Charte de la laïcité - Pas de compromis au nom d’un «féminisme islamique» inexistant, prévient Wassyla Tamzali

Le « féminisme islamique » est une pure création de l’Occident, affirme la féministe algérienne Wassyla Tamzali. L’auteure de Burqa? s’inquiète de ce que le Québec se dirige vers « la voie du milieu » pour son projet de charte de la laïcité, toute dilution du concept ouvrant la porte « au fanatisme religieux ».

 

De passage à Montréal, où elle prononcera jeudi et vendredi deux conférences dans le cadre du Festival du monde arabe, Wassyla Tamzali ajoute sa voix vibrante à celles d’autres féministes musulmanes qui affirment que la laïcité « ouverte » donne actuellement lieu à un glissement idéologique sacrifiant les droits fondamentaux des femmes au nom de la tolérance religieuse.

 

L’ex-directrice du programme de l’UNESCO pour les droits des femmes déplore la solution de « compromis » vers laquelle semble se diriger la charte en devenir du gouvernement du Parti québécois. « En tant qu’intellectuelle, ça me tue que pour des questions aussi fondamentales que les droits des femmes, on prenne la voie du milieu. Sur une loi tellement importante, on ne peut dire : ça sera permis, dans telles ou telles conditions. On ouvre la porte toute grande au fanatisme religieux. Il faudrait qu’on sente l’ambition politique derrière cette charte », insiste l’auteure féministe.

 

Comme elle l’a martelé lors du débat similaire qui a secoué la France, Mme Tamzali rappelle que la laïcité ne vise ni à « rassembler les religions » ni à « maintenir la paix sociale » comme l’invoquent plusieurs politiciens. La laïcité garantit à tous la pleine liberté de conscience - une notion contraire à l’islam - et à libérer l’État de l’emprise du religieux, dit-elle.

 

Or, par crainte d’être taxés d’islamophobes ou par culpabilité à l’égard d’anciens colonisés, certains intellectuels mêlent tout. « Si être religieux, c’est pouvoir faire n’importe quoi, aucune loi ou charte ne peut tenir. Toutes les lois et les libertés ont des limites. Quand une femme dit que sa religion l’oblige à se couvrir, de quoi parle-t-on ? Le port du voile n’est pas un choix, mais un consentement à vivre une ségrégation sexuelle », dit-elle.La loi française interdisant la burqa, précédée et basée sur de profondes analyses théologiques et légales, a démontré la notion beaucoup plus culturelle que religieuse du voile et de la burqa, ajoute-t-elle.

 

La tolérance religieuse des féministes occidentales face au voile, déplore Tamzali, cache une vision « ethniciste » de la réalité qui permet aux féministes de trouver acceptable pour des femmes d’autres pays ce qu’elles refuseraient pour elles-mêmes. « L’islam est le trou noir de la pensée occidentale. On ne connaît pas l’islam. Il y a une faiblesse dans le discours parce qu’on a peur de stigmatiser l’islam. D’où le féministe islamique, qui est une création de l’Occident. L’islam ne libère pas les femmes, il les remet à leur place, les soumet à la charia », dit-elle, déplorant que le discours des salafistes et des wahhabites occupe maintenant tout le champ de l’islam.

21 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 31 octobre 2013 08 h 25

    En voilà une qui voit clair !

    Bravo !

  • Gisèle Filion - Inscrite 31 octobre 2013 08 h 47

    L'absence de concessions à l'égard de l'État de certaines religions témoigne de leurs visées politiques

    Merci madame Isabelle Paré de votre contribution au débat sur la Charte des valeurs québécoises.

    Vous écrivez:

    "Il y a une faiblesse dans le discours parce qu’on a peur de stigmatiser l’islam.


    Oui, ceux qui accusent les tenants de la laïcité authentique d'avoir peur de l'intégrisme, ne le font-ils pas au nom de la peur de stigmatiser l'islam, et de se faire traiter de xénophobes, puisqu'ils le font eux-mêmes... À moins qu'ils ne soient dupes .
    Quand la tolérance devient aveuglement ou "tolérantisme", il faut se réveiller.

    Et si l'islam était une véritable menace pour la démocratie?

    L'islam ne gouverne-t-il pas certains pays?

