Secteur économique - Il y a Lise Watier Cosmétiques et il y a la Fondation homonyme

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Lise Watier croit que son talent d’entrepreneure lui vient d’une combinaison des caractéristiques de ses parents : le goût de l’aventure assorti à une dose de prudence.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Lise Watier croit que son talent d’entrepreneure lui vient d’une combinaison des caractéristiques de ses parents : le goût de l’aventure assorti à une dose de prudence.

Ce texte fait partie du cahier spécial Grands Montréalais 2013

La femme d’affaires Lise Watier est nommée cette année Grande Montréalaise dans le secteur économique. Un honneur qui sied doublement bien — la réussite de son entreprise Lise Watier Cosmétiques ne fait aucun doute — à cette Montréalaise inconditionnelle.
 

 

« Je suis née une fille de ville, raconte-t-elle, et je suis devenue une femme de ville, et ma ville, c’est Montréal. Je vis toujours à Montréal et j’y ai tout fait, mon travail, mon entreprise et ma famille. Mes racines montréalaises sont très profondes. »

 

À preuve, elle n’a jamais coupé les ponts avec le quartier qui l’a vue naître. « Je retourne régulièrement dans Hochelaga-Maisonneuve. C’est un quartier que j’aime encore beaucoup et je me rends compte, chaque fois que j’y retourne, que c’est aussi pour moi une façon de me garder les deux pieds sur terre. »

 

Mais, cet attachement à Montréal, Lise Watier éprouve de la difficulté à cerner sur quoi il repose. « Je ne sais pas pourquoi je suis si attachée à Montréal. Il n’y a pas de raison précise, c’est un attachement émotif. J’ai voyagé partout dans le monde et j’ai visité toutes les grandes villes. Mais, chaque fois que je rentre à Montréal, que l’avion atterrit et que je me retrouve à nouveau dans ses rues, je ne peux pas m’empêcher de penser que Montréal est la plus belle ville du monde. »

 

Le legs familial

 

Fille unique, née d’un père vendeur d’automobiles et d’une mère acheteuse pour une boutique, elle ne croit pas que cet environnement, où le commerce était présent, a beaucoup joué dans son choix de carrière. « Le fait que mes parents travaillaient dans le commerce n’est pas la raison pour laquelle je me suis lancée en affaires. Par contre, j’ai reçu un legs familial qui a eu une influence sur moi et peut-être même sur ma façon de faire des affaires. »

 

De sa mère lui vient le goût du beau. « C’est elle qui en premier m’a mise en contact avec le beau. Elle m’a fait comprendre qu’il valait mieux avoir une seule belle robe dans sa garde-robe que trois robes ordinaires. Et, comme elle était acheteuse, elle savait négocier, et j’ai appris ça d’elle, parce que j’ai toujours été une assez bonne négociatrice. De plus, ma mère avait de l’ambition et un côté aventurier. Mon père était un homme plus craintif et, de lui, j’ai appris la prudence. Il me disait toujours qu’il ne fallait pas dépenser l’argent qu’on n’avait pas. C’est peut-être la combinaison des deux qui me définit le mieux. Le goût de l’aventure assorti à une dose de prudence. »

 

Au service des femmes

 

Lise Watier fait son cours classique au Collège Jésus-Marie. On l’a décrite comme une étudiante attentive mais timide. Ses champs d’intérêt sont la peinture et la musique, et elle envisage même un certain temps de faire carrière comme pianiste. Son intérêt pour les cosmétiques lui vient de sa mère, une femme coquette, qui l’initie à l’art du maquillage. Mais c’est le hasard qui déterminera son choix de carrière. En effet, c’est en accompagnant une amie à une audition qu’un producteur la remarque et lui offre un premier contrat publicitaire. Quelques mois plus tard, elle anime sa propre émission consacrée à des sujets d’intérêts féminins et devient vite une référence en la matière.

 

« Cette expérience d’animatrice a permis de me mettre en contact avec de nombreuses femmes qui cherchaient mes conseils. Cela m’a aussi permis de mieux comprendre ce que les femmes voulaient et demandaient. À cette époque, nous vivions dans un monde plus fermé où il était plus difficile pour les jeunes femmes de s’épanouir. Plusieurs manquaient d’estime de soi. C’est alors que je me suis dit que je pouvais aider les femmes et contribuer à leur épanouissement. »

 

Elle fonde alors en 1968 l’Institut Charme et Beauté Lise Watier. « Ce fut un succès, preuve que cela répondait à un besoin. Je revois encore des anciennes élèves qui m’en parlent. Évidemment, il y avait des cours de maquillage, mais cela ne représentait que 10 % de nos activités. Mais le reste était consacré à augmenter la confiance en soi des femmes. On abordait toutes sortes de sujets comme, par exemple, comment une femme doit entrer dans une pièce où elle ne connaît personne. Au fond, je cherchais surtout à aider les femmes. »

 

La Fondation Lise Watier

 

C’est cette même volonté de vouloir aider les femmes qui a mené à la création de son entreprise Lise Watier Cosmétiques et qui anime maintenant la Fondation Lise Watier, qu’elle a mise sur pied il y a deux ans. « J’ai pensé mettre ma notoriété au service des femmes et m’en servir pour amasser des fonds. »

 

La Fondation Lise Watier soutient à travers le Canada plusieurs organismes qui viennent en aide aux femmes. Notons, au passage, la Mission Old Brewery et le Pavillon Lise Watier, l’organisme Dans la rue et la Fédération canadienne des femmes. La Fondation Lise Watier se finance grâce à un bal annuel et à la totalité des revenus générés par deux produits de Lise Watier Cosmétiques, soit le rouge à lèvres Rose tendresse et le gloss Lumière d’espoir.

 

« Nous avons réussi en deux ans à amasser 600 000 dollars et nous espérons en amasser davantage dans les années à venir. La cause des femmes est une cause qui me touche beaucoup. Trop de femmes encore vivent sous le seuil de la pauvreté. Et c’est l’éducation seulement qui peut leur apporter l’autonomie financière. C’est pourquoi je rêve que la Fondation ouvre un jour des écoles conçues pour accueillir ces femmes, afin de les aider à accéder aux outils nécessaires pour participer pleinement à la société. »

À voir en vidéo