Mort de Fredy Villanueva - Le coroner distribue les blâmes à parts égales

La mère de Fredy Villanueva lors d’une cérémonie soulignant l’anniversaire de sa mort. Le jeune homme est tombé sous les balles d’un policier le 9 août 2008 à Montréal-Nord.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La mère de Fredy Villanueva lors d’une cérémonie soulignant l’anniversaire de sa mort. Le jeune homme est tombé sous les balles d’un policier le 9 août 2008 à Montréal-Nord.

Fredy Villanueva «ne méritait pas de mourir», mais le policier qui l'a tué, Jean-Loup Lapointe, «n'est pas un assassin». Plus de cinq ans après la tragédie de Montréal-Nord, le coroner ad hoc François Perreault, conclut dans son rapport final que le jeune Villanueva est mort pour des banalités, et il distribue les blâmes à parts presque égales.

«Fredy Villanueva ne méritait pas de mourir. La preuve n'établit pas qu'il tentait de désarmer l'agent Lapointe, ni même de s'en prendre sérieusement à lui et encore moins à sa partenaire. Il aura eu le bien mauvais réflexe ou le mauvais jugement de tenter de mettre un terme à l'altercation en s'interposant», écrit-il.

Le juge Perreault refuse de condamner la conduite de l'agent Lapointe, qui a tué Fredy Villanueva et blessé deux de ses amis, Denis Meas et Jeffrey Sagor Métellus, lors de son intervention du 9 août 2008.

Jean-Loup Lapointe a procédé à l'arrestation du frère aîné de Fredy Villanueva, Dany, parce que celui-ci refusait de s'identifier. Le policier voulait remettre aux jeunes une contravention parce qu'ils auraient joué aux dés dans un parc public.

« Des milliers d'infractions aussi banales que celle de jouer aux dés dans un parc font l'objet chaque année d'interventions policières qui se déroulent bien, même lorsque la police et le citoyen ne s'entendent pas sur la question de savoir si l'infraction a bel et bien été commise », fait remarquer le juge Perreault.

Le ton monte

Le ton a monté rapidement entre le policier Lapointe et les jeunes. Dany Villanueva a résisté à son arrestation, un geste qualifié de « téméraire » par le coroner ad hoc. Il attribue « l'escalade de la force » au comportement de Dany Villanueva. Sa résistance était « inopportune » et « constamment à la hausse ». « Il avait décidé de ne pas collaborer, de résister. Il recherchait l'affrontement, conclut le juge. Il aurait dû savoir qu'un tel comportement était susceptible d'inciter son frère et ses camarades à se mettre de la partie. »

Le juge déduit que Jean-Loup Lapointe a « probablement » craint pour sa vie et celle de sa partenaire, Stéphanie Pilotte. « On a, à l'occasion, tenté de présenter l'agent Lapointe comme un assassin. Si tel était le cas, comment expliquerait-on qu'il n'ait pas choisi de faire feu sur Dany Villanueva qui était celui qui lui avait donné le plus de fil à retordre? », demande-t-il.
 
Débat sur les enquêtes

Le rapport comprend une critique à peine voilée des enquêtes dites indépendantes de la police sur la police. Dans l'affaire Villanueva, la Sûreté du Québec (SQ) a enquêté sur la conduite des deux agents du SPVM.

Le juge Perreault fait état de nombreux « obstacles à la découverte de la vérité ». Les agents Pilotte et Lapointe n'ont pas été séparés à la suite de la fusillade. Des témoins civils, blessés par balle, ont été interrogés sur leur lit d'hôpital alors que les policiers ont eu le privilège de bénéficier d'un long congé avant de rencontrer les enquêteurs, en présence de leurs avocats. Les enquêteurs présents sur place ne cherchaient pas à savoir qui avait tiré, et pourquoi, dans les premières heures de l'enquête. Des témoins civils, tels que Denis Meas, ont été arrêtés pour des raisons obscures. Un délégué syndical a pu rencontrer les policiers impliqués dans la fusillade avant même les enquêteurs de la SQ, etc.

Les constats du juge Perreault vont relancer à coup sûr le débat sur la création du Bureau des enquêtes indépendantes.
 
Les recommandations

Dans ses recommandations, François Perreault suggère:
  • Que le ministère de la Sécurité publique fournisse des indications claires aux policiers, après consultations de juristes, sur les circonstances dans lesquelles ils peuvent initier un contact physique sans qu'un individu soit arrêté ou détenu et sur les circonstances dans lesquelles ils peuvent dégainer leur arme ou tirer;
  • que la Ville de Montréal et l'arrondissement de Montréal-Nord mettent en place un plan d'action sur la pauvreté et l'exclusion sociale;
  •  que le SPVM forme ses patrouilleurs appelés à intervenir à Montréal-Nord, plus précisément sur les perceptions que certains membres des minorités ethnoculturelles entretiennent à l'égard de la police;
  • que le SPVM publie les indicateurs de performance de son plan stratégique en matière de profilage racial et social et les résultats d'évaluations externes;
  • que le ministère de l'Éducation enseigne dans les écoles la façon adéquate de se comporter avec un policier.
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17 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 17 décembre 2013 09 h 33

    Dany recherchait l'affrontement, conclut le juge

    Hélas le jeune Freddy a payé pour les frasques de son frère, un criminel notoire qui a déjà récidivé depuis..

