Nelson Mandela - Dernier adieu au père de la nation sud-africaine

Des citoyens chantent à Qunu, le village natal de Nelson Mandela, où le leader sud-africain, mort le 5 décembre à 95 ans, a été enterré dimanche.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pedro Ugarte Des citoyens chantent à Qunu, le village natal de Nelson Mandela, où le leader sud-africain, mort le 5 décembre à 95 ans, a été enterré dimanche.

Il a été le père de toute une nation, mais c’est dans son village d’enfance, à Qunu, que Nelson Mandela a été mis en terre dimanche. Par un pur hasard, cette cérémonie avait lieu la veille de la fête de la réconciliation, qui célèbre chaque année la fin de l’apartheid en Afrique du Sud.

 

Il y a d’abord eu un hommage en grande pompe tenu devant 4500 invités, dont le Prix Nobel de la paix Desmond Tutu, le prince Charles et les ex-premiers ministres français Lionel Jospin et Alain Juppé. Puis, la famille du chef d’État a réclamé une mise en terre plus intime pour se réapproprier son patriarche, dont la politique l’a privée, d’abord durant ses 27 ans de prison, puis durant ses années de politique active.

 

L’une des petites-filles de Madiba, du nom de clan tribal de Nelson Mandela, a évoqué les qualités de conteur de son « tatamkhulu » (grand-père). « Il préférait les histoires qui lui permettaient de se moquer de lui-même », a raconté Nandi Mandela, mais il était aussi « un grand-père strict, attaché à la discipline, qui nous préparait à la vie ».

 

« Tu vas nous manquer, Tatamkhulu. Ta voix sévère quand tu n’étais pas content va nous manquer. Ton rire va nous manquer… », a-t-elle dit.

 

Son compagnon de lutte et camarade de détention à Robben Island, Ahmed Kathrada, a salué l’amour, la simplicité, l’humilité, et le courage de Mandela. « J’avais vu à l’hôpital un homme impuissant et réduit à l’ombre de lui-même, et l’inévitable s’est produit », a-t-il dit.

 

« Tout le monde tombait amoureux de Mandela », a simplement dit la présidente du Malawi, Joyce Banda.

 

Après les coups de canon, l’escorte militaire, les hymnes religieux, les choeurs d’enfants, les 95 cierges, l’inhumation de Mandela s’est déroulée devant 450 personnes. Les anciens de la tribu des Thembu, de l’ethnie xhosa, se sont adressés à lui en l’appelant Dalbhunga, le nom qui lui avait été donné lors de son initiation rituelle à 16 ans.

 

Le cimetière où a été enterré Nelson Mandela est situé dans un coin du vaste domaine des Mandela, à moins d’un kilomètre de sa maison. On ne sait toujours pas si ce site demeurera accessible au public ou s’il sera réservé aux proches, car les cimetières familiaux sont a priori des lieux familiaux sacrés, a fait valoir publiquement, en juin dernier, la fille aînée de Mandela, Makaziwe.

 

Ces funérailles font donc suite à une période de dix jours de deuil national, au cours desquels quelque 100 000 Sud-Africains sont venus se recueillir sur la dépouille de leur héros, devant un cercueil mi-ouvert à la présidence, à Pretoria.

 

« Je ne doute pas un seul instant que, lorsque j’entrerai dans l’éternité, j’aurai le sourire aux lèvres », avait écrit Mandela en 1997.

 

Dix-sept ans après, l’Afrique du Sud fait face à d’énormes défis. Et un fossé économique sépare toujours la majorité noire de l’élite blanche. « L’Afrique du Sud va continuer à grandir, parce que nous ne pouvons pas te décevoir », a promis, en s’adressant au défunt, le président sud-africain actuel, Jacob Zuma, lors des funérailles.

 

Par pur hasard, les funérailles de Mandela se célébraient la veille de la fête de la réconciliation, célébrée comme telle depuis 1994 en Afrique du Sud. Depuis longtemps déjà, on avait prévu ériger ce jour-là une statue de Mandela dans les jardins de la présidence à Pretoria.

 

Au XIXe siècle, le 16 décembre était célébré par les descendants des colons néerlandais, qui avaient fait le voeu de bâtir une église et d’observer une action de grâces s’ils arrivaient à se débarrasser des Zoulous qui les menaçaient.

 

Ces Voortrekkers ont finalement battu les Zoulous le 16 décembre 1838 et ont pieusement observé en cette mémoire « la journée du voeu ».

 

Mais le 16 décembre est aussi le jour de la fondation d’Umkhonto we Siswe, la branche armée du Congrès national africain, cofondée par Nelson Mandela en 1961. Mandela était alors parvenu à la conclusion que les manifestations non violentes n’étaient pas suffisantes pour mener sa cause.

 

En 1994, dans l’Afrique du Sud post-apartheid dont Nelson Mandela était le premier président, le 16 décembre a été rebaptisé « journée de la réconciliation ».

 

À Montréal, hier soir, des représentants de l’église Union United, que Mandela a visitée en 1990, ont voulu rendre hommage à Nelson Mandela en organisant une célébration à l’église unie Saint-James.

 

« L’église Union United était en faveur de l’ANC même avant la libération de Mandela », a raconté le révérend Emmanuel Ofori, qui célébrait la cérémonie d’hier.


Avec Le Monde et l’Agence France-Presse