Le parrain sicilien Vito Rizzuto est mort

Vito Rizzuto, sur une photographie dévoilée en 2005 par la police de Rome, en Italie.
Photo: La Presse canadienne (photo) Vito Rizzuto, sur une photographie dévoilée en 2005 par la police de Rome, en Italie.

Le présumé parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, est décédé tôt lundi matin à Montréal, à la suite de problèmes pulmonaires. L’homme de 67 ans est mort de causes naturelles, a indiqué le bureau du Coroner. Vito Rizzuto était de retour au Canada depuis un peu plus d’un an, après avoir été détenu pendant six ans dans une prison des États-Unis.

 

La mort du chef de clan sicilien dans la métropole ne fera l’objet d’aucune investigation, le coroner ayant confirmé « que le décès de M. Rizzuto est hors de tout doute naturel », a fait savoir lundi le Bureau du coroner.

 

Après avoir vu son clan décimé pendant son emprisonnement dans le Colorado, Vito Rizutto, assoiffé de vengeance, avait multiplié ces derniers mois les tentatives pour reprendre les rênes de l’organisation criminelle. Plusieurs meurtres récents commis au sein du crime organisé, mais non élucidés, auraient été liés au retour en force du chef sicilien de la mafia, au détriment du clan calabrais. Mais son décès soudain vient rebrasser les cartes au sein de l’organisation mafieuse.

 

« C’est certain qu’il y aura un peu de bousculade aux portes pour prendre la relève », croit l’avocat criminaliste Jean-Pierre Rancourt. « Il y a eu tellement de changements depuis l’incarcération de Vito Rizzuto, depuis son retour […] Il y a beaucoup de conjectures, autant du côté du clan calabrais que du clan sicilien, alors est-ce qu’il y aura un clan ou l’autre qui va prendre le contrôle ? Ce sera à suivre. »

 

Sa disparition ouvre la porte à de nouvelles luttes intestines, prédit André Cédilot, journaliste expert et auteur du livre Mafia inc

 

« On revient un peu en arrière, [en 2006], alors que la mafia et l’ensemble du crime organisé étaient déstabilisés à Montréal. »

 

Meurtres en série

 

Derrière les barreaux, Rizzuto avait assisté à la débâcle de sa famille et de sa mainmise sur le milieu mafieux, après plus de trente ans de règne. Son fils aîné, Nick Rizzuto Jr, était assassiné à Montréal en 2009, son père, le patriarche, Nicolo « Nick » Rizzuto, était abattu dans sa résidence de Cartierville en 2010. Son beau-frère, Paolo Renda, était éliminé, ainsi qu’Agostino Cuntrera, l’un ses proches associés. D’autres de ses lieutenants ont été tués ou emprisonnés pendant son séjour en prison.

 

Avec ce nouveau coup assené au clan sicilien, difficile de dire comment l’organisation mafieuse se réorganisera, a commenté Jean-Pierre Charbonneau, ex-ministre et journaliste spécialisé dans le crime organisé. « Rizzuto était craint et respecté autant par les Hells, les autres milieux mafieux que les gangs de rue. Il reste à voir quelle figure forte émergera et surtout si le clan de Montréal est toujours sous le joug de celui New York. Si oui, c’est là-bas que la succession va se décider », pense M. Charbonneau.

 

Surnommé « Teflon Don », pour avoir échappé à la police canadienne toute sa vie, Rizzuto sera finalement épinglé par la justice américaine pour racket de prêts usuraires et participation, en 1981 à New York, aux meurtres de trois hommes du clan Bonanno. Son extradition vers les États-Unis, prononcée en 2004 par le Canada, aura lieu 31 mois plus tard. Après avoir plaidé coupable le 4 mai 2007, il sera condamné à 10 ans d’incarcération qu’il purgera à la prison de Florence au Colorado.
 

 

Avec La Presse canadienne