Les duchesses contre-attaquent

Née en 1955, la tradition des duchesses au Carnaval de Québec avait été abandonnée en 1996.
Photo: - Archives Le Devoir Née en 1955, la tradition des duchesses au Carnaval de Québec avait été abandonnée en 1996.

Rockettes, majorettes, duchesses : les filles en série inspirées des modèles vintage persistent et signent. Sous un couvert de modernité ou ressuscitées sous de nouvelles peaux, elles reprennent même du galon, comme le démontre le retour en force des duchesses à Québec ou l’engouement massif vécu depuis 10 ans pour le cheerleading.

 

Dans la Vieille Capitale, c’est carrément la pression publique qui a déroulé le tapis rouge à la renaissance des duchesses après 16 ans d’absence, soutient Jean David, le directeur du développement des affaires, mise en marché et ventes pour le Carnaval de Québec. Chassez les stéréotypes, et ils reviennent au galop !

 

« Dans les focus groups que nous avons tenus, il est ressorti un besoin de retourner aux valeurs d’antan, à la tradition. À Québec, les duchesses, c’est comme les Nordiques ou le Château Frontenac : une icône dans la tête de bien des gens », invoque-t-il, avouant que ce retour rétro ne faisait pas l’unanimité au sein de l’organisation.

 

Bref, les habitants de la Vieille Capitale avaient besoin de « combler un vide » en ressuscitant l’emblème féminin - figure de la belle époque du Carnaval - et de redynamiser la participation citoyenne avec une compétition locale, duché contre duché.

 

Déboulonner un stéréotype

 

Besoin d’icônes, certes, mais pourquoi des filles alors ? Entre la crainte d’être passéiste et une lame de fond militant en faveur du retour des belles, le Carnaval a pondu un modèle hybride, façon troisième millénaire, invitant à concourir de jeunes femmes mues par un projet collectif et rassembleur. « On a proposé un modèle adapté à 2013 qui a pour but de stimuler l’entrepreneuriat chez les jeunes femmes. Il y aura une reine, mais pas de couronnes », défend Jean David.

 

Même remodelés au goût du jour, les clichés, comme les jupons, dépassent parfois de la jupe. La vogue observée pour le cheerleading, ces hordes de filles en uniforme lancées dans des figures acrobatiques, procède-t-elle du même esprit ?

 

En huit ans, les adeptes de la claque (à 90 % féminins) de 3 ans à 60 ans sont passés de 5000 à 10 000 au Québec, et cela, seulement dans les ligues compétitives. En plus des 77 clubs municipaux et 133 parascolaires (dont 13 collégiaux et 8 universitaires), centres municipaux, camps de jour et camps d’été se sont mis de la partie, offrant aux fillettes de tous âges de « cheerleader » en groupe. La discipline sera intégrée aux programmes sport-études l’an prochain, et la Fédération internationale vise maintenant une reconnaissance olympique. Issu d’une vieille tradition américaine qui a connu sa part de dérives avec les effusions de « pin-up dansantes » sur les terrains (voir les cheerleaders des Cow-boys de Dallas), le stéréotype de la meneuse de claque est en pleine mutation.

 

« Il y a encore des équipes de cheerleading “ danse ” comme celle des Alouettes, qui est un relent du vieux modèle américain, avec les “ pom-pom girls ”, les chorégraphies et les poses. Mais ça n’a rien à voir avec notre sport de performance qui vient d’être reconnu par Sport accord, un regroupement des Fédérations internationales du sport », distingue Maya Celuch, ex-entraîneuse, juge et directrice adjointe à la jeune Fédération de cheerleading du Québec (FCQ), née en 2008.

 

L’attrait pour ce sport chez les jeunes filles a littéralement explosé en 2000 après la sortie de la superproduction estivale Le tout pour le tout (Bring It on),où la jeuneKirsten Dunst jouait les meneuses de claques, avant de briller sur la Croisette.

 

Si le sport attire toujours autant de filles, il compte 10 % d’athlètes masculins et n’a plus rien à voir avec la mouture mièvre et stéréotypée d’antan, défend Maya Celuch. Tumbling, gymnastique, pyramides, portés, projections et performances physiques sont au menu. Les uniformes dénudant l’abdomen sont strictement interdits avant 17 ans et la longueur des jupes est réglementée, insiste la juge de la FCQ.

 

Si l’hypersexualisation est passée à la trappe, le formatage du costume semble demeurer un des nombreux attraits du sport. « C’est vrai que l’uniforme attire les jeunes, à la recherche d’un sentiment d’appartenance, mais aussi le côté rassembleur, l’adrénaline, l’aspect spectacle du sport et sa musicalité, basée sur les hits de la pop,avance Mme Celuch. Il y a aussi le maquillage, la boucle dans les cheveux : tout ce rituel attire beaucoup les jeunes filles. »