    • Simon Chamberland - Inscrit 17 décembre 2013 21 h 45

      Savez-vous ce qui s'est passé ce soir là ?

      Moi non plus, et le coroner ne pourra jamais le dire avec certitude, car une des parties a pu préparer son témoignage pendant de longues journées à l'aide d'un avocat.

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 17 décembre 2013 11 h 00

    Je ne voudrais pas être un policier qui se confronte aux gangs de rue criminalisées. Ceux-ci savent fort bien ce qu'ils font

    • Simon Chamberland - Inscrit 17 décembre 2013 21 h 46

      En tout cas, ils sont très bons pour se couvrir le derrière à l'aide d'un avocat de la fraternité.

  • Georges LeSueur - Inscrit 17 décembre 2013 11 h 22

    Une jeunesse délinquante ?.

    Un jugement sans prise de décision. Mais il est clair que les jeunes, Dany Villanueva le premier, ont résisté jusqu'à être menaçants pour les policiers : Un comportement inacceptable et dangereux.
    Le profilage racial est évidemment immédiatement invoqué. C'est l'excuse classique et celle invoqué par les familles des jeunes concernés.
    Mais en réalité, c'est le comportement qui est en cause. Des jeunes bien élevés n'auraient pas résisté au point d'inspirer au policier d'utiliser son arme.
    Le fait aussi que le policier, accompagné d'une policière, se soit senti en position de faiblesse, n'est pas étranger à sa réaction.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 17 décembre 2013 14 h 19

      Un bon jugement aurait privilégié l'appel de renforts avant l'intervention. Lapointe a négligé de reconnaître le potentiel explosif de la situation. Il connaissait déjà une partie des gens visées par son intervention.

      Raymond Turgeon

    • Simon Chamberland - Inscrit 17 décembre 2013 21 h 47

      Vous acceptez la version de Lapointe. Cette version a été déposée après des journées de travail de la part d'un avocat. Les victimes n'ont pas eu cette chance.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 17 décembre 2013 11 h 36

    Coup de dés!

    Des jeunes jouaient au paquet voleur dans un parc!Jouaient-ils pour de l'argent?Nulle
    part la preuve n'en fait mention en tant que pièces à conviction.Le règlement munici-
    pale dit que dans un parc vous pouvez jouer à tout ce que vous voulez,mêmes aux
    fesses,en autant qu'il n'y ait pas d'argent mis en cause.Mais de quel droit osez-vous
    m'interdire d'utiliser mon argent comme je l'entend si cela ne cause préjudice à qui-
    conque?Faudrait-il un permis de Loto-Québec et un paiement de t.v.a pour ce faire?
    Imaginons la même scène d'intervention dans un parc de Londres où des "bobbies ar-
    més d'une courte matraque en bois discrète" interpellent les contrevenants qui s'a-
    musent paisiblement mais illégalement.Tout gentlement de formation et d'uniforme
    qu'ils sont,comment penseriez-vous que se serait déroulé leur intervention?Intelli-
    gemment civilisée en rappelant aux jeunes qu'existe un règlement municipale interdi-
    sant sur la place publique les jeux d'argent.Pas besoin de "taxer au sens scolaire" les
    joueurs pour qu'ils acceptent de circuler.Quitte à les faire recirculer aux autres occa-
    sions.

    • Marc Lacroix - Abonné 17 décembre 2013 12 h 54

      Avez-vous lu l'article, M. Guillotte:

      " Il attribue « l'escalade de la force » au comportement de Dany Villanueva. Sa résistance était « inopportune » et « constamment à la hausse »"

      Les policiers aussi sont des êtres humains et face à un groupe agressif...

    • Simon Chamberland - Inscrit 17 décembre 2013 21 h 49

      Les policiers n'avaient pas de raison d'intervenir.

      L'enquête de la SQ fut bâclée et menée par un agent qui avait un préjugé favorable envers ses copains du SPVM.

      Conclusion : on ne sait pas ce qui s'est passé ce soir-là, car il n'y a pas eu d'enquête sérieuse dans les heures suivant le drame.

  • Normand Murray - Inscrit 17 décembre 2013 11 h 48

    Triste rappel.

    La réalité est que de ne pas optempéré aux forces de l'ordre est irresponsable et tout le monde s'accorderas a dire que la confrontation n'est jamais la solution peu importe si oui ou non le tout semble abusif des autorités concernées si c'est le cas bien notre société c'est donné des mécanismes légaux pour y remédier.Delà a ce que le ministère de l'Éducation enseigne la façon adéquate de se comporter avec un policier ceci est la responsabilité des parents avant tout et ce peu importe tes origines et tes conditions de vie.Quand j'étais très jeune on m'a dis t'auras jamais le meilleur avec la police bien cette leçon je m'en souviens encore même après des années.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 17 décembre 2013 14 h 29

      On ne peut plus d'accord, ils auraient en effet dû optempérer, tout comme le policier Lapointe aurait dû ne pas intervenir avec aussi peu de professionnalisme. Son manque de jugement a fait dégénéré la situation jusqu'à ce qu'il ''bombarde'' frénétiquement ses assaillants. Pas très louable, à mon avis. Cette grave bévue aurait pu être évitée.

      raymond turgeon