Jacques Corriveau est accusé de fraude

Jacques Corriveau était de passage à la commission Gomery en 2005. Huit ans plus tard, il comparaîtra devant la justice pour des accusations de fraude.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Jacques Corriveau était de passage à la commission Gomery en 2005. Huit ans plus tard, il comparaîtra devant la justice pour des accusations de fraude.

M. Corriveau, 80 ans, a été accusé vendredi matin de fraude envers le gouvernement, de fabrication de faux documents et de recyclage des produits de la criminalité. Ses comptes bancaires et sa résidence d’un million de dollars, à Saint-Bruno-de-Montarville, font l’objet d’ordonnances de blocage.

L’ancienne gloire du Parti libéral du Canada section Québec (PLCQ) comparaîtra le 10 janvier prochain. La débâcle de cet ami intime de Jean Chrétien soulève de nombreuses interrogations.

Dès la publication du rapport de la Commission d’enquête sur le programme des commandites et les activités publicitaires, en 2005, il était clair que M. Corriveau était « l’acteur central d’un dispositif bien huilé de pots-de-vin qui lui avait permis de s’enrichir personnellement et de donner de l’argent et des avantages au PLCQ », pour reprendre les mots du juge John H. Gomery.

L’Unité mixte des produits de la criminalité de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a lancé son enquête en 2006. L’année suivante, les policiers ramenaient une cinquantaine de caisses de documents à la suite d’une perquisition au domicile de M. Corriveau.

La GRC a bouclé son enquête en 2010. C’est donc dire que le dossier a traîné sur le bureau de la Couronne fédérale pendant trois ans.

« Aujourd’hui, on est content de dire que M. Corriveau va faire face à la justice. Nos enquêteurs ont fait un travail remarquable », s’est borné à dire Érique Gasse, porte-parole de la GRC.

D’autres accusations pourraient être portées contre de possibles complices de M. Corriveau, a-t-il ajouté.

Qui est Jacques Corriveau ?

Jacques Corriveau est un personnage central du scandale des commandites, un programme dans lequel ont été engloutis 332 millions de dollars (378 millions en dollars constants).

Les publicitaires associés à l’initiative ont pigé à deux mains dans le plat de bonbons, retournant au passage des ristournes au PLCQ afin de financer illégalement les campagnes de 1997 et de 2000.

Dans son rapport final, le juge Gomery a attribué à Jacques Corriveau la paternité du système de ristournes. Le patron de Groupaction, Jean Brault, et deux ex-directeurs généraux du PLCQ, Michel Béliveau et Daniel Dezainde, ont confirmé son statut d’argentier occulte de la formation lors des travaux de la commission.

Ami intime de l’ex-premier ministre Chrétien, le fondateur de PluriDesign (une firme de graphisme) exerçait une grande influence au PLCQ. L’ex-ministre des Travaux publics David Dingwall a déjà dit à la blague que si on retrouvait un jour un homme au lit entre Jean Chrétien et son épouse, ce serait Jacques Corriveau !

Dès 1996, M. Corriveau a été informé de l’existence du programme secret des commandites, alors que les ministres libéraux ont été tenus dans l’ignorance jusqu’en 2001. M. Corriveau se rendait régulièrement au bureau du responsable du programme, Charles Guité, pour lui soutirer des commandites au profit de ses amis de la publicité.

En lien avec le rapport Gomery

C’est précisément pour ses gestes décrits à la commission Gomery que M. Corriveau se retrouve aujourd’hui au banc des accusés.

« M. Corriveau aurait mis en place un système de ristournes dans l’attribution des contrats reliés au programme de commandites », a confirmé M. Gasse, le porte-parole de la GRC. « Notre enquête démontre que M. Corriveau, par son entreprise, PluriDesign, aurait fraudé le gouvernement en fabriquant de faux documents », a-t-il ajouté.

Concrètement, le militant libéral aurait joué de son influence et de son amitié avec Jean Chrétien pour que deux firmes de communication, Groupaction et Polygone/Expour, obtiennent des commandites fédérales. Il aurait obtenu des commissions secrètes en retour.

Il aurait notamment touché une commission de 17,5 % sur des contrats de commandites de 37 millions accordés à Polygone/Expour, ce qui représente une somme de 6,5 millions. Il aurait aussi touché une commission de près d’un demi-million afin que Groupaction puisse obtenir le contrat de gestion des commandites accordées à Polygone/Expour.

