Ford s'accroche

«Je n'ai pas de raison de me retirer.» — Rob Ford
Photo: La Presse canadienne (photo) Frank Gunn «Je n'ai pas de raison de me retirer.» — Rob Ford
L’étau se resserre autour du maire de la plus grande ville du Canada. Après plusieurs mois de rebondissements, la police de Toronto a mis la main sur la vidéo montrant le maire Rob Ford en train de fumer ce qui semble être du crack, mais le principal intéressé n’y voit aucune raison de démissionner.

La police de Toronto a annoncé jeudi matin qu’elle a en sa possession depuis le 29 octobre une vidéo montrant « des images qui corroborent celles qui ont précédemment été décrites dans la presse », a indiqué son chef, Bill Blair. Il faisait ainsi référence aux révélations du Toronto Star et du site Internet Gawker, qui ont soutenu en mai dernier avoir visionné une vidéo dans laquelle on verrait le maire Ford en train de fumer ce qui semble être du crack. Cet été, le maire Ford a nié l’existence de cette vidéo.

L’enregistrement ne contient rien qui puisse constituer des « motifs raisonnables » pour déposer une accusation criminelle contre le maire, a précisé le chef de la police de Toronto.

Plus tôt cette semaine, les policiers ont examiné le contenu d’un disque dur dans le cadre de l’opération Traveller, menée contre un gang de rue torontois. Ils ont pu reconstituer la copie numérisée de la fameuse vidéo, qui avait été supprimée du disque.

Enquête sur Lisi et Ford

Dans un document de plusieurs centaines de pages déposé jeudi par la police, on apprend qu’Alexander Lisi, un chauffeur occasionnel de Rob Ford, a entretenu des liens étroits avec le maire de Toronto. Plusieurs photos montrent les deux hommes ensemble à différents endroits, et ce, à toute heure du jour. Du 18 mars au 24 juin dernier, ils se sont parlé près de 250 fois au téléphone, a rapporté la police. Lorsque l’existence de la vidéo impliquant le maire a commencé à s’ébruiter dans les médias, le sergent Gary Giroux a été mandaté d’enquêter spécifiquement sur cet enregistrement.

Alexander Lisi a été accusé plus tôt ce mois-ci de quatre chefs liés aux stupéfiants. À la suite de la découverte de la vidéo, il fait désormais face à une accusation d’« extorsion pour avoir tenté de récupérer l’enregistrement ». Des personnes citées dans le document de la police estiment que M. Lisi fournissait de la drogue au maire Ford.

« En tant que citoyen de Toronto, je suis déçu. Il s’agit d’une affaire grave pour les citoyens et la réputation de cette ville, et cela m’inquiète », a commenté le chef Bill Blair.

Ford reste en poste

Lors d’un point de presse d’à peine une minute en début d’après-midi, Rob Ford s’est montré avare de commentaires. « J’aimerais pouvoir me défendre, mais malheureusement, je ne peux pas parce que le dossier est devant les tribunaux […] Je n’ai pas de raison de me retirer », a-t-il affirmé aux nombreux journalistes venus entendre sa version des faits. Lorsque l’un d’entre eux lui a demandé si son comportement est acceptable pour un maire, il a tourné les talons. Plus tôt dans la journée, il a dû repousser les journalistes qui l’attendaient devant chez lui pour l’interroger. « Quittez ma propriété ! » leur a-t-il crié.

Plusieurs conseillers torontois ont exprimé leur malaise. Le maire n’a plus l’autorité morale pour gouverner, a laissé tomber la conseillère Gloria Lindsay Luby. « Il a perdu toute sa crédibilité », a renchéri une autre élue, Jaye Robinson. Les quatre principaux journaux torontois ont tous réclamé la démission du maire Ford.

Le gouvernement ontarien a quant à lui fait preuve de retenue. « Nous ne pouvons rien faire à ce stade-ci. La province n’a pas le pouvoir d’écarter qui que ce soit et nous devrons attendre la conclusion de l’enquête », a déclaré la ministre ontarienne des Affaires municipales, Linda Jeffrey.

Selon ce que rapporte le Toronto Star, l’appui au maire Rob Ford au sein de ce qu’on appelle la « Ford Nation », au coeur d’Etobicoke, n’a toutefois pas faibli. « De manière générale, il fait du bon travail. Personne n’est parfait », a jugé une dame du coin.

Le scandale impliquant le maire de Toronto a fait le tour du monde jeudi. Plusieurs réseaux de télévision américains n’ont pas tardé à relayer l’histoire, tandis que le Washington Post, la BBC et Le Monde y ont notamment consacré un article sur leur site Internet.


Avec La Presse canadienne
10 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 31 octobre 2013 14 h 10

    Y a pas de fumée sans feu...

    N'oublions pas que le crack, comme dirait mononcle Duchesneau, ne s'obtient que par le biais du crime organisé, à moins d'être un bon patenteux de la cuiller, de la petite vache et de la cocaïne.
    Cette drogue crée une forte assuétude, amène un état d'euphorie assez particulier (genre extase momentanée), décuple les énergies, fait fonctionner les cellules du cerveau de façon exponentielle et, surtout, génère une inflation du moi.
    Pour l'heur, notre homme a surtout besoin d'une bonne désintoxication.

    • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 1 novembre 2013 09 h 32

      La "people-isation" de la politique fait bon train; plutôt que de parler de sa répugnance des fonctionnaires, des coupes drastiques qu'il effectue dans le secteur social et de la guerre sans merci qu'il livre aux acquis sociaux (si durement acquis), on parle de sa vie personnelle, voire on lui donne même des conseils de santé. Laissez-donc les enjeux politiques aux "grands", et occupez-vous des petites chimères. Qui tire les ficelles de souffre-douleurs tels que ce bouffon, qui sera jeté aux oubliettes et remplacé par un autre bon élève avant même qu'il soit oublié. Grand merci aux médias de masse qui nourrissent notre abrutissement progressif.

      "La haine est sainte. Elle est l'indignation des coeurs forts et puissants que fâchent la médiocrité et la sottise".

      Émile Zola, Mes Haines

  • Rafik Boualam - Inscrit 31 octobre 2013 15 h 52

    inflation

    Chez le maire Ford, le crack a généré une inflation du moi... et du reste. Les gens qui ont voté (surtout des conservateurs) pour lui doivent s'arracher les cheveux. L'histoire a des fois des drôles de retournements.

  • Daniel Gagnon - Abonné 31 octobre 2013 21 h 38

    Une odeur de cervelle brûlée

    Rob sent le « rubber », le caoutchouc brûlé... C'est l'Halloween!

    Le maire Rob est un personnage d'Halloween ce soir dans la Ville Reine, une tête ampoulée d'Halloween qui s’est brûlé la cervelle.

    Il leur faudrait aux Torontois une bonne commission Charbonneau pour mettre un peu sur les charbons ardents tous ces élus crackeux, tous ces Cracker Jack.

  • Daniel Desjardins - Abonné 1 novembre 2013 02 h 45

    Pas encore assez apparemment

    Le pire c'est que les conservateurs ne semblent même pas encore s'arracher les cheveux...

  • Josette Allard - Inscrite 1 novembre 2013 06 h 36

    L'attrait du pouvoir

    Est plus fort que tout. Il va tenter de se maintenir en poste tant et aussi longtemps que la pression citoyenne ne lui indiquera pas de prendre la porte.