Enquête sur la mort de Fredy Villanueva - Le coroner n’épargne personne

Le coroner recommande que le SPVM forme les patrouilleurs de Montréal-Nord sur les perceptions que certains membres des minorités ethnoculturelles entretiennent à l’égard de la police. 
Photo: - Le Devoir Le coroner recommande que le SPVM forme les patrouilleurs de Montréal-Nord sur les perceptions que certains membres des minorités ethnoculturelles entretiennent à l’égard de la police. 

Fredy Villanueva « ne méritait pas de mourir », mais le policier qui l’a tué, Jean-Loup Lapointe, « n’est pas un assassin ».

 

Le coroner ad hoc, André Perreault, distribue les blâmes à parts presque égales dans son rapport de 143 pages, rendu public mardi, plus de cinq ans après la tragédie de Montréal-Nord.

 

Le policier Jean-Loup Lapointe a ouvert le feu à quatre reprises sur Fredy Villanueva et ses amis, le 9 août 2008, dans le stationnement de l’aréna Henri-Bourassa. Villanueva, 18 ans, a succombé à ses blessures, tandis que ses amis, Denis Meas et Jeffrey Sagor-Métellus, ont été blessés.

 

Les jeunes ont contesté l’arrestation de Dany Villanueva (le frère aîné de Fredy), parce qu’il a refusé de s’identifier. Le policier Lapointe voulait leur donner à tous des contraventions aux règlements municipaux, car ils jouaient aux dés sur la place publique.

 

« Fredy Villanueva ne méritait pas de mourir. La preuve n’établit pas qu’il tentait de désarmer l’agent Lapointe, ni même de s’en prendre sérieusement à lui et encore moins à sa partenaire. Il aura eu le bien mauvais réflexe ou le mauvais jugement de tenter de mettre un terme à l’altercation en s’interposant », écrit le juge André Perreault.

 

« Des milliers d’infractions aussi banales que celle de jouer aux dés dans un parc font l’objet chaque année d’interventions policières qui se déroulent bien, même lorsque la police et le citoyen ne s’entendent pas sur la question de savoir si l’infraction a bel et bien été commise », fait remarquer le juge Perreault.

 

À la défense de Lapointe

 

Le juge Perreault se montre critique de la version fournie par l’agent Lapointe.

 

Celui-ci a indiqué qu’il avait ouvert le feu en légitime défense, craignant d’être désarmé et tué par les jeunes hommes qui l’avaient « encerclé, projeté au sol et étranglé », selon la première version des policiers appelés sur les lieux.

 

Aucune accusation n’a été portée contre lui à la suite d’une enquête dite indépendante de la Sûreté du Québec (SQ).

 

Or, le policier n’a pas parlé de sa crainte imminente d’être désarmé le soir du 9 août 2008. Cette explication est apparue 10 jours plus tard, lors d’une rencontre du policier avec son médecin.

 

L’autre policière impliquée dans l’incident, Stéphanie Pilotte, a témoigné qu’elle n’avait jamais craint pour sa vie ou celle de son partenaire.

 

« La preuve tend à démontrer qu’aucun des individus observant la scène n’a entretenu l’intention ce soir-là d’attenter de quelque façon à la vie des deux agents », constate le juge Perreault.

 

Il exonère de tout blâme la policière Pilotte, qui s’est comportée de manière exemplaire dans les circonstances.

 

Quant au policier Lapointe, il juge probable qu’il a quand même craint pour sa vie et celle de Mme Pilotte. C’est pourquoi il refuse de condamner sa conduite.

 

« On a, à l’occasion, tenté de présenter l’agent Lapointe comme un assassin. Si tel était le cas, comment expliquerait-on qu’il n’ait pas choisi de faire feu sur Dany Villanueva qui était celui qui lui avait donné le plus de fil à retordre ? », demande-t-il.

 

M. Perreault attribue enfin à Dany Villanueva une grande part de responsabilité dans l’escalade de la tension. Il a fait preuve d’un comportement « téméraire » et inopportun en résistant à son arrestation d’une manière violente.

 

« Il avait décidé de ne pas collaborer, de résister. Il recherchait l’affrontement, conclut le juge. Il aurait dû savoir qu’un tel comportement était susceptible d’inciter son frère et ses camarades à se mettre de la partie. »

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