Bien qu’en baisse, le suicide frappe encore plus de 1100 familles par an au Québec

Sous pression, le ministre de la Défense nationale, Rob Nicholson, a annoncé jeudi que l’armée avait mis sur pied une équipe spéciale qui devra enquêter sur les nombreux suicides survenus dans ses rangs.
Photo: La Presse canadienne (photo) Andrew Vaughan Sous pression, le ministre de la Défense nationale, Rob Nicholson, a annoncé jeudi que l’armée avait mis sur pied une équipe spéciale qui devra enquêter sur les nombreux suicides survenus dans ses rangs.

Il y a encore plus de 1100 personnes par an qui se suicident, et 28 000 attentent à leurs jours. À l’occasion du lancement de la Semaine de prévention du suicide, qui débute le 2 février, l’Institut national de la santé publique (INSPQ) a dévoilé les données provisoires pour l’année 2011, qui montrent que bien qu’en baisse depuis le début des années 2000, le suicide touche encore beaucoup de Québécois et leurs familles.

 

Les statistiques montrent que les hommes sont 3,4 fois plus à risque de se suicider que les femmes, les hommes de 35 à 49 ans étant les plus touchés.

 

Depuis le sommet atteint en 1999, le taux de suicide décline au Québec. Mais il a beau être à son plus bas depuis 1976, encore deux fois plus de gens en meurent que dans un accident de la route. Le directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide, Bruno Marchand, croit qu’il faut continuer à marteler les messages de prévention. « Regardez autour de vous. Beaucoup trop de gens ont une histoire à raconter en lien avec le suicide. »

 

Cette année, la semaine de prévention axe son message autour du slogan « Tu es important pour nous ». « Il faut dire aux gens qu’ils ont une importance dans la communauté », explique M. Marchand.

 

Une vision partagée par la psychiatre Suzanne Lamarre, qui publie ces jours-ci le livre Le suicide, l’affaire de tous. « Je crois qu’on a trop misé sur le traitement de la maladie mentale pour éliminer le suicide,dit-elle. Ça ne suffit pas. » C’est pourquoi elle prône une approche où les proches des personnes suicidaires sont partie prenante, sans pour autant prendre l’entière responsabilité sur leurs épaules. « Les idées suicidaires d’un proche, ça oblige à se mobiliser. À ne pas le laisser tomber sans le prendre sur nos épaules », explique Dr Lamarre.

 

Des initiatives porteuses

 

La médiatisation récente de plusieurs suicides au sein de l’Armée canadienne a mis à nouveau en lumière un problème rampant au sein des forces de l’ordre.

 

Le psychologue et chef de département au service d’aide de la police de Montréal (SPVM), Normand Martin, estime qu’il est peut-être bien temps que l’armée ainsi que les autres corps policiers s’inspirent de l’expérience montréalaise. En effet, le taux de suicide chez les policiers du SPVM était de 29 par 100 000 habitants dans les années 80. Depuis la mise en place du service d’aide, ce taux a été ramené à 6,8. Il est toujours à 26 dans les autres corps policiers, selon M. Martin. « Non seulement il faut mettre des ressources, mais il faut les mettre à la bonne place, et ça donne des résultats. »

 

Sous pression dans ce dossier, le ministre de la Défens nationale, Rob Nicholson, a annoncé jeudi que l’armée avait mis sur pied une équipe spéciale qui devra enquêter sur les nombreux suicides survenus dans ses rangs. Une cinquantaine de dossiers d’enquête doivent être complétés, certains datant de cinq ans.

 

Ces enquêtes doivent déterminer si les politiques ou les pratiques militaires ont contribué à ces décès.

 

Avec La Presse canadienne

5 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 31 janvier 2014 15 h 52

    Chez les vieux et les mourants,

    il y aura de moins en moins de suicides avec la future Loi concernant les soins de fin de la vie.

