Éducatrices portant le niqab - L’auteure de la photo fait son mea-culpa

Le propriétaire de la garderie privée non subventionnée a ouvert sa porte aux médias jeudi.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le propriétaire de la garderie privée non subventionnée a ouvert sa porte aux médias jeudi.

Dans une lettre envoyée aux médias jeudi, Élizabeth, l’auteure de la photo des deux éducatrices d’une garderie de Verdun portant le niqab, fait son mea-culpa et s’excuse auprès des parents et des intervenants qu’elle a pu choquer.

 

Après avoir soulevé un tollé avec cette photo partagée quelque 9000 fois sur Facebook depuis deux jours, cette dernière écrit : « Je conçois que j’aie pu déranger le quotidien de la garderie, tant celui des parents que [celui] des intervenants, et que je vous ai choqué. J’en suis désolée croyez-moi, d’autant plus que les commentaires de parents qui fréquentent votre garderie semblent bien favorables. »

 

Cette lettre a été diffusée aux médias après la sortie, dans la page d’opinion de La Presse, d’un texte signé par trois parents, choqués par la diffusion à grande échelle de l’image du visage [dont les yeux étaient masqués d’une bande noire] de leurs enfants. Ils protestent contre la menace que fait peser sur leurs enfants la circulation de cette photo sur les médias sociaux et la déferlante de commentaires haineux qui l’accompagne. « Notre peur n’origine pas du milieu de garde que fréquentent nos enfants. Sa source est extérieure, dans notre quartier, et cible nos enfants. Elle origine des scènes horribles où des personnes jettent leurs tasses au visage des éducatrices, les insultent […] Notre coeur nous dit que nos enfants sont en danger », peut-on lire dans ce cri du coeur.

 

D’abord étonnés de la tenue vestimentaire des éducatrices, ces parents affirment avoir choisi cette garderie après avoir eu accès à la philosophie et à la vision de l’éducation prônée par son personnel. « […] la confiance s’est installée. Et tout cela a soufflé sur nos appréhensions, sur nos peurs, nos doutes. » Ces parents appellent le public à faire preuve d’ouverture et, surtout, à respecter leurs enfants, ainsi que ces femmes.

 

«Profond malaise»

 

L’auteur de la photo, qui tait son nom de famille, dit qu’elle n’a pas voulu remettre en question le jugement ou les compétences des éducatrices et blesser les parents. En immortalisant vendredi dernier la scène de ces six jeunes enfants se promenant dans la rue en compagnie de deux femmes arborant le niqab, elle voulait simplement mettre en évidence ce symbole de soumission des femmes « qui se croient obligées d’obtempérer au désir, consigne ou pression sociale de leurs proches ».

 

Sur les ondes de RDI, l’auteure et militante anti-islamiste Djemila Benhabib a exprimé son « profond malaise » devant le cas de ces éducatrices en garderie qui choisissent de se couvrir d’un voile intégral en public. « C’est dégradant, c’est indigne d’un être humain, d’abord pour les femmes, mais aussi pour les enfants », juge-t-elle.

 

La garderie a reçu jeudi matin la visite de deux inspecteurs du ministère de la Famille. L’inspection visait à vérifier si celle-ci respectait le nombre d’enfants autorisé par la loi, car le port du niqab ne fait pas partie des éléments pouvant faire l’objet d’une enquête. Québec n’entend pas légiférer pour soumettre les garderies non subventionnées à son projet de charte.

44 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 22 novembre 2013 02 h 31

    Simplement mettre en évidence ce symbole de soumission des femmes...

    «Elle (l'auteure de la photo) voulait simplement mettre en évidence ce symbole de soumission des femmes «qui se croient obligées d’obtempérer au désir, consigne ou pression sociale de leurs proches» ...mentionne l'article.

    Mais voici ce qu'elle déclarait mercredi dernier :

    «C'est pas une valeur à faire valoir à nos enfants qu'il faut se cacher pour traverser la rue.» - Elisabeth - auteure de la photo.

    Source :


    http://www.985fm.ca/audioplayer.php?mp3=200190

    .

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 22 novembre 2013 09 h 09

      La beauté du mensonge.

