Peurs bleues sur le réseau blanc

Laurence Hamelin s’est vu barrer la route par un autobus de la STM alors qu’elle roulait à vélo mercredi soir.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Laurence Hamelin s’est vu barrer la route par un autobus de la STM alors qu’elle roulait à vélo mercredi soir.

Laurence Hamelin a eu la frousse de sa vie mercredi soir, vers 20 h. Elle roulait à vélo, sur la chaussée enneigée de la rue Bélanger, quand un autobus de la Société de transport de Montréal (STM) lui a coupé la voie et l’a coincée contre les voitures garées en bordure de la rue pour s’arrêter à l’abribus, à l’angle de l’avenue Papineau.

 

Au feu rouge, le chauffeur a ouvert sa fenêtre pour dire sa façon de penser à la cycliste de 25 ans. « Tu roules en plein milieu de la rue, pis t’as pas d’affaire là », aurait dit le chauffeur, avant de repartir en trombe lorsque le feu est passé au vert.

 

Deux jours plus tard, la cycliste était encore ébranlée. « Je me suis sentie agressée. J’ai été squeezée entre l’autobus et les voitures. J’ai eu peur. J’étais bouche bée », dit Laurence Hamelin, une cycliste aguerrie qui se déplace à vélo été comme hiver depuis quatre ans. Elle n’avait jamais vécu un incident aussi traumatisant.

 

« Ce qui m’a choquée, c’est que cette intimidation venait d’un chauffeur d’autobus. C’est son métier de conduire, il devrait connaître le Code de la sécurité routière », dit-elle.

 

La STM confirme avoir reçu une plainte au sujet de cet incident. Le chauffeur sera rencontré par ses supérieurs. « Bien évidemment, les chauffeurs sont tenus de respecter le Code de sécurité routière. De façon générale, il leur est demandé de cohabiter avec les cyclistes », indique Amélie Régis, porte-parole de la STM.

 

« La cohabitation est un thème abordé dans le cadre de la formation continue en conduite préventive que reçoivent les chauffeurs. De plus, elle est un thème récurrent de campagnes de sensibilisation mensuelles destinées aux chauffeurs », ajoute la représentante de la STM dans un courriel transmis au Devoir.

 

Terrain glissant

 

Laurence Hamelin et ce chauffeur d’autobus ne sont pas les seuls à avoir des sueurs froides dans les rues glacées de Montréal par les temps qui courent. De l’avis général, le nombre de cyclistes d’hiver est à la hausse en ville. La cohabitation entre vélos et véhicules à moteur donne lieu à des échanges de gros mots — et parfois à des collisions — même durant l’été. Le défi de garder son sang-froid augmente d’un cran en hiver.

 

« Il faut partir du principe que la rue appartient à tout le monde,rappelle Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo-Québec. Les cyclistes ont le droit de rouler dans la rue, en été comme en hiver. Et tout le monde a intérêt à faire preuve de civisme. »

 

La cohabitation peut être plus mouvementée en début de saison, selon elle. La neige est arrivée tôt. Cyclistes et automobilistes doivent s’habituer à la conduite hivernale. Et dans les rues étroites des quartiers centraux de l’île, les cyclistes n’ont pas le choix de rouler dans les traces des voitures. Ça peut ralentir les automobilistes. Mais il faut s’y faire. Surtout que peu de voies cyclables sont déneigées en hiver.


Appel au déneigement

 

« Les pistes cyclables sont encore plus nécessaires en hiver. Avec l’augmentation du nombre de vélos, le manque de pistes déneigées devient problématique », dit Zvi Leve, cofondateur de l’Association des piétons et cyclistes d’Outremont.

 

Le petit groupe est allé manifester à l’assemblée du conseil d’arrondissement, lundi dernier, pour obtenir le déneigement de la piste très fréquentée du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. La mairesse Marie Cinq-Mars n’a pas répondu à la demande d’entrevue du Devoir vendredi, mais Zvi Leve indique que l’arrondissement n’a pu s’engager à déneiger la piste.

 

En principe, à peine 42 des 600 kilomètres de voies cyclables sont déneigés en hiver sur l’île. Surtout au centre-ville, dans le Plateau-Mont-Royal et dans Rosemont. Une moyenne de 600 vélos roulent chaque jour sur la piste du boulevard de Maisonneuve, au centre-ville.

