Noël, à la puissance 10

Photo: Garnotte

Balancé avec l’eau du bain, le petit Jésus ? Peut-être. Mais si l’on a évacué la religion de Noël, le besoin du rite, lui, survit, cuisiné à toutes les sauces, selon l’humeur de chacun. Noël solitaire, Noël en vert ou Noël solidaire, les façons de faire la fête se déclinent à l’infini et vous sont offertes en vrac, en mots et en images. 

Dans un autre monde, Anne-Catherine Rioux aurait pu remplacer au pied levé la Fée des étoiles ou la mère Noël. Une lutine endurcie dormait sous la peau de cette jeune mère, devenue sur le tard une inconditionnelle finie de la période des Fêtes. Chez les Rioux on se met en mode Noël dès que les citrouilles d’Halloween ont pris le chemin du compost, histoire d’être prêts pour ces agapes qui s’étirent de novembre à la fête des Rois.

 

Ça fait déjà un mois que la fête bat son plein dans la chaumière toute décorée de la famille Rioux. Depuis le 1er décembre, deux cordes à linge traversent la salle à manger, auxquelles sont suspendus 48 petits bas de Noël (48 !), chacun porteur d’une surprise. Deux pour chaque jour du calendrier menant du 1er décembre à Noël, puisque la famille compte deux fillettes abonnées à la magie que leur fournissent à grandes lampées leurs deux parents accros au temps des Fêtes.

 

« J’ai grandi dans une famille séparée où il n’y avait pas de grands rassemblements familiaux. À 17 ans, j’ai passé plusieurs mois dans une famille dans la campagne allemande, où on allait couper le sapin baumier dans la forêt à Noël, on y posait de vraies chandelles, on buvait du vin chaud. Tout ça, c’était nouveau pour moi. Je n’avais jamais vécu une magie aussi intense », raconte Anne-Catherine, convertie aux traditions mur à mur.

 

Depuis qu’Adèle et Simone sont arrivées dans sa vie de nouvelle maman, son engouement pour la fête a monté d’un cran, dopé par l’imaginaire, les mises en scène loufoques et les histoires à dormir debout.

 

En plus des flocons suspendus au plafond de l’entrée et des guirlandes accrochées aux fenêtres, la famille a succombé depuis le début du mois à la nouvelle folie nord-américaine de ces lutins malins, locataires impertinents qui multiplient les gaffes pendant la nuit. Chaque soir depuis le début du mois, les parents complices fomentent un nouveau coup pendable que les enfants découvrent au lever du jour. « Le matin, tout le monde se retrouve au lit pour faire le bilan de la nuit. Un jour, c’était les petites culottes qui étaient accrochées dans le sapin de Noël, un autre, les céréales avaient été renversées dans la cuisine. Stimuler l’imaginaire, je veux donner ça à mes enfants », dit Anne-Catherine, dont le nid s’est muté en usine à souvenirs.

 

En plus des petites surprises diffusées au compte-gouttes, le tout culmine à Noël le 24, quand débarquent les amis avec tous leurs marmots, pour partager gâteaux allemands, panettones italiens, tourtières et biscuits cuisinés il y a déjà plusieurs semaines. L’an dernier, l’équipée, avec costumes et caméra, a même tourné une vidéo, pour « capter en direct » pour les enfants l’intrusion en pleine nuit du père Noël dans la maison.

 

« Plusieurs ex-blasés viennent maintenant fêter chez nous ! Pour moi, Noël ce n’est pas une obligation, c’est une partie de plaisir. Une façon de m’ancrer dans la vie, de profiter du temps en famille, et de sortir du 9 à 5 de tous les jours,insiste-t-elle. Pour moi, toutes autres les fêtes sont aussi un prétexte pour enjoliver le quotidien. Mais Noël, c’est vraiment le pactole ! »

 

Et pour ceux qui, tout du long, se posaient la question. Non, il n’y a pas de père Noël gonflable devant la maison des Rioux.

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