    Plus ils auront la garantie que leur droit de mourir respectés jusqu'à la fin, respectés dans leurs valeurs, dans leur intégrité, dans leur dignité et dans leurs libertés, moins ils utiliseront le suicide pour terminer leur vie. Ce qui est et sera un Plus extraordinaire pour toute la société. Ainsi ils seront plus sereins et s'éloigneront du suicide.

    Les directives médicale anticipées, la désignation d'un mandateur fort de nos volontés écrites, la garantie que les DMA seront contraignantes, la garantie du respect de leurs droits de refuser et de faire cesser les oins de fin de vie, la garantie de vivre un mourir sans douleurs, tout cela éloignera les très vieux et les mourants de cette façon inappropriée, négative et tellement porteuse d'impacts destructeurs et divisifs.

    Oui, la future Loi concernant les soins de fin de vie sauvera bien des fins de vie du suicide.

    L'AQPS devrait mieux saisir cette réalité.

    • Patrick Lépine - Inscrit 31 janvier 2014 20 h 49

      C'est donner un autre nom au même geste.

  • Gaetane Derome - Abonnée 1 février 2014 01 h 46

    Ces gens qui en finissent avec la vie.

    A cause de mon travail avec la clientele psychiatrique j'ai cotoye beaucoup de gens suicidaires,ces personnes qui souffrent tellement a l'interieur qu'elles veulent en finir avec la vie.Toutes n'ont pas passe a l'acte grace aux traitements et la psychotherapie(et plusieurs grace a leur entourage immediat),mais je me souviens avec tristesse de cet adolescent,de cet epoux d'age moyen,de cette jeune femme mere de famille,de ce jeune homme..Et on se pose toujours cette question:avons-nous tout fait pour eviter ces suicides? Aurais-je pu faire plus?On se sent impuissant quand survient un tel evenement,et on se souvient..Une chose est certaine pour moi,la psychiatrie demeure le parent pauvre de la medecine,autant en recherche qu'au niveau clinique,les patients depressifs ou psychotiques ne se plaignent pas,il faudrait peut-etre en tant que societe,penser a cela pour diminuer encore le nombre de suicides.

  • Yvon Bureau - Abonné 1 février 2014 15 h 31

    Demande d'aide

    Ma pratique d'accompagnement de personnes en fin de vie, depuis 30 années, me confirme que bien des suicides n'ont pas eu lieu. Grâce à la possibilité de refuser, de faire cesser les traitements, de demander un mourir sans douleurs même si…, de choisir qui t’accompagneraient, grâce à la garantie que la dignité, l'intégrité, la fierté, l'identité, la confidentialité, la liberté...seraient respecté
    bien d’entre elles n‘ont pas passé au suicide.

    Je m'informe ici et là si des études confirment mon hypothèse de moins de suicides chez les vieux et les mourants si...

    Vous en connaissez des études qui confirment ou infirment?

  • Linda Couture - Inscrite 2 février 2014 14 h 39

    Inclusif et Cohérent??

    @Yvon Bureau
    Selon votre raisonnement, de moins en moins il y aura de suicides ( acte individuel et solitaire ) avec la future Loi concernant les soins de fin de la vie PLUS il y aura d'aide médicale à mourir par injection létale ( acte social impliquant une tierce personne/ médecin et intervenants en santé complices du geste de provoquer la mort).

    PLus une personne s'éloignera du suicide mais opterait pour l'injection létale, moins on aura besoin de programmes pour contrer le suicide?

    Ah non! Pas toutes les personnes suicidaires se qualifieraient pour obtenir l'injection létale, selon les critères (balises) établies pour y accéder? Les gens crieraient alors que c'est discriminatoire. La loi serait ainsi mise à l'épreuve et les balises tomberaient une par une comme en Belgique.

    Modèle belge de la pratique euthanasique duquel le Québec s'est inspiré :
    Belgique: Où sont passées les balises établies en 2002?
    http://www.flickr.com/photos/101631384@N03/sets/72