Le père Noël au bout du fil

Photo: Garnotte

Balancé avec l’eau du bain, le petit Jésus ? Peut-être. Mais si l’on a évacué la religion de Noël, le besoin du rite, lui, survit, cuisiné à toutes les sauces, selon l’humeur de chacun. Noël solitaire, Noël en vert ou Noël solidaire, les façons de faire la fête se déclinent à l’infini et vous sont offertes en vrac, en mots et en images. 

À l’heure du réveillon, André répétera cette année un rituel amorcé il y a déjà plus de 12 ans, après quelques Noëls tristounets, égrenés en solitaire, à pâtir sur son triste sort.

 

Début trentaine, il a traversé des moments difficiles, isolé, en panne d’amis. « J’étais loin de ma famille, j’ai passé un ou deux Noëls seul et ça m’a pas mal déprimé. J’ai fini par comprendre qu’il fallait que je fasse quelque chose et que j’arrête de chialer sur mon sort. » Pour émerger de sa torpeur, il s’est présenté à Gai Écoute pour offrir ses services à l’organisme d’aide aux personnes homosexuelles. Après quelques veillées de Noël passées l’oreille collée au combiné de Gai écoute, il s’investit maintenant depuis plus de dix ans auprès de Suicide Action.

 

« Pour moi, cette portion du temps des fêtes est très agréable. Je me sens non seulement utile, mais je rencontre des gens intéressants de toutes professions, qui eux aussi, trouvent important de donner de leur temps. C’est stimulant et très riche », dit-il aujourd’hui, prêt à reprendre le flambeau à l’approche de Noël.

 

Durant ses heures d’écoute, André ne sait jamais dans quel univers il plongera tête première. Au bout du fil, des drames se tissent, le mal de vivre se décline sur tous les tons. « Les gens qui appellent n’ont pas tous un couteau sous la gorge ou un fusil sur la tempe. Le temps des Fêtes exacerbe plutôt des problèmes déjà présents, car plusieurs personnes ont l’illusion que tout le monde est heureux à Noël, sauf eux. Mais c’est tellement faux ! Alors si je peux apporter un petit quelque chose à la souffrance ambiante, pourquoi pas. »

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