2013 en 13 photos - Syrie

Photo: Agence France-Presse/Ho/Shaam News Network

La photo de presse peut changer le cours des événements. Si les images choquantes d’enfants et d’adultes morts en Syrie sous le coup d’une attaque à l’arme chimique n’avaient pas fait le tour du monde, le président américain Barack Obama n’aurait pas prononcé ceci au début septembre : « Les images de ce massacre sont écœurantes, des hommes, des femmes, des enfants allongés les uns à côté des autres, tués par un gaz toxique, d’autres bavant, un père serrant ses enfants sans vie, les implorant de se lever et de marcher. » Et il n’aurait pas lancé un appel à une intervention en Syrie.

La Syrie trône en photo maîtresse dans notre édition d'aujourd'hui. Le 21 août 2013, une ligne rouge est franchie dans l’interminable guerre civile syrienne, avec le massacre de la Ghouta, à l’est de Damas, capitale de la Syrie. Une énième attaque à l’arme chimique conduit à la mort des centaines de civils. 1400 âmes innocentes s’envolent, selon la Coalition nationale syrienne. Photos à l’appui.

Dans un conflit qui n’en finit plus de s’éterniser, un fossé se creuse entre les belligérants et un président que l’on n’arrive pas à faire vaciller malgré des rumeurs persistantes d’usage de gaz toxiques desquels les femmes, enfants, boulangers, chauffeurs de taxi, enseignants (...) sont les principales victimes, Ghouta va modifier la trajectoire de l’enfer syrien. La faute à ces clichés forts de corps allongés qui vont faire le tour du monde et à ces témoignages poignants d’humains racontant l’abject de l’asphyxie et l’impuissance face à ces armes sournoises pourtant érigées quelques mois plus tôt par Barack Obama et plusieurs de ses alliers en limite à ne pas dépasser, sous peine de riposte.

Dans les jours qui vont suivre, il va y avoir menaces de frappes armées, réticences et louvoiements, puis une entente entre les États-Unis et la Russie pour l’élimination des armes chimiques syriennes, plan de destruction massive avalisé par le régime de Bachar al-Assad, comme pour mieux se maintenir en poste. La veille, Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, avait évoqué un rapport accablant ne laissant aucun doute sur la présence et l’usage d’armes chimiques par Damas. Le président syrien « a commis de nombreux crimes contre l’humanité, a-t-il dit. Je suis certain que les responsables devront rendre des comptes quand tout cela sera terminé. » Paradoxalement, ce sont des amas de corps inertes qui ont remis la communauté internationale en mouvement.

Deux mois après le massacre, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé avoir mis sous scellés près de 1300 tonnes d’armes chimiques. C’était en octobre. L’éradication complète de cet arsenal est prévue, avec « confiance » par les États-Unis, d’ici juin 2014. Celle du régime de Bachar al-Assad n’a, elle, toujours pas été programmée