      «C'est pas une valeur à faire valoir à nos enfants qu'il faut se cacher pour traverser la rue.»

      Le mensonge me semble double: elle renie avoir dit ce qu'elle a dit, et ce qui fut dit peut donner l'impression que le "nos enfants" l'inclut, soit qu'elle a des enfants, et peut-être même qu'ils fréquentent cette garderie, mais qu'elle ne savait pas de quoi il en retournait...

      Quoi qu'il en soit, mentir pour s'en sortir ou pour provoquer la vindicte du bon peuple ne sont honorables ni un ni l'autre, selon moi. Et pas grand chose à voir avec une démocratie, qui n'est pas celle des urnes. et ça mène à quoi?

    • Johanne St-Amour - Inscrite 22 novembre 2013 10 h 31

      La protection des enfants est primordiale et en ce sens la dame n'avait pas le droit de prendre cette photo sans demander la permission des parents.

      Par ailleurs, on a ici l'exemple d'un intégrisme religieux de la part de la propriétaire de la garderie. Elle suit les directives d'Allah dit-elle pour le port du niqab. Les liens avec autrui sont brimés dès le départ car le port de ce vêtement crée une distance, un problème de communication ainsi qu'un problème d'identification. D'autant plus que le fait qu'elle porte le niqab devant d'autres hommes démontre aux enfants une relation confuse entre les femmes et les hommes. "Effacer l'identité de la femme à ce point-là c'est dégradant, c'est indigne d'abord pour les femmes et ensuite pour les enfants et le système éducatif" affirmait Djemila Benhabib hier à 24/60. Elle ajoutait que les parents ne sont pas pédagogues.

      La décision de la propriétaire qui régit son comportement selon des lois divines est préoccupante. Et quoiqu'elle affirme que c'est son choix personnel, elle l'impose tout de même aux autres éducatrices. Parlant du consentement, Martine Storti disait que ce genre de "pratiques (qui) n’engagent pas qu’elles-mêmes ; elles revendiquent, autant que leurs adversaires, la liberté des femmes et l’égalité des sexes. En ce sens, l’affaire n’est ni privée, ni individuelle. Elle est bien politique. Consentir : « sentir ensemble » ?

      Le choix divin de la propriétaire ne serait-il pas un défi à la société libre que nous sommes? Je crois que oui.

    • Louka Paradis - Inscrit 22 novembre 2013 11 h 46

      Mme Élisabeth a eu tout à fait raison. La culpabilisation est l'une des armes utilisées par ceux qui veulent imposer leurs visées politico-religieuses. Ne soyons pas naïfs...

      Louka Paradis, Gatineau

  • Nancy Leblanc - Inscrite 22 novembre 2013 07 h 03

    En danger, vraiment?

    "Notre coeur nous dit que nos enfants sont en danger"

    L'art d'en rajouter!

    • Aurélie Tremblay - Inscrit 22 novembre 2013 09 h 07

      Je ne crois pas que ce soit l'art d'en rajouter vu les commentaires violents, haineux et totalement inacceptables entraînés par cette photo. Pourquoi s'attaquer à ces éducatrices qui semblent faire un très bon travail puisque les parents des enfants fréquantant la garderie en sont très heureux et satisfaits ? Attaquez-vous plutôt aux garderies où il y a de la maltraitance et des abus de toute sorte faits aux enfants. Les parents ont raison de s'inquiéter de la sécurité de leurs enfants vu la violence et les injures proférés contres ces éducatrices.

  • Nicole Moreau - Inscrite 22 novembre 2013 07 h 06

    Important que l'on sache que ça existe ici aussi, ce symbole de soumission ne mène pas à un retrait social complet

    c'est cependant aussi important d'assurer la sécurité des enfants, qu'ils ne soient pas identifiés pour ne pas qu'ils subissent de contrecoups.

    on peut aussi se demander si des enfants qui se promènent dehors avec des éducatrices en niqab sont en sécurité, est-ce qu'ils peuvent bien entendre les consignes? pas évident.

