Le choc de l’embourgeoisement

Dans le quartier gai, sur Sainte-Catherine et les rues perpendiculaires, de nouveaux projets immobiliers cossus poussent dans un environnement où la pauvreté est très présente.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans le quartier gai, sur Sainte-Catherine et les rues perpendiculaires, de nouveaux projets immobiliers cossus poussent dans un environnement où la pauvreté est très présente.

Au coin de la rue Amherst, à deux pas de la place Émilie-Gamelin où les démunis font la queue pour la livraison d’une soupe populaire, les promoteurs de condos bon chic bon genre ont planté à l’entrée du quartier gai leur appartement modèle au décor léché et aux comptoirs de quartz rutilants. Le contraste avec l’extrême pauvreté avoisinante est saisissant.

Dans la rue Sainte-Catherine, et dans les rues perpendiculaires qui traversent le Village, d’autres projets de condos aux lignes contemporaines côtoient des immeubles délabrés. Sur Sainte-Catherine, les lofts haut de gamme aménagés au-dessus du défunt Ouimetoscope ont pour voisin des immeubles vacants, à vendre ou à louer.

La spéculation immobilière a fait pousser comme des champignons les projets haut de gamme dans ce secteur situé à deux jets de pierre de Radio-Canada, CTV, Bell et TVA, où travaillent des milliers de spécialistes des communications. « Beaucoup de jeunes professionnels veulent revenir au centre-ville et sont attirés par la proximité, mais pas parce que c’est le village gai. On ne vend pas Mado ou la rue pleine de boules roses, on vante la qualité de nos espaces », soutient un vendeur immobilier, qui a requis l’anonymat.

Or l’arrivée de cette nouvelle clientèle BCBG ne se fait sans heurts. Elle expliquerait en partie l’attention accrue accordée à certains actes de violence et à la petite délinquance, qui inquiètent ces résidants nouvellement atterris en plein quartier urbain. « Le quartier se transforme. Les nouveaux riches paniquent quand ils voient quelques marginaux. Les vieux de la vieille comme moi n’ont pas peur ! », affirme Serge Lareau, le directeur général du journal L’Itinéraire.

Le MUZ, qui annonce la construction sur René- Lévesque dès 2016 de 153 appartements chics, avec piscine sur le toit, fait la promotion « d’un mode de vie hédoniste doublé d’un sentiment de liberté et de sécurité ». Dans la rue Panet, les promoteurs du B-Loft, espaces contemporains se détaillant jusqu’à 580 000 $, s’adressent à « des gens qui cherchent une habitation d’exception […] dans un quartier trépidant où il fait bon vivre ». Idem pour les 55 logements plus modestes de la place Dalcourt, rue Plessis, qui se trouvent à cinq minutes en Bixi de la Bibliothèque nationale et de l’UQAM.

Situé dans l’arrière-boutique du tout nouveau Quartier des spectacles, le Village, comme d’autres quartiers centraux, est dans la mire des spéculateurs. « L’extrême pauvreté côtoie cette nouvelle richesse, qui accepte mal de voir des dealers de crack et des toxicomanes dans sa cour. C’est vrai qu’on rapporte des incidents graves, mais ce n’est pas la fin du monde non plus. Il faut seulement que les gens se plaignent et portent plainte », ajoute un promoteur immobilier.

Serge Lareau, lui, maintient que la présence de clientèles vulnérables fait partie de la réalité urbaine. « Dans n’importe quelle grande ville, aux petites heures du matin, on ne voit pas de petite madame qui promène son chien. »

1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 26 janvier 2014 08 h 45

    Rester bigarré

    C'est quand même rigolo.
    Le quartier a tout ce qu'il faut pour attirer les bobos: métro, boulot, restos...

    Mais y'a les maudits clodos qui gâchent le topo.

    Fait rien, je l'veux là mon condo, c'est trop cher sur le Plateau!

    Faudra vivre avec la pauvreté qui était là bien avant alors, ça fera un voisinage bigarré car la pauvreté, à moins de la chasser dans les banlieues que vous fuyez, n'est pas près de s'en aller.