Longueuil - Rencontre tendue entre le ministre Drainville et des citoyens autour de la charte de la laïcité

La salle était divisée lundi soir après l’exposé du ministre Drainville. La majorité des citoyens présents appuyaient cependant le projet de charte.
Photo: - Le Devoir La salle était divisée lundi soir après l’exposé du ministre Drainville. La majorité des citoyens présents appuyaient cependant le projet de charte.

La campagne de séduction du ministre Bernard Drainville sur sa charte de la laïcité est loin d’être de tout repos. Lundi soir, il a présenté son projet de loi 60, en compagnie de la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, devant une centaine de personnes à Longueuil. De nombreux opposants, dont le militant Jaggi Singh, ont profité de l’occasion pour dénoncer avec virulence le projet de charte.

 

Dès le début de la période des questions, M. Singh a accusé le gouvernement Marois d’avoir « profité d’une fausse crise, d’une fausse peur, pour instrumentaliser la xénophobie. » Son intervention a été décriée dans la salle au point que le public s’est mis à le huer. Il a par la suite demandé à la ministre Malavoy de changer les règles pour accepter gratuitement les enfants des sans-papiers dans les écoles québécoises. La ministre Malavoy a refusé d’ouvrir cette discussion et M. Singh s’est mis à crier pour obtenir une réponse. Un autre opposant s’est aussitôt présenté au micro pour reposer la même question à la ministre. Il a fini par lancer : « On se fait dire de fermer notre gueule depuis deux ans, est-ce que vous pouvez au moins nous rencontrer, Mme Malavoy ? »

 

Après ces esclandres, les deux ministres péquistes ont par la suite accepté de répondre à une série de questions sur la charte. Or, les citoyens ont plutôt préféré utiliser la tribune pour faire part de leurs positions et de leurs idées sur la charte. Une femme a, entre autres choses, proposé que les Québécois fassent clignoter leurs lumières pour dire s’ils étaient d’accord ou non avec la charte. Avec le sourire, le ministre Drainville a répondu : « C’est la première fois que je l’entends celle-là, madame », mais il a quand même rappelé que tous les Québécois avaient la possibilité de déposer des mémoires à la commission parlementaire sur la charte de la laïcité.

 

Questions épineuses

 

Lors de cette assemblée citoyenne, le ministre Drainville a ainsi dû répondre à toutes sortes de propositions. Un citoyen a ainsi suggéré de réduire l’immigration après avoir salué la charte. Le ministre Drainville a répondu : « La charte n’est pas un projet anti-immigration, la charte va aider l’immigration dans le sens où les nouveaux immigrants connaîtront les règles quand ils arriveront chez nous. » Puis, une citoyenne lui a demandé : « Pourquoi on nous traite de xénophobes, parce que j’ai de la misère avec ça. Ces gens-là ont quitté leur pays et on leur offre gratuitement des écoles, des soins de santé, un environnement sans violence, comment peut-on accepter de se faire traiter ainsi ? Qu’ils rentrent chez eux, s’ils ne sont pas contents. » Dans la salle, une femme voilée a alors crié : « Parce qu’on est chez nous, madame ! »

 

Le ministre Drainville a alors rappelé que le ton du débat était aussi important que le fond. Toute personne qui vit au Québec devient québécoise, et la vie au Québec vient avec des bénéfices, mais aussi des droits et des obligations, a-t-il expliqué. Il a rappelé que son parti veut maintenant assurer l’égalité dans toutes les sphères publiques.

 

Quelques femmes voilées se sont alors levées pour dire qu’elles étaient bien au Québec jusqu’à ce que le projet de charte soit mis au grand jour. « Vous fermez la porte au monde, M. Drainville, et je ne sais pas si on sera fières de dire qu’on est québécoises avec ce que vous faites », a mentionné l’une d’entre elles. « Je le pense, madame », a rétorqué le ministre. Une autre femme maghrébine a pris le micro pour lui dire qu’elle n’avait jamais eu aussi « honte d’être québécoise » en précisant qu’elle vit au Québec depuis 25 ans. « On nous traite de terroristes, je me suis fait arracher mon voile au centre commercial, qu’est-ce que vous faites ? », a-t-elle demandé. Le ministre Drainville a tenté de la rassurer en disant : « Il y a des personnes dans toutes les sociétés qui disent des conneries et des niaiseries. Toutes les fois qu’il y a du racisme et des agressions, je les dénonce, et il faut continuer de les dénoncer. »

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