    • Nicole Bernier - Inscrite 22 novembre 2013 07 h 46

      Incroyable, au lieu de s'en prendre à la violence des gens, des Québécois contre ces femmes totalement innocentes, de ces familles qui font confiance à leurs éducatrices et de s'en prendre à ceux qui tiennent des discours haineux qui entraînent même des risques pour la sécurité des enfants, on continue à lancer de l'huile sur le feu

      C'est une reprise de ce qui s'est passé quand on a lancé des pierres aux autochtones... Certains intellectuels tiennent des discours entretenant la violence psychologique qui poussent d'autres à poser des gestes plus physiquement violents...

      Il faut que cela cesse ces discours de violence car si on s'attaque aux enfants musulmans, nous créerons, ce qui nous fait le plus peur une radicalisation des tensions sociales

    • Mathieu Massicotte - Inscrit 22 novembre 2013 09 h 25

      Bravo Mme Bernier, un peu de clairvoyance dans ce flot ininterrompu d'ignorance xénophobe.

    • Nancy Leblanc - Inscrite 22 novembre 2013 09 h 48

      @ Nicole Bernier

      S'attaquer aux enfants musulmans?
      Ais-je une attaque de naïveté ou si je peux me fier aux sentiments et aux valeurs humaines des québécois de toutes provenances.

      Je ne peux même pas m'imaginer qu'on en viendra à s'en prendre à des enfants, musulmans ou pas.
      Je sais que c'est déjà arrivé en Irlande du Nord, mais il y avait des armes d'assault un peu partout dans les rues, c'était la guerre. J'ose croire que nous n'en arriverons pas là. Fanatiques et forcenés au point d'agresser des enfants? Non...

      Mais ça peut devenir une accusation facile sans que personne n'en ait eu la moindre intention. La culpabilité est une arme pire que l'insulte.

      Faites attention quand vous parlez de pierres lacées aux authoctones adultes. Pour les enfants c'est différent.
      Même le "code d'éthique" des prisonniers défend qu'on s'en prenne à eux, sous peine d'un séjour en-dedans pour le moins altéré.

    • Nicole Bernier - Inscrite 22 novembre 2013 10 h 05

      Donc, Madame Leblanc vous n'êtes mêmes pas capable de critiquer le fait qu'on lançait des pierres à des vieillards, des femmes sous le leadership d'un discours anti-autochtones sans respects pour leurs droits... (N'y avait-il pas des enfants dans les voitures?)

      J'espère que les lecteurs enregistrent bien le lien que vous faites entre les paroles et les gestes autorisés selon votre idéologie

  • Gilles Delisle - Abonné 22 novembre 2013 07 h 48

    Le projet de loi est -il trop mou?

    En lisant cette histoire, on se rend bien compte qu'il y aura deux Québec avec ce projet de loi, celui qui va permettre aux enfants d'être éduquer à l'abri de symboles religieux, c'est celui des garderies subventionnées; et, un autre où les enfants seront soumis aux éducatrices portant toutes sortes de symboles religieux, dans les garderies privées, ce qui est inacceptable. L'article de M. Rioux de ce matin, dans ce journal, est tout à fait éloquent à cet égard. Comment se fait-il que l'on va permettre deux classes d'enfants dans nos garderies du Québec? Le projet de loi sur la laicité devra s'appliquer
    dans toutes les institutions d'enseignement et garderies du Québec, quelles soient publiques ou privées.

    • Nancy Leblanc - Inscrite 22 novembre 2013 09 h 21

      Il faut amander la Loi sur les services de garde.

      C'est faisable mais je ne sais pas trop jusqu'à quel point monsieur Drainville en a plein les bras avec la Charte et le tumulte qu'elle génère...

    • Guy Wera - Inscrit 22 novembre 2013 09 h 52

      Je suis d'accord avec vous et M. Rioux et la laicité de l'état. Je ne comprends pas du tout le besoin d'un crucifix dans l'asemble national, que le PQ exige???

  • Alexandre Thibodeau - Abonné 22 novembre 2013 08 h 17

    Tout à fait d'accord avec la proprio de la garderie par contre, c'est la meilleure façon d'apprendre la tolérance aux enfants; surtout la tolérance au sexisme et à l'infériorisation systématique de la femme...