

    • Jacques Moreau - Inscrit 1 février 2014 23 h 18

      Pas si vite ! Le "droit" c'est les lois, règles, que l'on s'impose pour vivre en société. La "justice" est le résultat de l'interprétation qu'on fait de ces lois, dans leur applications. Si les lois ne sont pas "justes" vous pouvez dire adieux à la justice. IL serait bon de rappeller qu'au temps ou les femmes étaient "inférieures" les hommes avaient le "devoir" de les défendre, protéger et fournir nourriture et logement. Les us et coutumes ont changés avec les siècles et millénaires. Pas au même rythme, dans tout les pays.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 2 février 2014 18 h 23

      Réponse à Mme Paradis (1er février, 13h.04)

      "Pour se faire une idée juste des enjeux, il faut d'abord lire en entier le projet de loi 60. Ensuite, ce serait important de suivre un tant soit peu les travaux de la commision parlementaire Pour se faire une idée juste des enjeux, il faut d'abord lire en entier le projet de loi 60. Ensuite, ce serait important de suivre un tant soit peu les travaux de la commision parlementaire au lieu de se baser uniquement sur son opinion personnelle et ses humeurs j'aime-j'aime pas, ou seulement sur le moment présent. ."

      Mais justement, pourquoi est-ce que je m'astreindrais à faire ce que ni Marois ni Drainville n'ont fait avant de rédiger ce fameux projet de loi, c'est à dire faire des recherches, colliger des statistiques, etc., (ré: des journalistes du Devoir, et les ex du Club des ex) pour ensuite annoncer dès le début de cette commission qu'il n'y aura aucune concession concernant l'interdiction des signes religieux prétendument ostentatoires (ré mon dictionnaire). Vu que cette partie de la charte est la seule qui ne fait pas concensus, autant dire à ceux qui la questionnent ou s'y opposent "restez chez-vous, vous allez perdre votre temps et nous faire perdre le nôtre". Cette manière dictatoriale d'agir, dois-je le spécifier n'a rien de démocratique et cette partie de la charte manque d'humanité, basée uniquement sur des préjugés et une ignorance souvent volontaire, dans le suel but d'aller chercher un mandat majoritaire,

      Et pour vous paraphraser "Il aurait important pour vous de lire à tête reposée l'argumentaire de ceux qui questionnent cette partie de la charte au lieu de vous baser uniquement sur la partisannerie, vos préjugés et généralisaitons et vos sautes d'humeur genre je ne veux rien savoir."

      Combien de Maghrébins comptez vous dans vos connaissances, Mme Paradis?

  • Stéphane Bastien - Inscrit 1 février 2014 04 h 56

    Le passé est garant de l’avenir

    Ce dont les jeunes ne semblent pas savoir, c’est qu’il est très facile pour toutes sociétés, de retourner en arrière au plan des droits. Les exemples à cet égard, à travers le monde, ne manquent pas. Les religions ne doivent tout simplement pas avoir autant de pouvoir qu’elles le réclament, sur toutes sociétés de droit, point.

    • Jacques Moreau - Inscrit 1 février 2014 23 h 26

      Question ! Qui a donné tous ces pouvoirs aux religions? J'ai la drôle d'impression que quand la religions mène un peuple pas le bout du nez, c'est parce que la MAJORITÉ des gens de ce peuple "suivent" ces "prophètes" qui se réclame comme représentant de "l'Être Suprême". Et, la MAJORITÉ impose ses vus sur toute la poplulation.

  • Nicole Bernier - Inscrite 1 février 2014 05 h 25

    Très intéressant ce constat, cela demande un temps d'écoute....

  • Hélène Paulette - Abonnée 1 février 2014 08 h 28

    Cher Gabriel Nadeau-Dubois...

    Malgré ma soixantaine avancée, je n'ai pas hésité, un certain printemps, à me porter à votre défense, bravant les forces policières et les regards courroucés. Devrais-je maintenant me taire pour que vous ne vous sentiez pas intimidés? Permettez-moi de penser que le problème est ailleurs. Après deux référendums perdus, les jeunes ont envie de passer à autre chose et de se fondre dans la mondialité... Libre à vous. Pour ma part je vais continuer le combat.

    • Jean Richard - Abonné 1 février 2014 09 h 45

      J'aurais aimé vous accompagner dans votre combat mais l'évidence saute aux yeux : il est perdu à l'avance et peut-être suis-je mauvais perdant. N'allez toutefois pas croire que je vais me ranger du côté des jeunes pour célébrer le triomphe de l'individualisme sur le collectif, la primauté de l'instantanéité sur la dimension temporelle et quoi encore !

      Mais puisqu'il est question de charte des valeurs, comment pourrais-je reprocher aux jeunes de ne pas s'y intéresser, sachant que ces valeurs sont fort mal définies et pire, qu'elles semblent beaucoup plus politiques que culturelles. Voyons un peu...

      L'égalité – Avoir 15 ou 20 ans, ça veut dire avoir encore un ou deux pieds dans une école où les filles sont privilégiées (l'école est taillée sur mesure pour elle, surtout au primaire et au secondaire) et où les garçons restent passifs ou décrochent. Ils en sont probablement inconscient car l'approche sexiste n'a pas pour eux l'importance qu'elle a pour les plus vieux.