    Ne s'oppose-t-il pas, par définition, à la démocratie?


    Vous ajoutez:

    "L’islam ne libère pas les femmes,il les remet à leur place,les soumet à la charia»

    Je suis entièrement d'accord avec vous. J'ajouterais que le soit-disant "féminisme islamique" est un oxymore insidieux.

    On n'a qu'à regarder ce qui se passe dans le monde pour le constater, mais on préfère ne regarder que son petit nombril. Et on se réclame de la laïcité ouverte. Moi, je trouve que c'est plutôt une attitude de fermeture sur le monde.


    Toutes les religions qui veulent s'immiscer dans l'espace étatique attentent à la démocratie.
    L'acharnement sans concession, avec lequel elles le font, témoigne de leurs visées politiques.


    Promouvoir un pseudo-droit au port de symboles religieux pour les fonctionnaires, c'est se porter à la défense des intégristes, c'est faire reculer la démocratie.

    Sans la charte telle que proposée par le ministre Drainville,
    on s'éloigne de la démocratie.

    • Claude Bernard - Abonné 31 octobre 2013 19 h 07

      @ Gisèle filion,

      Madame,e n'est pas la peur de stigmatiser l'Islam (ou un autre religion), qui est en cause. C'est le droit de pratiquer sa religion tel qu'on le conçoit sans nuire à quiconque.
      Mme. Tazmali semble une experte sur le sujet, mais elle ne peut parler pour les femmes visées par ce projet de Charte.
      Ce sont celles-ci qui devront décider de perdre leur job ou non,n'est-il pas vrai?
      Y-a-t-il un danger «d'ouvrir la porte au fanatisme religieux»? C'est au gouvernement de le prouver, or le ministre n'a jamais fait référence à ce supposé danger dans la fonction publique québecoise.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 1 novembre 2013 01 h 25

      Ces femmes ne devront pas décider de perdre leur job ou non. Qui parle de les congédier ?

  • Céline Maltais - Abonné 31 octobre 2013 08 h 57

    Merci Wassyla de nous pousser,par vos propos, à aller de l'avant, sans réserve, pour l'adoption de la charte des valeurs québecoises et de nous mettre en garde contre la peur qui nous ferait édulcorer son contenu.

  • Christian Bédard - Inscrit 31 octobre 2013 10 h 06

    D'accord avec la Charte mais sans exception

    Encore une position très éclairante et articulée d'une femme d'origine arabe qui nous aide à garder le cap vers une société laïque sans exception. Mme Tanzali en a vu d'autres et voit clairement la perfidie des imams intégristes.

  • Colette Richard-Hardy - Abonné 31 octobre 2013 10 h 41

    l'Islam cet inconnu

    Merci de tout coeur mme Wassyla Tamzali également pour Isabelle Paré.

    Oui la laïcité garantit à tous la pleine liberté de conscience et à libérer l'État de l'emprise du religieux.

    Bravo à toutes et à tous qui désirent se faire entendre.

    • Mourad Sahafa - Inscrit 31 octobre 2013 14 h 57

      Colette,

      Votre bravo inclut-il les féministes musulmanes qui ont recours au Coran et aux chartes canadienne et québécoise pour faire valoir leurs droits en général et celui de s'habiller comme elles l'entendent en particulier?

    • Paul Gagnon - Inscrit 31 octobre 2013 15 h 39

      @Mourad Sahafa
      Une « féministe musulmane » et "voilée" est une contradiction dans les termes. Un non sens. Point.

    • Pierre Cloutier - Abonné 31 octobre 2013 17 h 00

      Le féminisme musulman est une pure invention. Il suffit de regarder la géographie et l'histoire. Partout où la pression sur les femmes diminue, le port du voile diminue. Quand elle augmente, le port du voile augmente. Merci à des femmes comme madame Tamzali de nous apporter un témoignage crédible. Allons l'écouter demain à la Maison de la culture Frontenac : 2550, rue Ontario Est, Montréal+ (métro Frontenac)

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 1 novembre 2013 06 h 41

      Monsieur Sahafa,
      pourriez-vous m'indiquer le verset du coran qui stipule que les femmes ont le droit de s'habiller comme elles l'entendent ?