Funérailles de Vito Rizzuto: une cérémonie sous le signe du «recueillement»

Le froid sibérien qui régnait sur Montréal n'a pas empêché quelques dizaines de badauds de se rassembler sur les trottoirs glacés de la Petite-Italie, lundi, pour avoir un aperçu du déroulement des funérailles de Vito Rizzuto.

Tous les regards étaient tournés vers le parvis de l'église Notre-Dame-de-la-Défense lorsque le corbillard dans lequel se trouvait la dépouille de l'ancien chef présumé de la mafia a fait son arrivée, vers 12 h 30, suivi de près d'une dizaine de limousines.

Certaines personnes interrogées dans les rues jouxtant l'église ont affirmé avoir dû se résigner à suivre l'événement à distance, ayant été expulsées du sanctuaire. Le même sort a été réservé à des représentants des médias, qui étaient présents en grand nombre.

Comme plusieurs, Giovanni Raviel faisait le pied de grue à l'extérieur essentiellement pour assouvir sa curiosité.

« On a été élevés dans le coin et on revient environ une fois par semaine. Mais là, aujourd'hui, c'est par curiosité que nous sommes venus », a-t-il laissé tomber en sirotant un café pour tenter de se réchauffer un peu en cette journée de froid polaire.

Éric, de son côté, a voulu offrir à sa belle-mère venue de Nice, en France, un tour guidé plutôt inusité.

« On a voulu voir comment ça se passait dans le quartier quand il y avait des enterrements, surtout celui-ci. C'est impressionnant de voir tous les médias qui sont ici aujourd'hui », a-t-il observé.

D'autres, comme Flavio Codarin, étaient venus pour rendre un hommage plus personnel à Vito Rizzuto, l'homme.

« Il était très gentil avec moi, parce que j'étais serveur. Il me disait: "Flavio, watche pour ne pas que quelqu'un mette du poison dans mon assiette". Alors il dépendait de moi », a-t-il lancé dans un grand éclat de rire.

« Je suis venu parce que je l'ai connu il y a environ 20 ans, et les enfants aussi. Je n'habite pas loin d'ici, alors je me suis dit que je viendrais », a-t-il ajouté.

Ceux qui ont assisté à la cérémonie se sont montrés avares de commentaires à leur sortie de l'église, pressant le pas et baissant la tête en apercevant les journalistes.

Le prêtre qui a célébré les funérailles, Igino Incantalupo, a pour sa part souligné que le tout s'était déroulé sous le signe du recueillement.

« Ça a été des funérailles dans la plus grande simplicité, les gens étaient d'un sérieux et d'un calme vraiment, vraiment surprenants », a-t-il confié à l'issue de la cérémonie, alors qu'il s'apprêtait à quitter les lieux.

« D'habitude, ça arrive des fois que les gens parlent dans l'église, mais là, c'était vraiment le silence et une atmosphère de recueillement », a-t-il précisé.

Les funérailles se sont déroulées sous haute surveillance policière, tout comme ce fut le cas la veille au complexe funéraire Loreto, situé dans l'arrondissement Saint-Léonard.

Des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et de la Sûreté du Québec (SQ) étaient sur place, lundi, afin de mettre à jour leur banque de photos de personnes d'intérêt qui gravitent dans l'entourage de la famille Rizzuto.

La plupart d'entre eux étaient habillés en civil et se déplaçaient dans des véhicules banalisés pour éviter d'attirer les regards.

Vito Rizzuto est mort de causes naturelles lundi dernier dans un hôpital de Montréal. Il était âgé de 67 ans.

Il était rentré au Canada en 2012 après avoir passé six ans dans une prison américaine pour sa participation dans un triple meurtre en 1981.

Son père ainsi que son fils, Nick, ont été tués alors qu'il se trouvait derrière les barreaux. Les experts affirment qu'il a rapidement repris le contrôle de son territoire après sa libération.

