Ces artistes et chercheurs ont façonné ce Québec qui est le nôtre

Normand Thériault Collaboration spéciale
L’artiste Monique Leyrac, l’économiste Marguerite Mendell et l’ancien ministre Paul Gérin-Lajoie sont parmi les treize Québécois honorés mardi soir dernier.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot L’artiste Monique Leyrac, l’économiste Marguerite Mendell et l’ancien ministre Paul Gérin-Lajoie sont parmi les treize Québécois honorés mardi soir dernier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix du Québec 2013

Soirée de reconnaissance, ce mardi dernier, au salon de l’Assemblée nationale du Québec : ministres et députés recevaient les lauréats des prix que le Québec remet annuellement à ces chercheurs et artistes qui façonnent le Québec contemporain. Des hommages mérités.

« Le prix Georges-Émile-Lapalme constitue une motivation à poursuivre ma mission dans la même voie, de façon à apporter une nouvelle contribution dans les années à venir — que je n’essaie pas de compter, mais que je m’efforce de vivre aussi pleinement que possible. »

Il a 93 ans, l’auteur de ces mots, et a-t-il déjà été ministre, même le seul survivant d’un cabinet ministériel célèbre, celui d’un Jean Lesage qui fit cette révolution dite « tranquille », qu’il est toujours à l’œuvre : n’était-il pas à l’UQAM en septembre pour discourir sur ce rapport Parent qu’il a fait écrire et n’est-il pas là toujours présent quand il est question d’une langue française qui soit de qualité ?

Le parcours d’un Paul Gérin-Lajoie est, à plus d’un titre, exemplaire.

Et que dire de celui d’un Phil Gold ? Il identifie en 1964 un biomarqueur et, loin de s’asseoir sur ses lauriers, voilà qu’on le retrouve toujours en classe, à McGill, actif et optimiste.

Et l’homme de 77 ans a toujours l’espérance d’une médecine encore meilleure : « Je suis convaincu qu’on y parviendra, que nous finirons par développer une médecine plus efficace. Et, ce qui nous manque en ce moment, ce n’est pas tant l’argent — bien sûr que l’argent est toujours un problème — mais bien davantage de bonnes idées. Il faut songer à faire les choses autrement, à sortir de notre mode de pensée. Et, pour cela, nous avons quantité de jeunes chercheurs brillants. J’ai par conséquent très confiance en l’avenir ! »

Et qui ne connaît pas Monique Leyrac, du moins chez ceux et celles d’une certaine génération ? Celle qui a chanté Vigneault est toujours là, même si elle est plus hésitante, car, à 85 ans, se souvenir ne se fait pas sans risque : « C’est un peu fatigant de se pencher sur son passé, parce que tout remonte en même temps… »

Et si, pour plus d’une et d’un, Refus global, c’est de l’histoire, pour ce peintre et artiste, c’est un moment de sa jeunesse. À 88 ans, Marcel Barbeau est toujours là, lui qui n’a jamais craint de déranger ni cessé de croire que l’artiste était un être à qui il fallait nécessairement accorder préséance. Reçoit-il le prix Paul-Émile-Borduas qu’il ne peut s’empêcher de considérer cette reconnaissance comme « un peu tardive », lui qui fut de plus d’un combat, accompagnant déjà le maître au temps d’une « Grande Noirceur » : « Il fallait s’attaquer aux structures pour que les connaissances nous parviennent. »

À voir ces noms cités, on comprendra que la cuvée 2013 des Prix du Québec comble un certain retard, pour ne pas dire un retard certain. En fait, on en arrive même à croire qu’un Daniel Bertolino serait un « jeunot », alors qu’il promène sa caméra de par le vaste monde depuis près d’un demi-siècle, s’étant donné le Québec pour lieu de base dès l’année d’une certaine exposition internationale qui transforma Montréal et ses habitants.

De même, peut-on dire de sœur Juneau qu’elle est une nouvelle arrivée, quoique ce ne soit qu’en 1997 qu’elle a pris la direction de la Maison Saint-Gabriel ? À la vitalité affichée lors du « débarquement » cet été des Filles du Roy en cette célébration d’un 350e anniversaire, on ne pouvait croire qu’il y a longtemps qu’elle fut, de métier, aussi enseignante avant d’être muséologue.

Mais d’autres reçoivent hommage. Des marginaux. Des poètes, dont un qui rappelle que son option littéraire fut façonnée par un livre déposé sur une tablette de dépanneur, celle du dépanneur Carignan à Longueuil : « À côté de la caisse, il y avait Je, de Denis Vanier, raconte Roger des Roches, lauréat du prix Athanase-David. Ça venait rejoindre ce que j’aimais en peinture, Picasso, je trouvais ça normal de peindre des visages avec deux yeux en plein milieu de la figure, j’avais déjà commencé à découvrir les surréalistes, par hasard. »

Quant au lauréat du prix Albert-Tessier, nous avons là un cinéaste qui n’a pas craint de « tourner » à contre-courant, celui que trace l’industrie culturelle : « Une bonne histoire, ce n’est pas assez pour moi, dira ainsi Robert Morin. C’est du cinéma conceptuel que je fais. On plante un piquet, on tourne autour. Aujourd’hui, la caméra devient de plus en plus sharp et on a tendance à oublier que le cinéma est symbolique, à noyer le film de réalisme. »

Découvertes

Poètes et cinéastes, des romantiques ? Les économistes savent l’être aussi. Marguerite Mendell ne s’est-elle pas donné pour mission de promouvoir une économie autre que celle que la financiarisation conçoit, avec pour résultat, 30 ans plus tard, qu’il est possible d’affirmer qu’économie et solidarité peuvent aller de pair : « Il y a des forces dans la mondialisation qui agissent comme un tsunami, informe la lauréate du prix Marie-Andrée-Bertrand, et il faut nager très vite pour ne pas être submergé. Mais il y a maintenant une convergence de ceux et celles qui ont une autre vision de l’économie. »

Et ainsi se succèdent chercheurs et penseurs à qui le Québec accorde en 2013 sa reconnaissance. Et ils le méritent, un Marcel Fournier ayant fait carrière de façon exemplaire en temps que sociologue (« On ne dirige pas une société en imposant des lois et des règles, sans connaître les réalités sociales en jeu »), un Roger Lecomte a su être chercheur et promoteur industriel avec succès dans l’univers de l’imagerie médicale, au moment où un Michel L. Tremblay assurait l’essor du Centre de recherche sur le cancer de l’Université McGill. Et James D. West est devenu un « architecte » bien particulier : comment construit-on en fait dans l’univers de la chimie supramoléculaire ?

Reconnaissance, donc, avec remise d’une somme au chiffre moins imposant qu’il y a un quart de siècle, et toujours attribution d’une médaille, celle que signe cette année Daniel Moisan, médaille déposée dans un coffret conçu et réalisé par le relieur d’art Jonathan Tremblay.

Et, mardi soir dernier, l’Assemblée nationale a reçu en son enceinte ces artistes et chercheurs qui ont façonné ce Québec qui est le nôtre.
1 commentaire
  • Pauline Cournoyer - Inscrite 17 novembre 2013 16 h 05

    Reconnaissance Québécoise.

    J'ai lu avec beaucoup d'intérêt cet article. Eh oui , tous ces chercheurs et artistes qui ont faconné ce Québec qui est la nôtre. Merci à l'assemblée nationale d'avoir souligné ces nominations . La photo représentant Mmes Lyrac, Mendell et M. Lajoie est très marquante. Des carrières bien remplies. Bravo! Mme Cournoyer