Commission Charbonneau - Des transactions financières scrutées à la loupe

Guy Desrosiers, analyste-enquêteur à la commission
Photo: La Presse canadienne (photo) Guy Desrosiers, analyste-enquêteur à la commission

Les transactions financières de Denis Vincent, le courtier informel de la SOLIM, ont été scrutées à la loupe mercredi à la commission Charbonneau.

 

M. Vincent, un proche des Hells Angels, a encaissé des chèques pour Fortier Transfert, où travaillait Louis-Pierre Lafortune, un autre proche des motards.

 

La société de gestion de Vincent, DV Capital, a encaissé 2,9 millions de dollars provenant des fournisseurs de Fortier Transfert, après la vente de l’entreprise à Grues Guay, à l’automne 2004. M. Vincent a touché une commission de 2 %, pour un total de 57 000 $.

 

DV Capital a simplement servi d’intermédiaire dans ces transactions. Les fonds ont été acheminés à Trading Over the World, une société du Delaware appartenant à Philippe Demanet. Citoyen belge qui réside en permanence à Madagascar, Demanet doit subir un procès pour vol de voiture dans son pays d’origine.

 

Guy Desrosiers, qui témoignait mercredi à titre d’analyste-enquêteur à la commission, n’a pas précisé les liens entre Vincent et Demanet. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a cependant soupçonné Denis Vincent d’avoir participé à un réseau d’exportateurs de voitures volées, a-t-il dit. Aucune accusation n’a été portée contre lui.

 

Le portrait des transactions financières reste incomplet. Même le procureur de la commission, Paul Crépeau, a reconnu que son interrogatoire était « aride ». Ce segment prendra son sens à la lumière des prochains témoignages.


Un autre facilitateur

 

En matinée, l’entrepreneur Bernard Bellavance a banalisé la sous-traitance des licences de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) dans l’industrie de la construction, une pratique facilitant la fausse facturation et le travail au noir. « C’est très commun dans l’industrie, ce genre de pratique », a dit le témoin, qui a servi de facilitateur au crime organisé, en partie par indolence, en partie par appât du gain.

 

À l’automne 2003, M. Bellavance a été contacté par le comptable Clément Desrochers et Normand Dubois pour utiliser sa compagnie, Construction Riche-Lieu.

 

MM. Desrochers et Dubois sont aujourd’hui accusés de fraude. Ils ont été arrêtés récemment dans le projet Garrot, une enquête sur la fausse facturation et le travail au noir dans la construction.

 

En échange d’une somme de 5000 $ par mois, M. Bellavance a donné à Desrochers et à Dubois le contrôle effectif de sa compagnie de coffrage. Il n’avait rien à offrir à ses nouveaux partenaires d’affaires. Ni main-d’oeuvre, ni contrats, ni équipements lourds. Il possédait cependant un actif précieux : sa licence de la RBQ.

 

En l’espace de quelques mois, le comptable Desrosiers a privé M. Bellavance de toute information sur sa propre compagnie. Lorsque Revenu Québec l’a contacté pour une vérification de routine dans ses livres comptables, en mars 2004, il s’est rendu à l’évidence. « Je me suis rendu compte que j’avais perdu le contrôle », a-t-il dit.


Protection de la faillite

 

Malgré ses promesses, Clément Desrochers n’a pas réglé la situation auprès de Revenu Québec. Devant l’insistance de M. Bellavance, le comptable a répondu par des menaces. « Il m’a dit : « Reste tranquille et il n’arrivera rien à toi et à ta famille. » Ça fait peur », a-t-il expliqué.

 

Bernard Bellavance s’est retrouvé avec des arrérages de 1,5 à 2 millions. Il a dû se placer sous la protection de la faillite. Malgré cette aventure, il est resté en contact avec le comptable Desrosiers. Il a élaboré avec lui un stratagème pour se faire payer au noir sur ses propres chantiers.

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