 

Faute de pistes entretenues, ça joue dur entre voitures et vélos. Zvi Leve a été témoin d’un accrochage entre un cycliste et un chauffeur de taxi, jeudi vers 17 h 30, rue Villeneuve à Outremont. « La voiture de taxi est montée sur le trottoir pour bloquer la voie au vélo ! » raconte-t-il. Pour une raison qui reste à préciser, le cycliste avait arraché un miroir de la voiture. Le ton a monté. La police est intervenue. « Ça aurait pu mal virer. Il aurait pu y avoir des blessés : je marchais sur le trottoir avec mon fils quand la voiture est arrivée sur le trottoir. »

11 commentaires
  • Caroline Pilon - Abonnée 14 décembre 2013 08 h 38

    On déneige bien les ruelles

    Comme les remarquaient des personnes d'Outremont, l'arrondissement déneige encore les ruelles pour permettre aux citoyens d'accéder à leurs stationnement personnel (ce qui représente beaucoup de travail), déneiger certains axes cyclables ne serait pas un luxe. D'autant plus que la construction de la piste cyclable sur Cote-Sainte-Catherine a eu pour effet de réduire la largeur disponible sur le reste de la route, rendant la cohabitation auto/vélo particulièrement difficile quand les vélos, faute d'autre choix, doivent s'aventurer sur cette artère inévitable pour aller à l'UdeM, à Sainte-Justine et à de nombreux autres endroits.

    Quelle tristesse de voir des vélos et des autos éprouvés des difficultés à circuler ensemble sur cet axe alors que juste à coté se trouve un magnifique espace pour les vélos... qui malheureusement n'est pas déneigé, et où s'entassent de surcroit des montagnes de neige poussées là par les engins de déneigement de la Ville et des particuliers. Ceci fait que même au printemps, la piste reste anormalement inutilisable, même quand la fonte naturelle a dégagé une large partie de la piste. Un gâchis qui nuit autant aux cyclistes qu'aux automobilistes.

  • Jean Richard - Abonné 14 décembre 2013 09 h 35

    Malgré les belles paroles

    Malgré les belles paroles entendues dans le passé et qu'on va sans doute répéter dans le futur, le bien-être des gens non motorisés (donc, tous ceux qui se déplacent sans l'aide d'un véhicule à moteur, piétons, cyclistes et autres) ne fait pas partie des priorités de la Ville de Montréal.

    Malgré tout ce qui s'est dit ou écrit sur les erreurs et le manque de savoir-faire, on n'a pas changé d'un iota la façon de faire. Le résultat : les infrastructures réservées aux non-motorisés, soit les trottoirs et les voies cyclables, sont au départ très mal conçues et par la suite fort mal entretenues. Ce début d'hiver vient encore une fois nous rappeler des déficiences de cette façon de faire qu'on refuse de changer, et les non-motorisés en font les frais.

    Pour les piétons, il y a les trottoirs. Qu'on nous explique pourquoi lorsqu'il pleut ou qu'il neige par temps doux, il y a à trois intersections sur quatre une immense flaque d'eau à franchir pour passer de la chaussée au trottoir. Qu'on nous explique pourquoi en 2013, on incline encore les trottoirs sur toute leur largeur pour faire passer les voitures (les bateaux dans le jargon du métier), pente qui devient un casse-gueule pour les piétons lorsqu'il y a de la glace. Et qu'on nous explique pourquoi on n'a pas encore compris pourquoi un mauvais usage des déglaçants donne un résultat contraire à celui recherché, à savoir rendre les plaques de glace deux fois plus glissantes.

    Quant aux cyclistes, c'est la blague. On pousse la neige entre les voitures stationnées et celles qui roulent, et quand le temps refroidit (normal derrière une dépression), cette neige à demi fondue et regelée se transforme en traîtes plaques de glace. Rouler là-dessus est plutôt suicidaire – et la ville ne fait pas preuve d'un très grand sens des responsabilités en ne corrigeant pas la situation. Or, c'est là que normalement on roule à vélo.

  • Frédéric Béland - Abonné 14 décembre 2013 10 h 09

    Soyons ferme sur la limite de vitesse

    Si la police cessait son laxisme face aux limites de vitesse en ne permettant plus aux véhicules de rouler à 60 et même 70 km/h en ville tout le monde en bénéficierait grandement. La conduite serait moins stressante et plus sécuritaire; l’automobiliste aurait plus de temps pour percevoir son environnement, s’insérer dans la circulation, faire ses arrêts aux passages piétonniers, contourner un vélo, etc. Partager la route, c’est concrètement circuler à une vitesse appropriée pour tous ces utilisateurs.

  • Murray Henley - Inscrit 14 décembre 2013 10 h 36

    Vélos en hiver

    "Dans mon temps", on rangeait les vélos lorsque la neige arrivait et on les sortait quand celle-ci était fondue. Quelle idée!

