Secteur social - Arts et affaires: un binôme à valeur égale pour Pierre Bourgie

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Pierre Bourgie se considère comme un curieux de nature.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pierre Bourgie se considère comme un curieux de nature.

Ce texte fait partie du cahier spécial Grands Montréalais 2013

Pierre Bourgie est tout à la fois un homme d’affaires et un homme des arts : son parcours de vie témoigne de l’intérêt et de la passion qu’il voue à ces deux mondes, dont il ne saurait se passer pour mener son existence. Il devient Grand Montréalais avec satisfaction, mais il ne s’en cache pas : ce mécène se sent plutôt mal à l’aise avec les honneurs reçus et préfère de loin les coulisses à la scène.

Pierre Bourgie grandit rue Lacombe, dans le quartier Côte-des-Neiges, au sein d’une famille de deux enfants, et il connaît une enfance sans histoire : « Elle a été bien heureuse, bien équilibrée ; comme les autres enfants, j’ai fréquenté l’école et il n’y a rien de particulier à signaler, sinon que j’ai vécu à l’abri des soucis. »

 

Un souvenir ressurgit : « J’allais chez les soeurs, au Collège Jésus-Marie, où il y avait une école de musique ; un de ces jours, j’avais mis mon oreille dans la porte et une bonne soeur m’a surpris. » Elle a communiqué avec sa mère dans le but de lui donner des cours de piano : « J’ai commencé à les suivre en deuxième année, jusqu’à la sixième, grâce à celle-ci, et je crois que je lui dois beaucoup. » L’éveil à la musique était né : « Chaque fois que je vois un piano, je saute dessus ; je joue toujours les mêmes affaires, mais, par contre, j’ai aimé la musique à partir de là et je la comprends un peu. »

 

Il passe rapidement sur le secondaire au Collège de Montréal : « Je n’ai pas un souvenir très excitant de l’adolescence ; ce sont des années où on se cherche, on fait du sport, on a nos chums d’école… Personnellement, j’ai connu un véritable éveil et j’ai commencé à m’ouvrir sur toutes sortes d’autres intérêts une fois rendu au cégep. »

 

Quand la vie prend tout son sens…

 

Il fréquente Brébeuf au collégial : « On découvre le monde, on commence à comprendre une gamme de concepts et à faire de la philosophie. À ce moment-là, je suis tombé sur une “talle” de gens qui étaient plutôt près des arts visuels. »

 

Son père est un homme d’affaires et, à la maison, par la force des choses, il a plutôt l’habitude de côtoyer des gens qui appartiennent à ce secteur d’activité : « J’ai connu une vie quelque peu hybride en fréquentant des gens qui sont devenus mes amis et qui étaient plutôt portés sur la culture au cégep ; les arts visuels me sont rentrés dans le corps. À partir de là, les deux mondes m’ont toujours intéressé, même si souvent on dit que ce serait incompatible. »

 

On fait le saut en toute cohérence à l’Université d’Ottawa, là où nous entraîne Pierre Bourgie : « J’étais en commerce et on nous obligeait à prendre un cours dans une autre faculté. Je me suis dirigé naturellement du côté des cours en histoire de l’art, par facilité plutôt que par intérêt, car je croyais que je m’en tirerais aisément sur le plan de la réussite ; c’était une formation portant sur dada et le surréalisme. » Un choc culturel se produit : « J’ignorais complètement ce que l’un ou l’autre représentait, mais est arrivé un professeur fort éveillé : il m’a donné le cours le plus intéressant que j’ai reçu dans ma vie ; il m’a ouvert sur l’histoire de l’art et sur sa compréhension à l’intérieur du XXe siècle. »

 

Il retient de cette expérience universitaire cette vision de l’existence : « Tel est le rôle d’une université que d’adopter cette formule d’obliger les étudiants à suivre des cours dans une autre faculté. Je trouve qu’on ne le fait pas assez aujourd’hui, dans notre monde de superspécialisation ; ça ne nuit à personne d’avoir un côté généraliste et cela ne fait pas de mal de connaître les sciences mais aussi l’histoire, ce qui est quasiment une nécessité. »

 

Il ajoute encore : « J’avais la chance d’être curieux de nature et d’aller vers d’autres affaires pour comprendre et en savoir plus ; de cette manière, on s’aperçoit finalement que, peu importe si on évolue dans le monde de la science, des affaires, des arts ou d’autres, les choses évoluent à la même vitesse dans une même dynamique générale et globale ; tout est relié et tout cela nous donne peut-être, au bout de la ligne, une meilleure conscience citoyenne, si je peux dire. »

 

Le temps venu de l’engagement

 

Au terme de son parcours universitaire en commerce, Pierre Bourgie se considère comme « un peu mélangé » en 1979 : « Je ne savais pas du tout ce que je voulais faire. On avait une entreprise familiale dans les services funéraires, mais je n’étais pas tellement convaincu d’y travailler et, quand on a 20 ans, ça n’est pas attirant plus qu’il le faut. »

 

Comme il est le seul enfant en mesure d’assurer la relève, il choisit finalement de faire le saut : « Mon père, Marc, ne m’avait jamais poussé vers cela, mais c’était sans doute pour mieux m’attirer. » Au fil du temps, il prend goût à l’entreprise : « Au bout de six ans, j’ai commencé à aimer cela, et se sont alors manifestés une ambition de développer l’entreprise et un goût de la faire fonctionner. Même si c’est le domaine funéraire, c’est un environnement d’affaires comme un autre, avec du personnel, des immeubles, une comptabilité, etc. »

 

Sur le plan personnel, il dépeint ses relations père-fils durant cette période qui s’échelonnera durant une vingtaine d’années, jusqu’à la vente de l’entreprise en 1996 : « Je m’entendais bien avec lui, même si dans les débuts il a été très exigeant avec moi. On avait une relation qui était franche et, quand un problème se présentait, on le réglait ; en cas de désaccord, au bout de 24 heures c’était fini. Il s’est établi une confiance illimitée de part et d’autre, qui s’est bâtie par étapes, jusqu’au jour où il m’a indiqué de prendre les choses en main. J’ai gagné mes galons dans une entreprise exigeante avec un réseau assez étendu ; elle était ouverte 7 jours sur 7, toute l’année, et il fallait bosser. »

 

Pour cette raison ou une autre, allez savoir, le Grand Montréalais rencontre sa femme sur le tard, à 38 ans, et fonde une famille. Il a aujourd’hui deux enfants, un garçon de 15 ans et une fille de 17 ans : « Ce sont encore des ados et ça garde le père jeune. Moi, l’adolescence ne me fait pas peur et je trouve même que c’est une belle période. Il faut faire confiance aux jeunes, leur donner l’espace dont ils ont besoin et maintenir une bonne communication avec eux ; c’est la meilleure solution. Il est évident qu’ils vont commettre leurs erreurs, ce qu’il faut accepter ; mais, pour nous, ça se passe vraiment bien. »

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