Croatie - Le mariage gai devient constitutionnellement impossible

Les Croates ont voté hier pour inscrire dans la Constitution que le mariage est « l’union d’un homme et d’une femme ». Malgré une faible participation, la victoire du « oui » (64,84 % selon des résultats partiels) signifie que le mariage gai, qui n’existe pas dans ce petit pays de 4,2 millions d’habitants, devient impossible.

Ce vote a été demandé par une ONG conservatrice et très catholique, U ime obitelji (« Au nom de la famille »), qui, au printemps, a réuni plusieurs centaines de milliers de signatures en faveur de ce référendum, contraignant le Parlement (aujourd’hui dirigé par la gauche) à organiser ce scrutin. Un des dirigeants d’Au nom de la famille, l’Australo-Croate Vice Batarelo avait expliqué à Libération qu’il s’était inspiré de la mobilisation des Français contre le mariage pour tous. Derrière son association, on trouve la puissante Église catholique croate et, selon des ONG de gauche, l’Opus Dei.

En Croatie, il n’y a ni mariage gai ni légalisation en vue. Depuis 2003, les couples gais ont les mêmes droits que les hétérosexuels vivant en union libre. Les associations gaies et lesbiennes avaient proposé de renforcer ces ­dispositions par l’adoption d’une sorte de « partenariat civil ». L’attitude générale de la société envers les gais et lesbiennes s’est améliorée, mais aucune personnalité n’avoue ouvertement son homosexualité. Ce référendum, auquel le gouvernement de Zoran Milanovic avait appelé à voter non, risque d’arrêter cette tendance.

Mais quel enjeu se cache derrière ce scrutin ? Il s’agit de la recomposition d’une droite forte. La Communauté démocratique croate (HDZ), fondée par Tudjman en 1989 sur la base d’un nationalisme identitaire, a mal négocié le tournant de l’après-indépendance. Pour permettre l’entrée du pays dans l’Union européenne, le HDZ a dû sacrifier certains de ses cadres englués dans des affaires de corruption, dont l’ex-premier ministre Ivo Sanader. Mais une partie des anciens du HDZ soutiennent en sous-main les associations conservatrices. La renaissance de la droite en Croatie se fait aujourd’hui sur la base de la défense des valeurs. Ce sont les mêmes qui s’opposent à l’éducation sexuelle et à l’avortement. Leur prochaine cible pourrait être les droits des minorités, cette révolution conservatrice affirmant au contraire « les droits de la majorité ».

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