Même combat

Normand Thériault Collaboration spéciale
Quais de la Saône à Lyon
Photo: Source Frédéric De La Mure / M.A.E. Quais de la Saône à Lyon

Ce texte fait partie du cahier spécial Entretiens Jacques-Cartier

C’est maintenant deux années sur trois que des Québécois et Québécoises traversent l’Atlantique pour se rendre à Lyon, voire dans une autre ville de la francophonie européenne. L’autre année, ce sera le tour des Européens d’opérer en sens contraire la même traversée. Et cela s’explique : il n’y a pas, dans ces échanges qu’encadre le Centre Jacques Cartier, que simple place faite aux paroles ; il est des affinités plus profondes. La relation qu’entretiennent entre elles deux villes comme Montréal et Lyon en est un bel exemple.

 

Elle a pour nom Mieke Bal et elle était à Lyon pour intervenir lors d’une réflexion portant sur l’art, réflexion déposée dans le cadre d’un colloque mis au programme des Entretiens Jacques-Cartier par les organisateurs de la Biennale de cette ville. Et si, pour elle, l’inscription des oeuvres est bien réelle quand on affirme que « le monde est fait d’histoires », il faut toutefois admettre que le discours est devenu autre : le « nous » cède sa place à l’« autre » et la connotation historique teinte le propos.

 

Et, face à elle, d’acquiescer les Marie Fraser et Christine Ross, de l’Université de Montréal et de l’Université McGill. Car elles poursuivent une réflexion commune, déjà partagée à Montréal par les trois protagonistes, qui rejoignait celle d’un Gunnar Kvaran, commissaire de l’actuel « Entre-temps, brusquement, et ensuite », thème de cette 12e manifestation internationale, inscrite dans le réseau mondial des grandes biennales.

 

Et qui assistait au colloque constatait alors que Montréal et Lyon sont reliés de plus d’une façon. Certes, ailleurs, par ces mises en « lumière » des villes, mais aussi par le partage des connaissances.

 

Autres images

 

Et, quelques jours plus tard, non plus à Vaulx-en-Vélin, comme c’était ici, mais à l’hôtel de ville de la métropole rhônalpine, un autre groupe parlait d’autres biennales, celles-ci consacrées à la bande dessinée, un moment fort de la programmation de juin à Lyon, mais un événement qui prend place aussi à Montréal comme à Québec, sans toutefois n’avoir jamais l’ampleur de celui d’Angoulême.

 

Et là la théorie cédait place à la performance. Car ici l’objectif est d’amener le public à faire sien un art que d’autres diront encore mineur. Et de dire comment les actions menées auprès des jeunes rencontrent du succès (ce dont témoignera alors Ivan Filion, du réseau des bibliothèques montréalaises) et que le fait de rendre visibles des collections établit la notoriété de la discipline (les plus de 20 000 titres et documents que possède la bibliothèque de la Part-Dieu ont bonne audience, dira ainsi son bibliothécaire, Henri Champanet).

 

Et, alors, auteurs et performeurs de décrire des moments vécus, de l’épuisant exercice qu’est la séance de signatures (dixit Guy Delisle) à l’enthousiasme généré par les séances d’improvisation dessin-musique-spectacle en direct (selon les Lyonnais Jocelyn Flipo et Jérôme Jouvray, respectivement créateur de théâtre d’improvisation et auteur).

 

Échanges suivis

 

À Lyon, toutefois, il y a d’autres colloques, d’autres rencontres, où l’importance consiste moins à enregistrer ce qui se dit qu’à constater que, au fil des ans, ce sont des réseaux qui oeuvrent en concordance.

 

Ainsi, si Robert Olivier débarque cette année à Lyon en tant que p.-d.g. du groupe Apéro, il est dans le passé venu en cette ville comme responsable à un titre ou l’autre de la Société de transport de Montréal ou de l’Agence métropolitaine de transport. Aussi, de revoir ces amis de la Sytral, l’organisme responsable du réseau lyonnais, est chez lui une habitude, mais aussi une source d’émerveillement quand il constate comment ce réseau grandit, en kilomètres de lignes de tramway, de trolleybus, de métro ou de simple autobus.

 

Si, cette année, on discourt sur les liens intermodaux, ces points de rencontre entre les divers réseaux, si le coup d’éclat est donné par la Suissesse Sonia Lavadinho, qui propose qu’on se déplace moins vite en ville (que le déplacement soit un moment de détente !), l’importance de la rencontre tient plus dans l’expérimentation des modèles, les recherches de solutions pratiques, ce qui se fait lors des rencontres informelles qui ont maintenant cours depuis plus d’une décennie.

 

Moments forts

 

Et cela a lieu dans plus d’un domaine. Annuellement, le design a ses moments forts, que ce soit à Saint-Étienne ou à Montréal. Et les bâtonniers préparent année après année des thématiques qui ont pour objet d’évaluer leurs législations respectives (le débat sur le projet de loi 24 au Québec se poursuivait ainsi outre-Atlantique), et ailleurs, à Toulouse cette année, le thème des sources d’énergie renouvelables était récurrent.

 

Aussi, il ne faut pas se surprendre que les recteurs d’université inscrivent à leur agenda de novembre un déplacement vers Lyon, quoique — sait-on jamais quand on voit ce qu’un Alain Bideau a en tête pour son Centre — n’auront-ils pas un jour à se rendre ailleurs en France, à moins que ce ne soit en Belgique ou en Suisse, pour échanger sur une société du savoir ?

 

Car les Entretiens se délocalisent. Déjà cette année, à Lyon, Saint-Étienne, Grenoble, Chambéry, Liège, Toulouse et Rouen, et si l’an prochain ce sera à Montréal, ce sera aussi à Ottawa et Québec, voire Saguenay et d’autres villes québécoises ou canadiennes.

 

Pour le savoir francophone, il y a donc un temps fort annuel où plus d’un secteur d’activité prend la parole : à Lyon, d’abord, ne parlait-on point en 2013 de médecine, d’urbanisme, d’éducation, de mathématiques, de démographie, voire de sécurité routière ou d’économie créative ?

 

Il y a donc une variété de thématiques quand se déroulent, simultanément ou presque, 24 colloques.

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