    Bien que ce ne soit pas politiquement correct, il faut rappeler que la circulation à vélo en hiver est beaucoup plus risquée. Il n'est pas réaliste de demander un entretien des rues et trottoirs permettant des conditions de circulation sécuritaires pour les vélos.

    Ceux qui choisissent de circuler à vélo en hiver tentent en quelque sorte de nier l'existence de cette saison. Nous sommes au Québec. Les activités doivent être adaptées à notre climat.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 décembre 2013 11 h 30

      Tout ce qu'on demande, c'est que les automobilstes ne nous rentrent pas dedans.

      Après tout, selon votre propre analyse, on devrait aussi ranger les voitures pour l'hiver, la conduite hivernale était bien plus difficile et dangereuse.

    • Mike Muchnik - Abonné 14 décembre 2013 11 h 55

      "Dans notre temps", les concepts de civisme et de respect semblent avoir perdu leurs sens. Je circule en vélo ou en patin 9 à 10 mois par année depuis près de 20 ans et toute l'année depuis 5 ans. Il y a de la place pour tout le monde dans la rue si chacun fait preuve du respecte du code de la sécurité routière et d'autrui. La circulation en auto est plus risquée, elle aussi, en hiver qu'en été, mais je constate que plusieurs n'ont pas intégré cette notion dans leurs habitudes de conduite : suivre de trop près, aller trop vite, virages brusques sans signaler ses intentions, etc. Les "hurluberlus" (cyclistes d'hiver) ont leur place dans la rue tout comme les autres. À chacun de faire preuve du respect.

    • Caroline Pilon - Abonnée 14 décembre 2013 13 h 56

      On pourrait discuter longuement de la pratique de vélo d'hiver mais je vais me contenter de dire que c'est tout à fait faisable. L'article de M. Fortier soulève 2 points:

      1. Qu'un bus a conduit dangereusement. Hiver ou non, c'est inacceptable et devrait être sanctionné.

      2. Que les infrastructures cyclables devraient être entretenues l'hiver. À moins d'interdire le vélo l'hiver, il y aura des cyclistes l'hiver, c'est désormais incontournable. Donc la question, autant comme cycliste que comme automobiliste: préférez-vous que les cyclistes n'aient pas le choix d'être dans la rue, ou préférez-vous qu'ils puissent utiliser des infrastructures disponibles? La seconde réponse est gagnante pour tout le monde.

    • Simon Chamberland - Inscrit 15 décembre 2013 08 h 29

      M. Murray,

      Ceux qui circulent en vélo l'hiver ne tentent pas de nier cette saison, au contraire. Au lieu de prêter des intentions ou de jouer au psy, concentrez-vous sur les faits :

      1- Les cyclistes d'hiver s'habillent en conséquence
      2- Les cyclistes d'hiver équipent leurs vélos en conséquence.

    • Jean-Marc Chevalier - Inscrit 15 décembre 2013 10 h 06

      Si j'appliquais votre logique à la conduite automobile en hiver, je dirais, à plus forte raison que pour le vélo, qu'on ne devrait pas conduire pendant cette saison. La conduite automobile cause beaucoup plus d'accidents que la pratique du vélo, quelle que soit la saison.

      La pratique du vélo en hiver est raisonnable; le danger provient essentiellement de conducteurs insouciants ou irresponsables.

  • Céline Delorme - Abonnée 15 décembre 2013 15 h 12

    Prudence et respect

    Les enfants rois sont devenus adultes et ils roulent à vélo: Moi, Moi, Moi, Moi...
    Si les cyclistes respectaient le code de la route et avaient autant de respect pour les piétons et les automobilistes qu'ils en demandent pour eux-mêmes, la cohabitation serait plus facile.
    Comme piéton, on se fait foncer dedans par les cyclistes adultes qui roulent à fond de train sur le trottoir et ne s'arrêtent jamais aux stops, même pour les grands-mères avec canne, comme moi qui tentent de traverser.
    Ça m'est arrivé une fois cet été: une dame en vélo s'est arrêtée à un stop quand je traversais; Merci Madame: Une fois sur 10 mille..

    Pratique d'hiver préférée des vélos: On n'arrête jamais au feu rouge ou stop, on dépasse l'auto à droite (queue de poisson) pour revenir au centre, ce qui oblige l'auto à rouler à 10 km/H.
    On fait le même coup sur cinq à six coins de rue de suite à la même auto: il y a de quoi déclencher la rage au volant de la personne la plus patiente.