Prix Georges-Émile-Lapalme - Le système d’éducation québécois est la plus grande fierté de son ancien ministre

Marie Lambert-Chan Collaboration spéciale
Paul Gérin-Lajoie est le premier ministre de l’Éducation que le Québec ait connu.
Photo: Remy Boily Paul Gérin-Lajoie est le premier ministre de l’Éducation que le Québec ait connu.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix du Québec 2013

Le système d’éducation québécois est la plus grande fierté de Paul Gérin-Lajoie. À 93 ans, Paul Gérin-Lajoie, lauréat du prix Georges-Émile-Lapalme, travaille toujours à assurer une éducation de qualité pour tous, ici et ailleurs dans le monde. Une mission qu’il poursuit inlassablement depuis plus de 50 ans.

 

Les plus jeunes le connaissent pour la dictée qui porte ses initiales, et les plus vieux, comme le premier ministre de l’Éducation que le Québec a connu. D’une façon ou d’une autre, Paul Gérin-Lajoie peut se vanter d’avoir touché la vie de tous les Québécois. Et à son nom est irrémédiablement associée cette passion pour la langue de Molière dont il s’est fait un ardent promoteur tout au long de sa carrière, que ce soit en créant un système d’éducation obligatoire et accessible à tous en français, en posant les jalons des relations internationales de la province, en participant à la naissance de la Francophonie ou en rejoignant chaque année plus de cinq millions d’enfants francophones à travers le monde grâce à la dictée P. G. L.

 

Il n’est donc guère étonnant qu’on lui remette aujourd’hui le prix Georges-Émile- Lapalme, qui récompense une personnalité pour sa contribution exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française.

 

Ce qui est surprenant, par contre, c’est qu’on ne le lui a pas accordé plus tôt. « On découvre depuis peu l’importance que la Révolution tranquille a eue dans le domaine de l’éducation, offre en guise d’explication Paul Bélanger, ami de longue date de Paul Gérin-Lajoie. Or qui était derrière ce mouvement ? Une équipe et son chef, Paul Gérin- Lajoie, qui, il faut le préciser, a toujours été d’une grande discrétion quant au rôle qu’il a joué dans ce virage. »

 

Un ministre déterminé

 

Élu en 1960, Paul Gérin- Lajoie devient ministre de la Jeunesse dans le gouvernement de Jean Lesage — dont il est d’ailleurs le seul membre encore vivant — en plus de se voir confier le Secrétariat de la province responsable de l’instruction publique. Il s’emploie alors à convaincre la population de la nécessité d’un système d’éducation public, « chose qui n’allait pas de soi à l’époque », précise Paul Bélanger, qui est aussi membre du conseil d’administration de la Fondation Paul-Gérin-Lajoie.

 

Déterminé et pragmatique, le jeune ministre arrive à ses fins quatre ans plus tard, notamment en créant la commission Parent, qui a examiné l’état de l’éducation au Québec. Résultat : école gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans, modernisation de l’enseignement primaire, instauration d’un régime de prêts et de bourses et création des polyvalentes, des cégeps, des commissions scolaires, du réseau de l’Université du Québec et d’un ministère de l’Éducation.

 

« C’est la plus grande réalisation québécoise à laquelle j’ai pu contribuer », déclare à ce sujet M. Gérin-Lajoie en entrevue avec Le Devoir. Mais il reste encore beaucoup à faire, ajoute-t-il. « Plusieurs perdent l’usage de la langue parlée et écrite parce qu’ils n’ont pas l’occasion de s’en servir ou n’en ont pas besoin pour gagner leur pain. Une façon d’y remédier est d’encourager la lecture, autant chez les jeunes que chez les adultes. »

 

Car, dit Paul Gérin-Lajoie, l’évolution du français demeure « en-deçà de nos espérances et de nos voeux ». Il signale particulièrement la pauvreté de la langue française dans les médias parlés. « Les propriétaires de chaînes de radio et de télévision ainsi que les animateurs ont la responsabilité de contribuer à l’amélioration de l’usage de la langue. » Il aimerait bien qu’on fasse un examen de conscience individuel et collectif quant à la qualité du français dans l’espace public.

 

Action internationale

 

Paul Gérin-Lajoie est aussi reconnu pour sa doctrine éponyme. Ce grand constitutionnaliste de formation avait émis l’idée, avant-gardiste en 1965, qu’« il n’est plus admissible que l’État fédéral puisse exercer une sorte de surveillance et de contrôle d’opportunité sur les relations internationales du Québec ». À l’international, le Québec pouvait donc agir dans ses champs de compétence internes, comme la santé, l’éducation et la culture.

 

Après avoir quitté la politique provinciale, M. Gérin- Lajoie a poursuivi son action internationale en devenant le premier président effectif de l’Agence canadienne de la coopération internationale (ACDI), en 1970. Sous son impulsion, l’ACDI a vu son budget annuel passer de 350 millions à plus d’un milliard de dollars. C’est donc avec regret que Paul Gérin-Lajoie assiste aux nombreuses coupes exécutées par le gouvernement fédéral dans le développement international. « C’est très difficile à vivre », déclare-t-il.

 

Les aspirations internationales de Paul Gérin-Lajoie ne s’arrêtaient toutefois pas à l’ACDI. C’est pourquoi il a créé en 1986 la fondation qui porte son nom et qui s’est entre autres fait connaître par la fameuse dictée P. G. L. L’organisme sensibilise les écoliers d’ici aux réalités des pays en développement et à la solidarité entre les peuples, tout en s’assurant que des milliers d’enfants en Afrique et en Haïti puissent avoir accès à une éducation de base.

 

Au soir de sa vie, Paul Gérin-Lajoie souhaite toujours réaliser son rêve : une éducation pour tous sur le plan international : « Le prix Georges-Émile-Lapalme constitue une motivation à poursuivre ma mission dans la même voie, de façon à apporter une nouvelle contribution dans les années à venir — que je n’essaie pas de compter, mais que je m’efforce de vivre aussi pleinement que possible. »


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