«C’est vrai qu’on vous verra plus chez nous?»

Josh Desjardins livre le courrier sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal. Dans la rue, sur les perrons et dans les agoras virtuelles que sont Twitter et Facebook, la mort annoncée de la livraison à domicile a suscité inquiétudes et élans de sympathie.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Josh Desjardins livre le courrier sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal. Dans la rue, sur les perrons et dans les agoras virtuelles que sont Twitter et Facebook, la mort annoncée de la livraison à domicile a suscité inquiétudes et élans de sympathie.

Plusieurs facteurs étaient fermement attendus mercredi par leurs clients, le sourcil froncé, inquiets de la disparition annoncée de cette figure familière de leur quotidien. « C’est vrai qu’on vous verra plus chez nous ? » Pour une rare fois, les rôles étaient inversés. Au tour des clients de colporter la nouvelle fraîche aux nombreux postiers, partis au petit matin livrer lettres et paquets, avant même que l’annonce de Postes Canada résonne sur toutes les ondes.

 

« Certains collègues l’ont appris de leurs clients, qui les ont arrêtés sur leur route », raconte Alain, un jeune postier, qui a endossé l’habit bleu et rouge de Postes Canada en 2006, après avoir quitté la restauration.

 

Dans la rue, sur les perrons et dans les agoras virtuelles que sont Twitter et Facebook, la mort annoncée de la livraison à domicile a suscité de nombreux élans de sympathie. Après le laitier, le colporteur et la cloche sympathique du camion à crème glacée, l’idée de voir le fidèle facteur rejoindre le clan des espèces disparues a égratigné le rayon nostalgie de bien des citoyens. « Demain, j’attends mon facteur à la porte ! », commentait une cliente solidaire sur Twitter.

 

Même les journaux français, qui suivent de près les soubresauts vécus par leur propre service postal public, ont relayé à profusion la nouvelle dans l’Hexagone.


Une figure du quotidien

 

À l’ère d’Internet, on ne gomme pas si facilement une figure aussi légendaire de l’imaginaire collectif. Et encore moins du quotidien de bien des gens. Alain, qui enfile du lundi au vendredi ses 11 km de route à la marche, voit tous les jours des gens qui le saluent par son petit nom, l’attendent au pas de la porte avec le sourire. « Même si je leur apporte des comptes à payer, je suis souvent la seule personne à qui ils parlent de la journée », confie ce jeune postier.

 

Mêmes échos pour Nathalie, inquiète de ce qui arrivera aux personnes chétives qui devront se rendre aux boîtes postales pour obtenir leur courrier. « C’est Noël quand on passe. Ils nous racontent leur vie. Une dame, maintenant décédée, m’a même préparé un repas des Fêtes après mon horaire, pour me remercier. On connaît les familles, les enfants. J’espère qu’on ne parlera pas de nous un jour comme d’un souvenir », dit-elle.

 

William, qui a embrassé ce métier idéalisé dans Il Postino presque « par romantisme », se voit comme une sorte d’agent urbain. Chaque jour amène de nouvelles rencontres, comme celle de ce vétéran du Vietnam qui lui tend l’été, de son deuxième étage, une bouteille de Gatorade attachée au bout d’une canne à pêche. « On sait quand des gens sont décédés, quand ça va bien, quand ça va mal. Notre travail va changer, c’est sûr. Mais je pense que ceux qui ont le plus à perdre, ce sont nos clients. »

 

Si le courrier composé de lettres a lentement fondu au profit de l’Internet, la livraison des colis et des circulaires, elle, est en pleine explosion, disent tous ces facteurs. Ironiquement, bien avant d’annoncer la disparition lente des facteurs « à domicile », Postes Canada avait éradiqué le mot « facteur » de son langage administratif pour le troquer par « agent de livraison ». « On a fait disparaître notre nom, dit William, maintenant, on nous fait disparaître tout court. J’espère que les gens vont protester ! »

4 commentaires
  • Christian Fleitz - Inscrit 12 décembre 2013 09 h 28

    On est ''whigs'' et fiers de l'être...

    La poste, depuis sa création, a tenu un rôle social important dans les sociétés ''modernes'' dès le XVIIIème siècle. La sophistication de la livraison du courrier ''à la porte'' fait partie d'un progrès considérable pour la population, permettant de servir en particulier les personnes les plus vulnérables, les aînés, les mères de famille, les handicapés, etc... La Poste entretien une relation sociale au quotidien avec l'ensemble des citoyens, citadins ou ruraux, bien plus que n'importe quel autre institution, ce qui en fait un service public essentiel. Certes, l'idéologie néolibérale du parti conservateur ne pouvait que privilégier le rendement mercantile de l'institution, en négligeant son rôle de service aux citoyens. Le service du public a un prix et son utilité sociale a été superbement ignorée. Si la Poste voulait économiser sur son personnel, la solution d'un service régulier d'un jour sur deux lui permettrait de réduire de moitié son effectif de facteurs, qui est concerné par cette soi-disant réforme, tout en maintenant son important rôle social. Évidemment, si une consultation sérieuse avait été organisée avant tout volonté d'imposer des solutions aberrantes, des solutions intéressantes auraient sans doute émergé, mais comme d'habitude avec ce gouvernement ''whigs'', le peuple n'a pas le droit à la parole....

    • Carole Dionne - Inscrite 12 décembre 2013 19 h 39

      Dans les nouveaux domaines:

      on a des handicapés, des mères de famille, des ainée, etc et pourtant, ils s'arrangent. Ce n'est pas une bobnne raison. Elle appelle plutot à l'émotion .

  • André Michaud - Inscrit 12 décembre 2013 09 h 32

    Changements nécessaires , mais un compromis possible?

    De grand changements doivent se faire à Poste Canada, le courrier ne cesse de baisser et les citoyens préfèrent de plus en plus d'autres moyens de communication..donc ce service coûte de plus en plus cher aux citoyens. C'est la fin d'une époque, ainsi va L'histoire..

    Cependant il reste les personne âgées et les gens handicapés qui préféreraient garder le service de livraison, et évidemment les facteurs qui ne veulent pas se retrouver sans emploi..

    Pourquoi pas garder des livraisons une ou deux fois semaine ? De cette façon on mettrait au chômage moins de facteurs et on accomoderait gens âgés et handicapés!

    Pour tout nouveau développement il faut les habituer dès le début à des boites au lieu de la livraison à domicile.

  • Jacques Moreau - Inscrit 13 décembre 2013 01 h 27

    Livraison à la porte, pas universelle.

    Je viens d'une petite ville. Chez-nous, il n'y a jamais eu de facteur. Tout le mondes, jeunes, vieux, viellard, handicappés, etc... avait la responsabilité d'aller prendre son courrier au bureau de poste. Il était préférable de "louer" une boite postale pour ne pas avoir à attendre en ligne à la "poste générale ou restante". Il y a peut-être eu de bonne raisons pour livrer le courrier aux portes, mais il semble qu'on ne peu plus se "donner" ce service. Ça ne changera pas grand chose à presque la moitié de la population, elle doit déjà aller chercher son courrier au bureau de poste ou des boites postale.