Les funérailles des trois hommes ont eu lieu à la même église.
7 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 30 décembre 2013 13 h 45

    Une grosse perte...

    À voir la couverture médiatique de cet évènement, il semble que collectivement nous ayons perdu le sens des valeurs. Il devrait être temps de se concerter pour éradiquer toute forme de criminalité organisée et d'y mettre toutes nos meilleures énergies. Nous ne sommes pas en Italie : que ce soit bien entendu que ces tristes sires sont persona non grata ici.

  • Colette Pagé - Inscrite 30 décembre 2013 16 h 34

    Des funérailles dignes d'un chef d'État !

    N'est-il pas surprenant que les médias accordent autant d'importance aux funérailles d'une personne dont la vie professionnelle (sic) n'est certainement pas un modèle à suivre. Mais bon, par ce passage obligé à l'Église, Dieu saura reconnaître les siens. Par contre, si j'étais un malfrat faisant partie du crime organisé, je souhaiterais à mon tour par mes fins d'arme, avoir des funérailles dignes d'un chef d'État. Misère de misère !

    • Odette Bernier - Abonnée 30 décembre 2013 16 h 58

      Tout à fait d'accord avec vous, M. Gélinas. Surprenant que le Devoir consacre la une de son journal à ce fait qui aurait dû parraître dans les faits divers. Pourquoi donné autant d'importance à ces gens.

    • Patrick Lépine - Inscrit 30 décembre 2013 18 h 06

      Le crime, organisé ou pas, ça a toujours été le pinnacle innavouable du capitalisme... Les gens d'affaires, eux, y voient la perte d'un des leurs.

      Desmarais, Rizzuto, deux "gros" québécois la même année, quelqu'un ne nous souhaite pas de biens c'est certain...

  • Roland Berger - Inscrit 30 décembre 2013 17 h 47

    Étrange amalgame

    L'amalgame catholicisme et banditisme ne cessera sans doute jamais de m'étonner. Mais que les médias accordent une telle importance aux cérémonies religieuses (catholiques) ne m'étonne pas. Le phénomène illustre à quel point le journalisme est à la solde des grands, quels qu'ils soient. Comme dit Monsieur Gélinas, misère de misère !

  • Patrick Lépine - Inscrit 30 décembre 2013 18 h 35

    Le prêtre surpris du silence?

    Pourtant il devait bien se douter un peu que ceux qui ont réussis à faire parler l'Omerta elle même, sans mots dire, sont les maîtres dans ce domaine...

    Mais le silence n'est pas toujours synonyme de recueillement, ou de dévotion...

    Il y a des silences tristes, des silences amères, des silences de recueillement certe, des silences d'instrospection aussi, des silences de méditation ou d'éveil des sens comme pour les mystiques, des silences d'acquiescement, des silences d'approbation ou de soumission.

    Mais il n'est jamais facile de trouver un remplaçant pour un bélier dans une bergerie, ou pour un loup dans une meute, peu importe le silence et l'unité apparente qu'ils affichent devant les autres.

  • Giely Valençay - Inscrit 30 décembre 2013 22 h 29

    Cet homme à marqué son monde, son univers. Et rien ne pourra être dit à l'encontre de cela. Il a choisit sa vie, dans la criminalité certes. Mais dans cette vie là, il a participé à des actions historiques ( pour ce qui connaisse sa vie plus en détails ). Il était le dernier de ces "Parrains" qui ont fasciné, ou intrigué. Les gangsters ont toujours fascinés. En 1976 à NY, l'enterrement d'un parrain à rassemblé plus d'un milliers de personnes. Et depuis dimanche, personnes politiques, ex policiers et proches lui ont rendu hommage. Certes sa vie ne reflètent pas un modèle de droiture comme les conventions nous l'impose. Mais cet homme était aimé c'est une certitude. Qu'on le veuille ou non, le public est friand de cet saga qui dure depuis plus de 40 ans. Il a eu des funérailles qu'il méritait.