Derniers adieux au parrain montréalais

Avant de franchir les portes de l’église pour affronter les médias et les nombreux curieux qui observaient à l’extérieur, Léonardo Rizzuto s’est accordé un moment pour suivre des yeux le cercueil abritant la dépouille de son père, Vito Rizzuto, emporté au terme de la cérémonie. Le chef de la mafia montréalaise est décédé le 23 décembre dernier, à 67 ans, des suites de problèmes pulmonaires.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Avant de franchir les portes de l’église pour affronter les médias et les nombreux curieux qui observaient à l’extérieur, Léonardo Rizzuto s’est accordé un moment pour suivre des yeux le cercueil abritant la dépouille de son père, Vito Rizzuto, emporté au terme de la cérémonie. Le chef de la mafia montréalaise est décédé le 23 décembre dernier, à 67 ans, des suites de problèmes pulmonaires.

Le rideau est tombé sur le destin de Vito Rizzuto, pilier de la mafia à Montréal, dont les funérailles ont été célébrées lundi après-midi. La disparition du présumé parrain de la mafia montréalaise pourrait maintenant ouvrir la porte à une guerre de pouvoir entre les clans adverses. Des centaines de personnes se sont rassemblées à l’église Notre-Dame-de-la-Défense, dans La Petite-Patrie, pour les obsèques de Vito Rizzuto, 67 ans, décédé le 23 décembre dernier des suites de problèmes pulmonaires.

C’est d’ailleurs dans cette église catholique située au coeur de la Petite Italie que s’étaient déroulées il y a quatre ans les obsèques du fils de Vito Rizzuto, Nick Junior, assassiné à Montréal en 2009. C’est là aussi que s’étaient déroulées les funérailles de son père, Nicolo Rizzuto, abattu dans sa résidence de Cartierville en 2010.

 

Les représentants des médias ont été nombreux à faire le pied de grue aux abords de l’église de la rue Dante. Des dizaines de curieux aussi ont bravé le froid polaire pour observer le cortège de limousines fleuries et apercevoir brièvement le cercueil du disparu. De leur côté, les policiers ont assuré une surveillance discrète des lieux.


Un successeur ?

 

Selon le prêtre qui a célébré les funérailles, Igino Incantalupo, la cérémonie s’est déroulée sous le signe du recueillement. « Ça a été des funérailles dans la plus grande simplicité », à l’issue du service religieux.

 

Plusieurs experts s’entendent pour dire qu’il est difficile de prédire qui prendra la relève de Vito Rizzuto à la tête de la mafia montréalaise.

 

Né en Sicile en 1946, Vito Rizzuto avait immigré au Canada en 1954 avec ses parents. Il aura régné une trentaine d’années sur le milieu mafieux de la métropole avant d’être arrêté, en 2004, à la demande de la justice américaine, qui le soupçonnait d’avoir participé à un triple meurtre à Brooklyn en 1981. Extradé aux États-Unis et incarcéré pendant six ans, il reviendra au pays en 2012 pour tenter de reprendre le contrôle de l’organisation criminelle.

 

Selon Adrian Humphreys, journaliste au National Post et coauteur de Rizzuto. L’ascension et la chute d’un parrain (Éditions au Carré, février 2013), il ne sera pas aisé pour le prochain parrain de la mafia de chausser les souliers de Vito Rizzuto et d’exercer la même influence. « Sous Vito Rizzuto, le clan sicilien a obtenu un pouvoir sans précédent sur le milieu mafieux au Canada, notamment à Toronto. Même Vic Cotroni, ancien patron de la mafia montréalaise, n’avait pas un tel pouvoir ailleurs au Canada », explique-t-il.

 

Le décès de Vito Rizzuto pourrait donner lieu à de nombreuses luttes pour sa succession, et plusieurs aspirants, qu’ils soient du clan sicilien ou du clan calabrais, pourraient vouloir montrer leur puissance, souligne Adrian Humphreys, qui n’écarte pas la possibilité que les différentes factions aient recours à la violence pour parvenir à leurs fins.

 

Le journaliste avance même que Vito Rizzuto disparu, le prochain leader de la mafia au Canada pourrait se trouver à Toronto.


Un parrain malade

 

Mais Vito Rizzuto peut très bien avoir déjà désigné un successeur, signale M. Humphreys. « Si son décès soudain nous a pris par surprise et a surpris les policiers, Vito Rizzuto, lui, savait qu’il était malade, qu’il avait le cancer et que ses jours étaient comptés. […] Il a peut-être choisi un dauphin, mais ça ne veut pas dire que les gens vont en tenir compte », dit-il en rappelant que pendant son incarcération aux États-Unis, son organisation a été sérieusement malmenée et des membres de sa famille assassinés.

 

Marié à Giovanna Cammalleri, Vito Rizzuto avait trois enfants. Léonardo et Bettina, qui sont tous deux avocats, ont assisté aux funérailles de leur père lundi. Quant à l’aîné, Nick Junior, il avait été abattu en pleine rue en 2009 dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

 

Vito Rizzuto n’avait d’ailleurs pas pu assister aux obsèques de son fils ni à celles de son père, puisqu’il se trouvait derrière les barreaux aux États-Unis à cette époque.

 

Avec La Presse canadienne

1 commentaire
  • Jacques Moreau - Inscrit 3 janvier 2014 09 h 44

    Un homme d'affaire discret

    Il peut être considéré par les médias et la police comme un criminel mais dans son cercle famillial, d'amis et commerçants il était surtout un homme d'affaire, discret, et qui réussisait bien. Bien sûr la compétitions était fébrile, dure et parfois mortelle mais c'est le lot "des affaires".