2013 en 13 photos - Espoir

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Un cratère en plein Lac-Mégantic, 47 vies fauchées par un train fantôme rempli de pétrole et venu percuter le coeur dansant et chantant de la ville par une nuit chaude. Depuis la tragédie du 6 juillet, impossible de croiser un chemin de fer ou une série de wagons noirs cylindriques sans avoir une pensée inquiète pour la sécurité ferroviaire. En heurtant de plein fouet le Musi-Café, où sont décédées la plupart des victimes, le train de la Montreal, Maine and Atlantic Railway Inc. (MMA) a brouillé cette zone de confort apparent qui faisait foi de mirage pour nombre de citoyens.

Alors que les wagons traversent à nouveau depuis la mi-décembre le centre-ville dévasté, on s’éveille à peine à l’ampleur des données inconnues, des non-dits et des hésitations dans lesquels le transport de matières dangereuses évolue au Canada. Aux questions désormais posées, les réponses demeurent vagues. Le nombre d’inspecteurs des wagons de trains transportant des matières dangereuses au pays n’a pas changé depuis 10 ans, en proportion tout à fait inverse à la croissance en flèche de ce type de trafic sur les rails.

Pire : les wagons DOT-111 — tristement célèbres pour les ravages faits à Lac-Mégantic — seront assujettis à de nouvelles normes de sécurité, mais seulement ceux qui seront construits dans le futur. Les vieux modèles, eux, tels ceux qui ont explosé à Lac-Mégantic, roulent toujours, car ils sont à ce point nombreux à circuler en Amérique du Nord qu’« il serait très difficile de réglementer un plan pour les retirer unilatéralement », comme l’a précisé en novembre Gerard McDonald, sous-ministre adjoint à la sécurité au ministère fédéral des Transports.

Dans ce brouillard encore trop opaque, une lueur vacille au loin : le Canada vient d’annoncer en effet son intention de classer bientôt le pétrole brut comme une matière hautement dangereuse, ce qui devrait avoir pour effet direct de renforcer les règles de sécurité entourant son transport. Désormais seront exigés des plans de contingence prévoyant des équipes d’intervention et de décontamination le long de l’itinéraire emprunté par le convoi, en plus de franchises d’assurance minimales — pour éviter que les entreprises impliquées dans un accident, comme la MMA, soient incapables d’assumer les coûts de nettoyage et de décontamination. Dans un ciel encore assombri, une embellie…


Voyez le photojournaliste du Devoir Jacques Nadeau expliquer la présence nécessaire des photographes sur le terrain.