Montréal pourrait compter d’ici peu quatre centres d’injection supervisée pour toxicomanes

Richard Massé
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Richard Massé

L’Agence de santé et de services sociaux de Montréal a soumis une demande de subvention au ministère de la Santé et des Services sociaux pour ouvrir quatre centres d’injection supervisée pour toxicomanes à Montréal.

 

Trois centres seraient situés dans les locaux des organismes communautaires existants Cactus, Dopamine et Spectre de rue, qui distribuent déjà des seringues stériles aux toxicomanes, tandis qu’un autre serait un site mobile situé dans un autobus, qui circulerait plutôt dans les quartiers d’Ahuntsic et de Montréal-Nord.

 

Le Dr Richard Massé, directeur de l’Agence, semble en effet certain que son projet sera à la fois conforme au jugement de la Cour suprême sur la question, ainsi qu’au projet de loi C-2, déposé cet automne à Ottawa pour encadrer ces sites.

 

Les quatre centres seraient sous la coordination du CSSS Jeanne-Mance. « On veut que [les toxicomanes] aient accès à d’autres services de santé, à d’autres services sociaux, et à d’autres supports au niveau de la désintoxication », dit le Dr Massé.

 

Les sites supervisés permettraient aux toxicomanes de s’injecter eux-mêmes, sur place, la drogue qu’ils apportent dans une salle supervisée par une infirmière. Aucune drogue ne serait fournie sur le site. Les intervenants auraient pour mission de se renseigner sur la drogue apportée par le toxicomane, et de le conseiller en la matière. Le Dr Massé précise que les toxicomanes de Montréal consomment toutes sortes de choses, de la cocaïne, de l’héroïne, du crack, mais aussi beaucoup de drogues de synthèse dont la composition est parfois douteuse. On a recensé par exemple des cas de consommation de Fentanyl, une drogue très puissante qui est consommée à Montréal, dit-il.

 

« On espère ainsi assister à moins de surdoses, et à moins de complications de santé, ainsi qu’à moins de transmission d’infections », poursuit le Dr Massé.

 

On calcule en effet que 70 % des gens qui consomment des drogues par intraveineuse à Montréal sont contaminés par l’hépatite C, et que 18 % sont contaminés par le VIH.


4000 utilisateurs

 

L’installation des sites d’injection supervisée nécessiterait un investissement de départ de 3,2 millions, tandis que l’emploi de personnel entraînerait des coûts de 2,7 millions par année.

 

Selon le Dr Massé, ces coûts seraient complètement absorbés à partir de la 4e année, puisqu’on éviterait ainsi de nombreuses dépenses aujourd’hui consacrées au traitement des surdoses ou de l’infection au VIH par exemple.

 

L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal calcule qu’il y a quelque 4000 usagers de drogues par intraveineuse à Montréal. Du lot, 25 % sont des itinérants. Cette clientèle est directement visée par le projet de sites d’injection supervisée. Plusieurs présentent des problèmes combinés de toxicomanie, de santé physique et de santé mentale.

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