L’argent aurait transité par PluriDesign. Une partie des sommes est restée dans les poches de M. Corriveau, et une partie a été déposée dans la caisse occulte du PLCQ.

M. Corriveau aurait justifié les paiements à PluriDesign par des factures pour des services inexistants, voire farfelus. Il se targuait entre autres de travail de consultant pour des salons de plein air aux stades olympiques de Sherbrooke, Rimouski, Chicoutimi et Trois-Rivières.

Sachant qu’il allait le blâmer dans son rapport final, le juge Gomery avait donné à M. Corriveau une deuxième chance de s’expliquer. Le flamboyant designer avait qualifié de « rocambolesques et inimaginables » les accusations lancées contre lui. Il avait admis tout au plus avoir payé le salaire de trois permanents du PLCQ, pour environ 100 000 $, et avoir exercé des activités de lobbyisme non déclarées.

M. Corriveau a été banni à vie du Parti libéral par l’ex-premier ministre Paul Martin, l’instigateur de la commission qui a jeté la honte sur les libéraux.

À Ottawa, le ministre de l’Infrastructure et des Affaires intergouvernementales, Denis Lebel, a profité de l’occasion pour tirer dans les flancs des libéraux. « Cela sert de rappel aux Québécois du rôle joué par le Parti libéral actuellement dirigé par Justin Trudeau dans le scandale des commandites. D’ailleurs, les libéraux doivent toujours 40 millions de dollars aux contribuables canadiens. Quand est-ce qu’ils vont les rembourser ? », a-t-il commenté.

« Mieux vaut tard que jamais », a dit pour sa part le porte-parole du NPD en matière d’éthique, Alexandre Boulerice. « Les hommes et les femmes politiques devraient être là pour le bien commun, le service à la population, non pas pour magouiller comme M. Corriveau semble avoir fait », a-t-il dit à RDI.

27 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 14 décembre 2013 04 h 53

    Les deux font la paire!

    Le PLC et le PLQ font une belle paire, ces deux partis traine derrière eux une réputation de magouilleurs et de corrupteurs. J'ai de la difficulté à comprendre que des personnes honnêtes puissent encore cotoyer ces deux partis sans être un petit peu mal à l'aise. On ne parle pas ici de petites sommes, il est question ici d'un montant avoisinant les 350 millions de $. La défense du fédéralisme est-elle si impopulaire au Québec qu'il faille magouiller de la sorte pour mieux tromper les gens? Ces millions volés ont servis en grande parti à garnir les coffres du PLC et cela a été démontré lors de la commission Gomerey, alors comment expliqué que des gens qui se disent honnêtes et sans reproches siègent pour ce parti et accepte que de l'argent qui provient des coffres du parti puisse servir à payer des dépenses dans leur compté? Une grande parti de ces argents a été acquis de façon malhonnête, pour ne pas dire; carrément volé aux contribuables. Une conscience élastique ça existe.....On dit qui s'assemble se ressemble, il me semble que Chrétien et Corriveau sont des amis intimes depuis nombres d'années, cela veut-il dire.....

    • Steve Brown - Inscrit 14 décembre 2013 11 h 29

      @P. Clifford Blais

      « ...le PLC d'aujourd'hui qui n'est plus le même PLC d'hier ! »


      Wow! Monsieur, le PLC est un vieux parti politique et il a toujours agit de la même façon. Même au PLQ sous Jean Charest. De plus, c'est un parti politique anachronique.

      Steve Brown
      Charny

    • Normand Carrier - Inscrit 14 décembre 2013 14 h 29

      Monsieur Blais , si vous êtes membre du PQ et souverainiste lors des deux derniers référendums , rien n'y transpire dans tous vos commentaires et je crois que vous nous demander un acte de foi .... Concernant l'intégrité du PLC-Q actuel , attendons quelques peu et s'il prend le pouvoir soyons assurés de revivre les mêmes magouilles que lors de l'époque Chrétien et Trudeau .... Mais malgré le léger embellie actuel , je ne crois pas du tout que le leune Justin va prendre le pouvoir et Dieu merci , ce serait une catastrophe car il a peu d'envergure comparé au paternel ....

    • Louise Lefebvre - Inscrite 15 décembre 2013 16 h 48

      Le parti libéral est comme une secte...il est difficile d'en sortir...

  • Pierre Labelle - Inscrit 14 décembre 2013 05 h 10

    Les stades olympiques.....

