Noël au front, aux trousses de la détresse mobile

Photo: Garnotte

Balancé avec l’eau du bain, le petit Jésus ? Peut-être. Mais si l’on a évacué la religion de Noël, le besoin du rite, lui, survit, cuisiné à toutes les sauces, selon l’humeur de chacun. Noël solitaire, Noël en vert ou Noël solidaire, les façons de faire la fête se déclinent à l’infini et vous sont offertes en vrac, en mots et en images.

Noël peut avoir un goût amer pour ceux qui sont au front, fête ou pas, pour voler au secours de ceux qui ont trop bu, trop fêté et dérapé. Bon an, mal an, Antoine est au poste le soir du 24, ou la veille du jour de l’An, dans un centre de répartition des appels d’urgence de la grande région de Montréal.

La teneur des appels reçus à ce centre renvoie un portrait assez juste des changements qui s’opèrent dans la façon de festoyer à Noël. Baromètre social branché sur l’air du temps, l’appel au 911 est à l’image des mutations qu’a subies la fête au fil des décennies. Si la majorité des appels concernait autrefois des querelles familiales, ce sont les dénonciateurs de conducteurs en état d’ébriété qui surchargent aujourd’hui les lignes de ce centre d’appels à Noël.

« Ce soir-là, c’est la course aux conducteurs saouls. Il y a plus d’employés au travail juste pour cela. Avec l’arrivée du cellulaire, on reçoit des tonnes d’appels pour le même cas. On essaie de convaincre les gens de retenir la personne sur place en attendant l’arrivée des policiers », explique Antoine (nom fictif donné à cet employé).

À chaque époque ses détresses. Avant, les bagarres éclataient dans les maisons, lieu de réunion par excellence à Noël. Maintenant, la bisbille surgit à la sortie des bars ou des salles de réception, lieux sur lesquels les âmes esseulées se rabattent pour faire la fête, dit-il.

Autre changement majeur : l’arrivée du cellulaire a rendu la détresse mobile, et du coup a complexifié l’intervention des services d’urgence. « Des gens en détresse nous envoient un texto, d’autres nous appellent pour signaler une personne suicidaire. Avec les lignes fixes, on savait où intervenir. Maintenant, les gens à aider sont en déplacement. Toute une logistique doit être déployée pour les retrouver », dit-il.

On en est là, à dépister la détresse, textée du bout du pouce, grâce à la géolocalisation. Des équipes entières s’affairent, avec l’aide des fournisseurs de services, à localiser les désœuvrés nomades. Des textos suicidaires sont parfois relayés au centre d’appels par des proches. Rarement non fondés, assure Antoine. Dans le coin de la pièce du centre d’appels, un petit sapin et des sandwiches font mine de réchauffer l’atmosphère. « Mais on est loin de se sentir dans l’ambiance des Fêtes. Quand on entre, il faut se mettre la tête à “off ”. »

À voir en vidéo