Vandalisme à Baie-d'Urfé - Une poignée de militants du MLNQ plaident non coupables

Daniel Masse, le concierge de l’hôtel de ville de Baie-d’Urfé, a eu tôt fait d’effacer les graffitis.
Photo: Jacques Nadeau Daniel Masse, le concierge de l’hôtel de ville de Baie-d’Urfé, a eu tôt fait d’effacer les graffitis.

Les sept individus arrêtés lundi à la suite des actes de vandalisme commis à l'ancien hôtel de ville de Baie-d'Urfé ont plaidé non coupables hier aux accusations qui pèsent contre eux et devront revenir en cour aujourd'hui pour leur enquête sous cautionnement.

Jessie Blagdon Boisvert, Cédric Tremblay, Benoît Laflamme, Marc Boulanger, Luc Laflamme, Serge Provost et Paul-André Desbiens, âgés entre 19 et 49 ans, ont été accusés de méfait, complot et possession de substance explosive. Comme la Couronne s'est opposée à leur remise en liberté, ils ont dû passer la nuit derrière les barreaux et devront revenir devant le tribunal aujourd'hui.

Les sept hommes sont soupçonnés d'être les auteurs des messages peints, dans la nuit de dimanche à lundi, sur les murs de l'édifice municipal situé à Baie-d'Urfé. Hier, les employés municipaux s'affairaient à effacer les inscriptions «Une île une ville française», «Canadians go home» et «FLQ» qui ont orné temporairement le bâtiment. Trois engins explosifs de fabrication artisanale ont été saisis sur les lieux, mais, selon les policiers, leur portée était très limitée.

Ce n'est pas un hasard si l'ancien hôtel de ville de Baie-d'Urfé a été choisi pour cible puisqu'il s'agit du château-fort de l'ex-mairesse Anne Myles, une défusionniste unilingue anglophone qui vient d'être élue comme conseillère indépendante dans l'arrondissement de Beaconsfield-Baie-d'Urfé.

Quatre ou cinq des hommes arrêtés seraient membres du Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ), a reconnu le président de l'organisation, Raymond Villeneuve, qui a précisé que ce n'était pas lui «qui leur a demandé de faire ça». M. Villeneuve a d'ailleurs tenu à «féliciter» hier les sept individus pour les gestes qu'ils ont posés lundi. D'après lui, cet événement prouve «la colère, l'engagement et la volonté de certains jeunes de faire quelque chose. Nous sommes tannés de nous faire mépriser par le Parti libéral et les étrangers canadiens», a-t-il déclaré en entretien téléphonique avec Le Devoir.

M. Villeneuve soutient que son groupe est pour la «lutte démocratique» et qu'il souhaite obtenir «pacifiquement» l'indépendance du Québec. Mais le MLNQ reste un mouvement «où on a envisagé que la lutte politique armée revienne, que le FLQ revienne, s'il y a une certitude que le Parti québécois ne peut pas faire l'indépendance. Pour le moment, on souhaite que le PQ soit réélu aux prochaines élections et que l'indépendance se fasse le plus tôt possible pacifiquement. Si jamais c'est impossible, ce n'est pas moi qui vais condamner les jeunes qui vont reformer le FLQ», a-t-il ajouté.

Tensions linguistiques

À Québec, le premier ministre Jean Charest a vigoureusement condamné les gestes posés par les sept accusés et refuse de voir un lien entre ces méfaits et le projet de loi 9 sur les défusions. «Il n'est pas question de reconnaître de lien parce que ces gens-là, peu importe le sujet, malheureusement, ils ont un certain point de vue que ne partage pas la très, très vaste majorité de la population», a-t-il déclaré.

«Il faut vraiment voir ça comme une affaire isolée. Dans le cas de Baie-d'Urfé, ce sont des comportements qui sont inacceptables», a affirmé le premier ministre.

Selon la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'affaires municipales, Diane Lemieux, «le projet de loi 9, c'est bien évident, il a ouvert les tensions, quelles qu'elles soient. Dans plusieurs communautés et grandes villes, la page était tournée ou, dans d'autres cas, presque tournée et le dépôt du projet de loi 9 a attisé les tensions.» D'après Mme Lemieux, les événements de lundi seraient une illustration de ces tensions.

Alain G. Gagnon, titulaire de la Chaire de recherche en études québécoises et canadiennes à l'UQAM, croit également «que le phénomène autour des défusions va activer certaines frustrations et réalimenter les clivages entre francophones et anglophones». Il affirme par ailleurs qu'il ne faut pas s'inquiéter outre mesure du mouvement de Raymond Lemieux. «Il ne faut pas paranoïer et se dire qu'il y a une mobilisation très large au Québec. On parle juste de quelques individus qui sont problématiques». Selon lui, il faut quand même «garder un oeil» sur ces gens et que les forces de l'ordre doivent intervenir «s'ils menacent des personnes ou des biens».

Le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Jean Dorion, estime ces gestes «déplorables» et considère comme «suspectes» les activités du MLNQ. Pour lui, «le résultat de ce qu'ils font est très nuisible pour la cause du Québec et la souveraineté. C'est complètement dépassé comme façon de poser le problème et de le résoudre. C'est sans aucune hésitation que je condamne ce genre de mouvement.»

Avec la collaboration de Robert Dutrisac