    C'est Jean là là Tremblay qui a dû sauté de joie en apprenant la nouvelle; un stade olympique à Chicoutimi (Saguenay depuis), en guise de remerciement il a sûrement recommandé dans ses prières ce grand bienfaiteur Corriveau.

  • Claude Charron - Inscrit 14 décembre 2013 07 h 08

    M. Corriveau

    Et M. Chrétien ne savait pas et ne se souvient pas ???. hi hi

  • Serge Marchand - Inscrit 14 décembre 2013 07 h 26

    Tout un hasard !

    Le gouvernement Harper ne sait plus comment se sortir du scandale du Sénat. À chaque semaine, il semble avoir une rétraction. Un scandale semble être comme du sable mouvant, plus qu'une personne se débat, plus que la personne s'enfonce.

    Enfin, cette arrestation semble tomber à point pour Harper. Plus de 10 ans après, on doit se demander pourquoi une période si longue ? Enfin, Harper doit bien être content que les gens puissent parler du scandale des commandites au lieu de celui du Sénat. Ce que je retiens est que Conservateur ou Libéral, c'est pareil, d'un scandale à l'autre au dépend des électeurs.

    • Nicole Bernier - Inscrite 14 décembre 2013 10 h 48

      Il faut lire comment l'article dans le Devoir d'aujourd'hui sur Machiavel illustre bien la "nature" de la politique occidentale et comment celle-ci est bien ancrée dans les stratégies pour conserver le pouvoir.

      Le défi, mon jeune frère me l'a toujours dit, c'est de savoir dissimuler, savoir contrôler l'autre et réussir à ne pas se faire prendre. Et, moi, l'idéaliste, je m’opposais à cette vision du social de toutes mes forces. Lui, il affirmait: l'humain préfère la facilité conduisant au pouvoir à l'effort éthique qui placerait la justice et l'équité au centre des décisions politiques. Avec l'âge, je suis arrivée à la conclusion que cette tension entre les deux visions était paralysante. Il ne faut pas être naïf si on veut limiter les dégâts du pouvoir et il faut avoir du courage pour prendre le pouvoir, mais les deux positions rendent aveugles et inefficaces quand elles sont incapables d'avoir une vue d'ensemble sur la problématique. La leçon: les solutions efficaces et justes demandent l'exploration des deux poles.

      Ce qui me permet de comprendre pourquoi, actuellement, les États-Unis dominés par la culture protestante ont choisi le Pape catholique comme personnalité de l'année et que le président iranien, un musulman clairement affiché, est en train de bousculer de fond en comble, le jeu politique. Si certains politiciens ou religieux au pouvoir abandonnent leurs principes pour privilégier un rapport de force permettant d'écraser leurs adversaires pour s'accaparer de leurs ressources, la vérité finit toujours par refaire surface et il y a toujours le passage d'un leader qui ose faire le grand ménage en proposant des alternatives plus éthiques, mais c'est une tâche toujours à reprendre, car les bonnes intentions résistent difficilement au poids des pressions et conséquences.

      La corruption mise à jour dans cet article illustre seulement l'incapacité de nos sociétés laïques à être plus morales que les autres types de sociétés car la nature humaine n'a pas c

    • Frédéric La Brie - Inscrit 14 décembre 2013 11 h 57

      Tout a fait d'accord avec vous... Les stratèges du PCC devaient garder cette histoire dans leurs cartons avec leurs sous fifres de la GRC pour les élections de l'année prochaine mais le scandal de Duffy ne disparassant pas il a fallu sortir une de leur cartes maitresse! Harper me fait pleurer avec ses magouilles c'est vraiment un démagogue vivement un pays du Québec pour pouvoir enfin controler nous même notre destin et non par un lobbyiste des sables bitumineux...

  • Normand Carrier - Inscrit 14 décembre 2013 07 h 43

    Les mauvais coups suivent longtemps ......

    Cela ramène les libéraux sur le plancher des vaches et même le nouveau maire de Montréal va se sentir interpellé ...... Les commandites sont de retour et l'innéfable et détestable Jacques Corriveau est finalement accusé et poursuivi après toutes ces années ...... Ce fut long et laborieux mais cette justice se réalise au grand dam de Justin Trudeau qui aurait bien aimer pousser cette poussière sous le tapis mais le fils de PET devra vivre avec les conséquences de son parti qui n'est pas le plus propre et qui n'a pas de lecons a donner a personne même pas aux conservateurs de Stephen Harper .....