Prix Gérard-Morisset - Infatigable, la soeur de la Maison Saint-Gabriel

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Avant d’être la directrice générale de la Maison Saint-Gabriel, en 1997, sœur Juneau s’est consacrée à l’enseignement.
Photo: Remy Boily Avant d’être la directrice générale de la Maison Saint-Gabriel, en 1997, sœur Juneau s’est consacrée à l’enseignement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Prix du Québec 2013

Plus haute distinction accordée à une personne pour l’ensemble d’une carrière dédiée au patrimoine, le prix Gérard- Morisset est cette année attribué à soeur Madeleine Juneau, directrice générale de la Maison Saint-Gabriel.

 

Lorsqu’un ami de longue date, Luc Noppen, spécialiste de l’histoire de l’architecture et de la conservation architecturale, lui a annoncé qu’il souhaitait poser sa candidature au prix Gérard-Morisset, la directrice générale de la Maison Saint-Gabriel s’est spontanément exclamée « Pourquoi pas ? ». Si elle était heureuse qu’on considère que son travail vaut la peine d’être souligné, elle ne s’attendait toutefois point à recevoir tant d’honneurs.

 

Lorsqu’elle a reçu l’appel de M. Maka Kotto, ministre de la Culture et des Communications, lui confirmant qu’elle était bel et bien la lauréate du prix, soeur Juneau en est presque tombée de sa chaise.

 

« J’étais dans mon bureau, ici, à la Maison Saint-Gabriel, se souvient soeur Juneau. On est venu me dire que M. le ministre Maka Kotto voulait me parler. Je me demandais pourquoi il voulait me parler directement. J’avais fait des demandes au ministère pour d’autres dossiers, mais je trouvais ça très étrange que ce soit le ministre qui me rappelle directement pour fixer un rendez-vous ! »

 

En fait, soeur Juneau s’est montrée tellement surprise qu’elle a pris soin de demander au ministre Kotto s’il était bien certain de ce qu’il affirmait. « Il m’a répondu qu’il ne m’appelait pas pour rien », raconte-t-elle en riant.

 

Aussi, c’est seulement après avoir fini de parler au ministre et avoir raccroché que la soeur s’est rendu compte qu’elle venait de remporter la plus haute distinction honorifique du Québec. « J’étais tout émue, dit-elle encore fébrile. J’étais fière aussi. »

 

La petite histoire

 

Fière, soeur Juneau a de quoi l’être. Née à Québec dans les années 1940, elle consacre la première partie de sa carrière à l’enseignement. Elle travaille quelques années à Montréal, puis elle part pour la région de Hearst (Ontario), où elle passera 10 ans.

 

Après une année sabbatique passée en Nouvelle-Écosse, soeur Juneau rentre au Québec. Sa congrégation lui demande si elle peut consacrer une partie de son temps à la Maison Saint-Gabriel, ce qu’elle accepte, même si, à l’époque, elle ne connaît pas grand-chose à la muséologie et encore moi à l’histoire de établissement montréalais.

 

Elle entame donc une série d’études en histoire de l’art et en histoire, puis elle conclut le tout par un stage de six mois en Suisse. À son retour, elle instaure le service éducatif à la Maison Saint-Gabriel. « J’adorais ça, signale soeur Juneau. Ça rentrait dans mes cordes d’enseignement. Je travaillais avec plein d’écoles, c’était agréable. »

 

En 1997, la directrice de l’établissement quitte ses fonctions et on demande à soeur Juneau de la remplacer. Heureuse dans son travail, elle refuse poliment l’offre. La congrégation se met donc à la recherche d’une perle rare, mais elle ne parvient pas à la trouver. Faute de solution, elle insiste auprès de soeur Juneau, qui se voit presque obligée d’accepter.

 

« Je me souviens de la soirée du jour ayant précédé ma réponse officielle. J’ai pensé à Marguerite Bourgeoys, qui m’a toujours fascinée parce qu’elle était avant-gardiste et visionnaire. Puis, j’ai décidé de dire oui », relate soeur Juneau.

 

Dès son entrée en fonction, elle embauche une agente de communication à temps plein pour mieux positionner la Maison Saint-Gabriel. À l’époque, l’établissement est méconnu du public et seulement 8000 visiteurs par année le fréquentent. « Tout le monde pensait qu’on était un restaurant ; on recevait constamment des appels pour des réservations », se remémore soeur Juneau.

 

Dans le même esprit, elle s’efforce de trouver des partenaires financiers. Faisant preuve de beaucoup d’audace, elle convainc d’abord Paul Côté, président de Via Rail Canada, de lui accorder une commandite en lui concoctant un tour particulier du lotissement de la Maison Saint-Gabriel.

 

La réussite

 

« Après ça, les portes ont commencé à s’ouvrir, indique soeur Juneau. Ça m’a permis d’embaucher une conservatrice. Ça m’a aussi permis d’approcher l’historien Jacques Lacoursière, pour qu’il soit notre porte-parole. Il a accepté parce qu’il a cru en ma vision et a vu ce dont on était capable ! »

 

En 1998, le site touristique accueille près de 24 000 visiteurs, un achalandage trois fois supérieur à celui de l’année précédente. « C’était l’année du tricentenaire, rappelle soeur Juneau. Lors du défilé, il y a eu un monde fou ! […] On a terminé ça par une demi-heure de feux d’artifice, ç’a été fantastique. »

 

Avec autant de fougue, après ce succès, soeur Juneau poursuit son petit bonhomme de chemin. Au fil des ans, elle poursuit le travail entamé, engage de plus en plus d’employés et peaufine le développement du musée. Grâce à son travail acharné, près de 75 000 personnes visitent désormais chaque année la Maison Saint-Gabriel.

 

Mission accomplie, donc, pour la soeur qui, au départ, n’avait aucune idée de ce qu’elle pourrait bien apporter au musée. Mais pas question de s’asseoir tout de suite sur ses lauriers, puisqu’à ses yeux il reste encore beaucoup à faire.

 

Heureusement, soeur Juneau maîtrise l’art de la persuasion. En fait, elle se montre si convaincante que, dans la communauté et le monde des affaires, ceux qui ont croisé sa route la surnomment affectueusement « l’infatigable soeur Juneau ». L’étiquette fait sourire la sexagénaire, qui est loin de manquer d’énergie malgré son âge ! « Depuis que je suis ici, on ne m’a jamais dit non, ricane-t-elle. Pouvez-vous le croire ? »

 

Sans l’ombre d’un doute, soeur Juneau !


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