      La langue – Avoir 15 ou 20 ans, ça veut dire que le français qu'on a appris comme immigrant ou sinon, qu'on a appris de nos parents sans que vienne avec la fierté et la notion de valeur culturelle, car le français est pratiquement exclus de l'environnement culturel de ces jeunes (et de plus en plus de celui des moins jeunes).

      La laïcité – On l'a dit plus haut, à 15 ou 20 ans, on comprendra difficilement la tempête provoquée par un tel débat quand on a appris à cohabiter presque sans heurt avec la diversité. Cette prétendue exclusion de certains jeunes en fonction de leur religion, la majorité de ces jeunes ne l'ont probablement pas vécue. Elle leur apparaît dès lors comme une lubie des plus âgés. Dans une cour d'école primaire ou secondaire de Montréal (où la diversité saute aux yeux), ni la couleur de la peau, ni l'accent, ni les signes religieux, ni les pratiques alimentaires ne font un mur entre les jeunes. La discrimination, c'est pour les adultes, pas pour eux.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 1 février 2014 09 h 59

      Tant mieux madame, si vous continuez, mais contrairement à vous je crois que ce ne sont pas les jeunes qui ont envie de passer à autre chose, ils me semblent imdifférents et manquent d'information sur l'histoire. mais que ce sont plutôt ceux qui on vécu ces référendums perdus parce que fait pur de mauvaises raisons au mauvais moments, avec des questions exigeant un bac pour être comprises, et qui, les bottines ne suivant pas les babines, ne demandaient pas la souveraineté mais une nouvelle entente sinon un autre référendum... et bla bla bla.

      Et moi aussi je continue mais depuis quelques années je me demande si le véhicule, ou la conductrice, sont les bons...

    • Hélène Paulette - Abonnée 1 février 2014 10 h 10

      M.Richard, un de mes combats, depuis les années soixante, a été pour la laïcité, qui n'a rien à voir avec la diversité. C'est un long et difficile combat qui rejoint mes convictions républicaines et qui s'est heurté,au cours des années, beaucoup plus à l'intransigeance chrétienne qui a permis l'apparition des dérives intégristes de tout acabit...Je n'ai rien contre le port de signes distinctifs de tous ordres en public mais dans mes rapports avec l'État je m'attends à un respect des mes convictions, tout comme je ne porterais pas les signes de mes convictions politiques dans l'exercice de mes fonctions même si je ne suis pas employée de l'État.Je comprends que les jeunes ne voient pas le rapport, tout comme ils ne voient pas qu'il ne suffit pas de se dire ''Québécois'' pour l'être véritablement et qu'il faut non seulement protéger nos acquis mais continuer de revendiquer. En même temps je comprends qu'ils n'aient pas envie de se pencher sur le passé de ''looser'' qu'on leur inculque dans leur cours d'histoire...

    • Gilles Théberge - Abonné 1 février 2014 10 h 52

      À l'instar de madame Paulette je fais partie, c'est la vie que voulez-vous, des gens qui avancent en âge. Ma soixantaine vient de se terminer.

      Mais cela dit je continue de payer des taxes et des impôts. J'ai des enfants, un petit fils et je me soucie de l'avenir des miens.

      Tant que je serai vivant et le moindrement lucide je ne m'empêcherai pas de parler et de dire ce que je pense comme je le pense. Je ne crois pas que cela veuille dire que les plus jeunes n'ont rien à dire. Ni qu'ils doivent se taire.

      S'ils sont intimidés par nous qui les devançons, c'est un problème qui leur appartient et qu'il leur appartient de régler. Mais pas au prix de notre silence.

    • Hélène Paulette - Abonnée 1 février 2014 12 h 01

      M.Richard, mes combats sont multiples et celui sur la laïcité ne date pas d'hier. Ce n'est pas d'hier non plus que ce débat dérape sur fond de vieilles peurs et d'intégrisme, chrétien le plus souvent. Rappelons nous la rage que Marois a déclenché en ''voulant sortir le bon dieu des écoles'' comme on disait à l'époque. Ce n'est que 20 ans plus tard que le projet s'est enfin concrétisé. Se trouve-t-il encore quelqu'un pour le décrier? Surtout que c'est grâce à celà que nous avons une telle diversité dans nos écoles... et dans tout le reste de la société. C'est donc que la laïcité ne s'oppose nullement à la diversité. C'est une question de respect et d'égalité des droits: en donnant la primauté aux droits religieux on relaie la liberté de conscience au second plan et on ouvre la porte à des dérives religieuses. En ce qui concerne les jeunes, il ne faut pas négliger le poids des deux référendums perdus, qui ont fait sombrer toute une génération dans l'apolitisme et récemment dans le cynisme... Il a été facile aux opposants à la Charte de politiser le débat, détournant ainsi l'attention du véritable enjeu. Je peux aussi comprendre les jeunes de se détacher d'un projet douloureux et de refuser de s'identifier à un peuple de ''loosers'' comme on nous dépeints dans les cours d'histoire.